Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Phnom Penh (suite)

Phnom Penh est située en effet à l’ouest du confluent, sur le bourrelet naturel qui longe Tonlé Sap et Bassac, en berge haute, c’est-à-dire que le sommet du bourrelet domine de très près les fleuves. De plus, la topographie se modifie sous l’action du Mékong. Le port est situé dans le Tonlé Sap, et son accès à partir du Mékong par la « passe des Quatre Bras » est délicat, car cette dernière s’ensable ; d’autre part, la différence entre hautes et basses eaux est en moyenne de 8 m (cependant que le marnage est négligeable) : dans ces conditions, il n’a pas été possible d’édifier des appontements en dur, mais seulement des appontements en bois, flottants, qui montent avec la crue et descendent en décrue. Enfin, le site sur un bourrelet donnait obligatoirement à la ville primitive une allure linéaire, orientée grossièrement nord-sud, entre les fleuves et une dépression occupée par des étangs, ou beng (Beng Kak). Le développement de la ville n’a pu se faire que par de coûteux travaux de colmatage successifs vers l’ouest et par l’édification d’une digue périphérique en forme grossière de croissant contre les inondations. Les premiers travaux de colmatage importants remontent à 1910, mais la physionomie actuelle de la ville est due aux travaux considérables réalisés à partir de 1958.

Phnom Penh aurait eu 50 000 habitants en 1834, avant son incendie par les Siamois, et 10 000 seulement en 1866 ; la population était très mêlée et composée surtout de Chinois ; la ville est restée longtemps une petite cité, et les étrangers y étaient nombreux. Elle avait 30 000 habitants en 1875, 108 000 en 1939, 111 000 en 1948 : à cette époque encore, plus de la moitié de la population était chinoise et vietnamienne avec, en outre, une minorité nationale musulmane (Chams ou Khmers Islām) ; de 1875 à 1948, la population ne s’était guère développée que par accroissement naturel et par immigration étrangère. Une mutation considérable s’est produite à partir de 1948 : la population a été gonflée par un considérable exode rural ; elle s’est accrue (355 000 hab. en 1958, 610 000 en 1968) et en même temps « khmérisée » ; dès 1958, les Cambodgiens en forment les deux tiers. En 1948, c’est l’insécurité due à la guerre qui a provoqué l’immigration ; à partir de l’indépendance (1953), c’est surtout la promotion de la ville au rôle de capitale politique et économique.

À partir de 1970, la guerre a provoqué une nouvelle et considérable modification, à la suite du départ de la minorité vietnamienne (60 000 personnes ?) et de l’afflux massif de paysans fuyant la guerre ; la population avait triplé, ce qui posait des problèmes quasi insolubles.

Jusqu’en 1950 et même jusqu’en 1953, la ville était, dans une large mesure, sous la dépendance de Saïgon, à qui elle servait de relais. Après l’indépendance, elle devint pleinement la capitale du Cambodge. Capitale politique et administrative d’un État fortement centralisé, elle était le centre unique de décision. C’était aussi le grand centre culturel. De 1958 à 1970, le rôle portuaire déclina à la suite de la construction du port en eau profonde de Kompong Som (ex-Sihanoukville). À 10 km à l’ouest, l’aéroport de Pochentong est le premier aéroport international du Cambodge. À l’exception des entreprises d’État construites en province, Phnom Penh groupe presque toute l’activité industrielle : rizeries (en déclin), scieries, manufactures de cigarettes, boissons gazeuses, pneus (à Takhmau, au sud de la ville). Mais l’activité essentielle réside dans le commerce de détail et un artisanat très divers et très varié, longtemps entre les mains des Chinois.

Avant 1970, la population était déjà largement sous-employée. Depuis 1970, en dépit du développement d’activités agricoles suburbaines, la situation devenait dramatique, ce qui éclaire l’exode urbain forcé, intervenu en 1975, après la victoire des Khmers rouges.

J. D.

phobie

Crainte angoissante qu’éprouvent certains malades en présence d’un objet, d’un lieu ou d’une situation n’ayant pas réellement un caractère dangereux.


