Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Phrygane (suite)

La larve et son industrie : fourreaux et pièges

Mis à part la larve d’Enoicycla, qui vit dans les mousses, au pied des arbres, et celle de quelques formes d’eaux saumâtres, toutes les larves de Trichoptères se développent dans l’eau douce, préférant les eaux courantes riches en oxygène ; cependant les Limnophilus, qui sont les Phryganes les plus fréquentes en France, se rencontrent souvent dans les eaux dormantes. Avec leur appareil broyeur, elles se nourrissent d’Algues ou de débris organiques, ou, plus généralement, de petites proies animales. Leur respiration est assurée par des trachéo-branchies abdominales.

Selon les familles, les larves ressemblent à celles des Carabes (type campodéiforme) ou à des chenilles sans pattes abdominales (type éruciforme). Parmi les premières, Rhyacophila ne construit ni abri, ni filet ; sa larve vit libre, sous les pierres des torrents ; d’autres (Polycentropus, Hydropsyche) utilisent la soie émise par leurs glandes labiales pour édifier sur les pierres des filets en forme d’entonnoir qui servent de pièges à plancton et d’abri pour l’Insecte.

Quelques larves campodéiformes et toutes les larves éruciformes construisent un fourreau, dont la forme et les matériaux varient d’une espèce à l’autre ; les larves de Phryganes manifestent ainsi une aptitude au choix des éléments qui entrent dans la confection de leur étui ; elles peuvent aussi, dans une certaine mesure, s’adapter aux substances dont elles disposent, comme on l’observe dans des élevages. La forme la plus fréquente du fourreau est cylindrique ou conique, rectiligne ou arquée ; parfois il ressemble à un haricot (Hydroptila) ; chez Helicopsyche, il ressemble tellement à la coquille spiralée d’un Gastropode que l’animal fut d’abord décrit comme un Mollusque.

La matière fondamentale du fourreau est constituée par la soie des glandes séricigènes. Presque toujours, des matières minérales ou végétales y sont insérées et en forment les éléments les plus visibles : grains de sable chez Enoicycla, brindilles disposées transversalement ou coquilles de Planorbes (Limnophilus rhombicus), fragments de feuilles disposées en spire régulière (Phryganea grandis), brindilles disposées dans le sens de la longueur (Grammotaulius). Autour du fourreau, divers matériaux se trouvent parfois surajoutés : chez Glyphotælius, de larges lambeaux de feuilles camouflent le tube ; Gœra leste le sien avec de petites pierres ; Drusus, qui habite les torrents, hérisse le sien de brindilles obliques, qui assurent un ancrage efficace.

Ainsi la construction de l’étui révèle-t-elle souvent de la part des larves des Trichoptères un comportement complexe et spécifique. Ancrées au fond de leur abri par deux crochets terminaux, prenant appui près de l’orifice par trois mamelons situés sur le premier segment abdominal, elles laissent émerger tête et thorax pour marcher et capturer leur nourriture ; l’abdomen ondule constamment et provoque un renouvellement de l’eau au niveau des branchies. Au moindre danger, elles se rétractent dans le tube ; c’est également dans le tube qu’elles effectuent leurs mues et qu’elles passent l’hiver. À la fin de la vie larvaire, qui dure de quelques mois à environ un an selon les espèces, les « porte-bois », ainsi que les appellent les pêcheurs, s’enferment dans leur fourreau en tendant des fils de soie à travers l’ouverture et s’y transforment en nymphe ; celle-ci est dotée d’une mobilité exceptionnelle chez les Insectes, car elle s’agite continuellement à l’intérieur de son abri pour renouveler l’eau et s’en échappe finalement à la nage, gagne la surface de l’eau et subit sur une plante la mue imaginale.

La ressemblance, signalée au début de l’article, entre Phrygane et Papillon n’est pas superficielle ; plusieurs arguments attestent les affinités entre Trichoptères et Lépidoptères* : les Microptérygidés, Lépidoptères primitifs, ont, comme les Phryganes, des pièces buccales broyeuses, des ailes couvertes de poils, mais leurs larves sont de vraies chenilles aériennes. La paléontologie révèle d’autres affinités : les vrais Trichoptères, apparus au Lias, furent précédés par des formes primitives au Trias, elles-mêmes issues sans doute de Mécoptères (Panorpes*), comme Belmontia du Permien d’Australie.

M. D.

➙ Lépidoptères / Panorpe.

Phycomycètes

Nom donné à un groupe hétérogène de Champignons dont la définition et les limites sont restées longtemps confuses.



Introduction

Le terme désigne, par opposition aux Ascomycètes et aux Basidiomycètes, les Champignons « inférieurs » dont la forme végétative est unicellulaire ou plasmodiale (Archimycètes), ou constituée de filaments non cloisonnés (Siphomycètes). Actuellement, l’accent est mis sur l’absence ou la présence de spores mobiles flagellées (zoospores ou zoogamètes) dans le cycle de reproduction de l’organisme, si bien qu’une coupure fondamentale s’établit entre les Zygomycètes, à thalle siphoné, mais dépourvus de stades flagellés, et les Mastigomycètes, unicellulaires ou siphonés à spores flagellées. On accorde à chacun de ces deux groupes la même valeur qu’aux Ascomycètes et aux Basidiomycètes (sous-embranchements des Eumycètes), et la classification des Phycomycètes sensu lato s’établit comme suit.

• Mastigomycotinés. Champignons à zoospores comprenant trois classes :
— Chytridiomycètes (zoospores à un flagelle postérieur) ;
— Hyphochytridiomycètes (un flagelle antérieur) ;
— Oomycètes (zoospores biflagellées) ;

• Zygomycotinés (reproduction végétative par aplanospores non flagellées) :
— Zygomycètes ;
— Trichomycètes.


Mastigomycotinés

L’ensemble très vaste des Champignons à spores flagellées peut être rapporté à deux groupes principaux : les Chytridiomycètes et les Hyphochytridiomycètes. Ceux-ci sont des organismes à thalle réduit, le plus souvent aquatiques et parasites d’Algues ou d’animalcules, ou parasites des organes souterrains de végétaux supérieurs ; leurs zoospores et leurs zoogamètes sont uniflagellés. Les Oomycètes s’en distinguent par leurs zoospores pourvues de deux flagelles insérés au voisinage l’un de l’autre, l’antérieur étant plumeux et le postérieur en fouet lisse ; en outre, leur appareil végétatif, encore réduit chez les formes inférieures parasites, atteint un développement appréciable chez les Saprolégniales, aquatiques, et surtout chez les Péronosporales, saprophytes terrestres ou agents pathogènes de végétaux supérieurs.