Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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photographie (suite)

C’est à l’Anglais William Henry Fox Talbot que revient le mérite de la découverte du négatif, du positif et du développement humide de l’image latente. Vers 1840, le procédé permettant plusieurs tirages est au point : c’est le calotype. L’école anglaise emploie rapidement le calotype et plus tard le collodion humide. Elle cherche moins la précision et la vérité que l’école française. Cela vient en partie de la technique utilisée. La netteté du détail apparaît beaucoup moins avec les premiers papiers qu’avec la plaque métallique du daguerréotype. La rivalité entre ces deux moyens laisse présager la future querelle entre les « flouistes », adeptes d’un « pictorialisme photographique », et les partisans de la seule vérité. Robert Adamson (1821-1848) et David Octavius Hill (1802-1870) refusent le naturel : l’attitude, le décor, tout est savamment apprêté. Étonnante portraitiste, Julia Margaret Cameron (1815-1879) utilise le procédé au collodion humide avec un matériel assez médiocre. En choisissant un éclairage subtil, elle saisit admirablement l’expression de ses modèles. L’un de ses chefs-d’œuvre demeure le portrait du savant Herschel ou encore celui de la mère de Virginia Woolf. Lewis Carroll, de son vrai nom Charles Dodgson*, réalise entre 1856 et 1880 plusieurs milliers de clichés. Les petites filles, ses modèles, sont candides, mais aussi espiègles, et elles inspirent l’auteur d’Alice au pays des merveilles. Lewis Carroll capte avec le talent d’un poète leur charme troublant et leur naïveté piquante. Avec les talents de Charles Nègre, des Anglais Hill, Cameron et Dodgson, mais aussi du Suédois Oscar Gustave Rejlander (1813-1875), qui fut l’un des plus célèbres photographes de Londres et à qui l’on doit les premiers « nus photographiques » inscrits dans d’immenses compositions de style pompier, on voit poindre l’aube de la photographie artistique. Lors d’un entretien en 1875 avec E. Durand-Gréville, le peintre Jean-Jacques Henner (1829-1905) n’avouera-t-il pas : « Ah ! si nous pouvions arriver à un pareil résultat ! Connaissez-vous ce mot d’Ingres : la photographie est une si belle chose qu’il ne faut pas trop le dire ? »

En France aussi, les recherches se poursuivent. Hippolyte Bayard invente la photographie sur papier. Il espère créer comme Daguerre une épreuve directement positive. En 1839, ses premières images positives sur papier, obtenues directement à la chambre noire, sont exposées. En 1851, l’administration des Beaux-Arts décide d’envoyer des photographes à travers la France. Bayard part pour la Normandie avec des plaques de verre à l’albumine. Gustave Le Gray (1820-1882) fait, lui aussi, partie de l’expédition. Peu de temps avant son départ pour l’Aquitaine et la Touraine, il avait inventé le négatif sur papier ciré, qui présentait l’avantage d’être préparé près de six mois à l’avance. Cela facilitait les voyages et le transport des négatifs. Enfin, Henri Le Secq (1818-1882) photographie la Champagne, l’Alsace et la Lorraine. Les œuvres de cet excellent calotypiste sont un précieux témoignage archéologique : les grandes cathédrales sont photographiées avant les restaurations de Viollet-le-Duc. Charles Nègre (1820-1880), peintre lui aussi, réalise de belles images des rues de Paris, mais aussi des photographies, dans lesquelles sa formation initiale se décèle par le souci de la composition et les effets de clair-obscur.

Le reportage voit le jour vers le milieu du xixe s. La situation de commanditaire, en quelque sorte, se crée à la même époque. En effet, Thomas Agnew, éditeur à Manchester, commande à Roger Fenton (1819-1869) des photographies de la guerre de Crimée ; les moyens dont celui-ci dispose ne lui permettent pas la photographie sur le vif, mais seulement des paysages, des portraits et quelques ruines. Les premières images tragiques de la guerre seront réalisées lors d’une révolte aux Indes en 1854. Aux États-Unis, Timothy O. Sullivan (1840-1882), pendant la guerre de Sécession, révèle les horreurs du conflit et nombre d’atroces détails ; Mathew Brady envoie certains de ses collaborateurs parcourir les champs de bataille. Que ce soit la Commune en France ou l’expédition Hayden en 1875 dans les Montagnes Rocheuses, suivie par l’Américain William Henry Jackson (1843-1942) avec un appareil 50 × 60 cm, ou encore l’incendie de San Francisco en 1906, photographié par Arnold Genthe (1869-1942), désormais tous les événements mondiaux seront « couverts » » par les reporters. Divertissement, puis expression artistique, quelques décennies après son invention, la photographie devient le témoin de l’action humaine.


La photographie à la portée de tous

L’avènement du procédé au gélatinobromure se situe vers 1880. C’est une révolution : la photographie est maintenant à la portée de tous. Les plaques de verre sont imprégnées à l’avance, et le développement est exécuté par des laboratoires spécialisés. Dans le même temps, l’industrie photographique fait de considérables progrès. Les optiques s’améliorent, et les caméras commencent à se miniaturiser ; George Eastman invente le support souple, puis, en 1888, le premier Kodak. Ces simplifications tentent les amateurs, que l’on rencontre dans toutes les couches de la société. L’un des personnages les plus attachants de cette époque est le Français Jacques Henri Lartigue (né en 1896). Originaire d’une famille aisée, il est encore enfant lorsqu’on lui offre son premier appareil. D’une exceptionnelle sensibilité, il nous livre les images d’un monde merveilleux et surrané. Combien touchantes ces photographies de jeunes femmes disparaissant sous les capelines à voilette, le mouvement y étant suggéré par un léger flou, ou encore celles des courses automobiles ou des premiers balbutiements de l’aviation. Eugène Atget (1856-1927), lui, est le fils d’un artisan ; il devient photographe après avoir exercé plusieurs métiers. Ses photographies témoignent d’une vision simple et concise du monde qui l’entoure. Sa principale source d’inspiration est Paris et ses rues. Atget sera l’un des inspirateurs du nouveau réalisme américain.