Cette crainte ou cette panique pathologique est, dans la majorité des cas, consciente et reconnue comme absurde par le patient qui en souffre. Parfois, cependant, la phobie, surtout au début de l’évolution, est éprouvée non pas comme une peur ou une angoisse, mais comme un malaise corporel plus ou moins précis : vertige, palpitations, fatigue intense, jambes molles, sensation d’évanouissement proche ou tendance syncopale, tremblements, sueurs profuses, douleur thoracique, etc. En fait, tôt ou tard, que la phobie soit crainte mentale consciente ou malaise physique, le malade s’aperçoit qu’elle est toujours déclenchée par le même type psychologique de situation.


Circonstances d’apparition

Même une fois reconnue comme peur psychique absurde, la phobie, en principe, échappe au contrôle du sujet, qui ne peut la vaincre. Les phobies s’observent habituellement comme symptôme essentiel de la névrose phobique (v. ci-dessous). Mais elles n’en sont pas spécifiques. Il est des phobies qui traduisent un état dépressif et disparaissent avec lui ; il est des phobies qui sont des symptômes accessoires et atypiques d’une psychose*. Enfin, de nombreux états névrotiques qui ne sont pas de structure phobique peuvent comporter à un moment de leur évolution des symptômes ou des comportements phobiques (psychasthénie, hystérie, névrose obsessionnelle, névrose anxieuse ou névrose d’angoisse).


Névrose phobique

La névrose phobique authentique associe en principe dans la définition même un certain nombre de symptômes phobiques divers, que nous allons décrire, et un « fond névrotique » préalable, c’est-à-dire un certain tempérament biologique et un caractère psychologique pathologique, sur lequel nous reviendrons.


Les phobies

On distingue :

• des phobies de situation ou de lieu, dans lesquelles la panique ou l’angoisse physique se déclenchent seulement quand le sujet se trouve dans un endroit précis, seul ou en public, dans un petit ou un grand espace ;

• des phobies d’objets : crainte d’objets inanimés, crainte d’animaux (toujours non justifiée quand il s’agit bien d’une phobie au sens pathologique) ;

• des phobies d’impulsions : crainte de commettre un acte dangereux ou nuisible. Il est fondamental de souligner que la vraie phobie d’impulsion disparaît quand le sujet n’est pas dans la situation vécue comme dangereuse. Cela distingue théoriquement la phobie d’impulsion des obsessions-impulsions ou des obsessions* phobiques.

Les aspects cliniques sont innombrables.

• l’agoraphobie est la peur panique des espaces libres (place, carrefour, rase campagne, rue), accompagnée du blocage complet du sujet, qui doit se faire accompagner par un tiers ou trouver des moyens plus ou moins compliqués pour éviter de traverser un grand espace. Dès que le sujet rentre chez lui ou dans un véhicule, le symptôme disparaît.

• la claustrophobie est une crainte ou un malaise éprouvés dans un lieu clos, un endroit fermé, une petite pièce, une cave, un tunnel, un souterrain, l’espace clos d’un véhicule de transport quelconque (train, voiture, ascenseur).

• la phobie de « défenestration » et des hauteurs est la peur du vide, celle de tomber par une fenêtre, l’impression vertigineuse des hauteurs (montagne, falaise, pont, simple échelle ou escalier), la peur d’être tenté de se jeter du haut d’un endroit précis.

• la phobie des instruments tranchants et pointus ou contondants a pour exemple classique la peur qui saisit la jeune mère de blesser son enfant avec des ciseaux, des épingles, un couteau. On en rapproche les phobies de l’eau bouillante, de la friture, des armes blanches ou à feu, etc., ainsi que la peur du sang.

• la phobie du feu et de l’eau et la crainte de la baignade sous toutes ses formes, avec parfois tentation phobique de se jeter dans le feu ou dans l’eau.

• l’éreuthophobie est la crainte panique de rougir en public, avec fuite des contacts sociaux. Il faut en rapprocher le « trac » au sens fort du mot, qui empêche complètement un sujet de parler en public, d’assister à une réunion, etc.

• la tautophobie, ou pantophobie, est une sorte de panique généralisée devant toutes sortes d’objets et de situations : peur de sortir, de parler, d’être regardé, d’agir.