Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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phonation (suite)

La plupart des signaux acoustiques animaux sont d’une structure physique et d’un symbolisme inscrits dans le génome ; ils résultent d’une organisation du système nerveux et des voies anatomiques programmées génétiquement. On a, d’ailleurs, pu déclencher l’émission de signaux acoustiques par stimulation électrique de centres du cerveau dans presque tous les genres zoologiques. Il existe cependant des espèces, et on le voit plus généralement chez des Vertébrés supérieurs et pour l’instant principalement chez les Oiseaux, où, à partir d’un schéma d’organisation physique, des phénomènes d’apprentissage se manifestent, permettant des variations physiques locales qui sont à la base des formes dialectales.

La combinatoire d’éléments existe dans la composition spatio-temporelle des signaux d’espèces d’Oiseaux, mais, jusqu’à présent, il n’a pas été noté de combinatoire correspondant à des associations de signaux, telle qu’on la trouve dans le langage humain, autrement dit il n’y a pas de langage animal dans l’état actuel de nos connaissances ; on a beaucoup écrit par exemple sur le langage des Dauphins ; or, chez ces espèces, malgré la somme des documents recueillis à ce jour, on n’a pu encore définir la sémantique d’un seul de leurs sifflements.

Certains signaux sur les espèces animales les moins évoluées déclenchent des phonoréactions quasi réflexes, qui se traduisent soit par l’émission d’un son de réponse du récepteur (phonoréponse), soit par une réaction motrice orientée vers la source sonore (phonotaxie).


Le vocabulaire et le contenu informatif des signaux

Le vocabulaire des signaux des espèces varie grandement, et ce parallèlement au niveau de l’évolution animale. Si, chez la plupart des Invertébrés, le nombre des signaux n’excède pas trois ou quatre, il augmente régulièrement dans la série animale, les signaux les plus nombreux se rencontrant chez les Oiseaux et les Mammifères. Si l’on connaît assez bien la structure physique de la plupart des signaux, leur contenu sémantique est beaucoup plus difficile à déchiffrer, car il ne peut être déterminé qu’au travers des réactions objectivables des récepteurs. Pour la plupart des espèces terrestres et pour de nombreuses espèces amphibies et aquatiques, on a pu identifier la plupart de ces signaux. Ceux-ci se rapportent aux domaines des relations entre individus (au niveau du couple ou de la société), des comportements sexuels, alimentaires et territoriaux, et de l’expression des situations d’alarme, de danger potentiel, de hiérarchie, etc. Les contextes sociaux des émissions peuvent changer les réactions des récepteurs : par exemple, un signal provoque pour un récepteur associé à l’émetteur un certain comportement d’accueil, et en même temps pour un autre récepteur sans relation personnalisée avec l’émetteur une réaction d’une autre nature. Dans des cadres écologiques différents, un même signal peut également déclencher des réactions opposées (chez certains Oiseaux, un signal d’alarme en terrain découvert provoque la fuite, alors qu’en terrain couvert les Oiseaux s’immobiliseront à ce signal).

Le contenu informatif des signaux transmet au récepteur dix informations différentes concernant l’émetteur et indiquant l’espèce, le sexe, l’âge, l’origine géographique (cas des dialectes), l’état physiologique, l’état psychophysiologique, la dénomination (tel ou tel individu), la sémantique, la distance et le site.

Le caractère correspondant à la « signature » de l’émetteur est appris par le ou les récepteurs au cours des premiers échanges de signaux. L’embryon de Poule émet déjà des signaux acoustiques dans l’œuf, et la couveuse répond à ces signaux. Quelques jours après l’éclosion, le poussin reconnaîtra le signal propre à sa mère. De nombreux exemples de cet « apprentissage de signature » existent chez les Vertébrés, où, d’ailleurs, ils se retrouvent entre partenaires sexuels dans les familles dont la durée d’association est longue, voire entre les différents membres d’une même troupe.

On a également quelques exemples de cet apprentissage chez le Manchot et le Pingouin : ces Oiseaux sont capables de reconnaître le signal acoustique de leur partenaire dans le concert des signaux de la colonie. Cela n’est envisageable qu’au travers de l’effet de « coktail-party », phénomène acoustique connu dans la communication humaine. On voit donc, par là, que l’émission des signaux est étroitement adaptée à leur réception, tant au niveau du système auditif que du système nerveux central et notamment au travers de la mémoire.

Pour certaines espèces, la signalisation acoustique prédomine sur tous les autres systèmes : ainsi, chez la dinde, la couveuse qu’on a rendue sourde tuera ses poussins, leur reconnaissance ne se faisant qu’au travers de leurs signaux acoustiques. Si, à cette même dinde, on présente un Putois empaillé dans lequel un microphone fait entendre des signaux de dindonneau, elle prendra le Putois sous ses ailes, comme elle le fait avec ses petits. Une Poule qui entend des signaux de détresse d’un poussin, sans le voir, reste à proximité de la source sonore. Si elle voit le poussin par exemple sous une cloche de verre, mais sans l’entendre, elle l’abandonnera.

R. G. B.


La phonation humaine

Les sons de la voix et la parole sont produits dans les cavités buccale et nasale grâce à des actions combinées, volontaires des organes respiratoires et de l’appareil buccal.

Le mécanisme fondamental de l’émission sonore fait intervenir l’excitation des résonances acoustiques des cavités supérieures soit par le son laryngien résultant des vibrations des cordes vocales (cas des voyelles), soit par des bruits dus à des turbulences créées par le passage de l’air dans les parties rétrécies du canal vocal. (V. phonétique.)

Le contrôle, par le système auditif, des sons émis joue un rôle très important. De même, les informations fournies aux centres cérébraux par les récepteurs tactiles et kinesthésiques des organes buccaux sont indispensables à l’ajustement et à la coordination des mouvements complexes qui aboutissent à la production de la parole.