Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Aristophane (suite)

Lyrisme et poésie

Ce qui appartient en propre à Aristophane et ce qui le distingue des autres poètes comiques, c’est qu’au milieu des scènes au réalisme le plus bas surgit le lyrisme le plus pur, la poésie la plus exquise. Mais il n’y a pas de rupture de rythme : ces cantiques radieux, ces invocations éclatantes rehaussent spontanément le reste de la pièce par leur fraîcheur et leur sincérité. Du chœur des Nuées (« Vierges qui portons la pluie... » [les Nuées, 299 sqq.]) à la prière des Bienheureux Initiés (« Avançons vers les prés fleuris de roses... », les Grenouilles), le chant de sa poésie se fait entendre toujours souverain, toujours harmonieux.

En outre, le poète est au courant des habitudes rustiques. Il sait le nom des arbres, des plantes, des outils, des oiseaux. Sa muse campagnarde aime à parler des violettes autour des puits, des figues séchées, du vin doux, des odeurs de thym et de miel qui embaument les prairies, de la ronde des saisons, du cri des oiseaux. N’entendons-nous pas le crépitement de la pluie sur la surface des étangs, ne voyons-nous pas les feux du rayon de soleil tamisés par les herbes humides quand le chœur des Grenouilles se met à chanter : « Plus fort, au contraire, nous nous ferons entendre, si jamais aux jours du beau soleil nous sautâmes parmi le souchet et le jonc, joyeuses de nos mélodies entrecoupées de mille plongeons ; ou si, fuyant l’averse de Zeus, au fond de l’eau nous entonnâmes d’allègres chœurs de danse au bruissement des bulles » (les Grenouilles) ? Théocrite, Horace, Virgile ne diront pas mieux dans leurs rêveries agrestes.


Modernité d’Aristophane

« Il nous a créé un grand art et, l’ayant édifié, il l’a flanqué de tours au moyen de belles paroles, de grandes pensées et de plaisanteries qui ne courent pas les rues », proclame fièrement le coryphée de la Paix (749-750). De nombreuses parabases chez Aristophane vantent les mérites du poète : tant il est vrai qu’au-delà de certaines plaisanteries faciles, d’un certain délire verbal, la comédie avec lui s’élève à un niveau supérieur et éternel. Son œuvre ? C’est un plaidoyer constant pour la paix (les Acharniens, la Paix), contre la guerre (Lysistrata), une vision de la cité idéale (les Oiseaux), un reproche permanent contre ceux qui dégradent la tradition (les Nuées). Or, cette Athènes déchirée par une guerre sanglante et fratricide, ces chefs et ces maîtres qu’Aristophane accuse ne sont-ils pas la réplique de nos propres sujets d’angoisse d’hommes du xxe s. ? Et, dans sa licencieuse Lysistrata, comment ne pas voir la hauteur de l’inspiration, comment ne pas constater qu’il s’y cache l’amertume tragique d’un écrivain qui s’aperçoit que ses contemporains ne répondent pas à ses appels de fraternité universelle ? Aristophane remet en question tous les problèmes sur lesquels s’interroge l’humanité depuis des millénaires : l’État, la religion, la paix, la civilisation. On aurait tort, malgré le rire de ses comédies, de négliger ses leçons.

Les contemporains d’Aristophane

Dans le nombre considérable des contemporains d’Aristophane, trois noms se détachent.

• Le plus grand de tous, Eupolis (Athènes v. 446 - † 411 av. J.-C.) eut une réputation presque égale à celle d’Aristophane, avec lequel il se serait brouillé, après avoir peut-être collaboré aux Cavaliers. D’après Suidas, il aurait composé quatorze ou dix-sept comédies. Nous n’en avons que des fragments. Les Chèvres (423?) faisaient le procès de l’éducation noble et raffinée de l’époque, au nom des mœurs rudes et simples ; les Flatteurs (421) critiquaient les sophistes ; Maricas (420) tournait en ridicule le démagogue Hyperbolos. Les Dèmes contiennent des vers souvent cités sur l’éloquence de Périclès. Selon les Anciens, la satire est chez lui vive, et l’imagination forte. Mais la fantaisie est moins riche que chez Aristophane.

• Bien au-dessous d’Eupolis se place Phrynichos (fin du ve s. av. J.-C.), dont nous connaissons une dizaine de pièces par leur titre. Son Monotropos, où il met en scène une sorte de misanthrope, fut joué en 414 avec les Oiseaux d’Aristophane. Il obtint le second prix avec les Muses, représentées en même temps que les Grenouilles (405) : leur sujet était sans doute un concours entre Sophocle et Euripide. Nous ne savons rien sur son talent, faute de documents.

• Platon, surnommé le Comique, écrivit entre 428 et 389 av. J.-C. des satires politiques, tels Hyperbolos, Pisandre, les Ambassadeurs, l’Alliance et Cléophon (405). Il aime la parodie (Phaon), et les nombreux fragments conservés de lui révèlent un poète ingénieux et élégant.

A. M.-B.

➙ Comédie / Euripide / Grèce ancienne (littérature de la) / Socrate.

 P. Mazon, Essai sur la composition des comédies d’Aristophane (Hachette, 1904). / M. Croiset, Aristophane et les partis à Athènes (Fontemoing, 1907). / P. Boudreaux, le Texte d’Aristophane et ses commentateurs (E. de Boccard, 1919). / G. G. A. Murray, Aristophanes (Oxford, 1933). / V. Ehrenberg, The People of Aristophanes (Oxford, 1943 ; 2e éd., 1951). / V. H. Debidour, Aristophane (Éd. du Seuil, coll. « Microcosme », 1962). / C. F. Russo, Aristofane autore di Teatro (Florence, 1962). / P. Händel, Formen und Darstellungsweisen der aristophanischen Komödie (Heidelberg, 1963). / J. Taillardat, les Images d’Aristophane. Études de langue et de style (Les Belles Lettres, 1965). / N. N. Dracoulidès, Psychanalyse d’Aristophane (Éd. universitaires, 1968). / A. Solomos, Aristophane vivant (trad. du grec. Hachette, 1972). / B. S. Syropoulos, l’Accumulation verbale chez Aristophane (Les Belles Lettres, 1975).

Aristote

En gr. Aristotelês, philosophe grec (Stagire, Macédoine, 384 - Chalcis, Eubée, 322 av. J.-C.).



La vie, les œuvres

Son père, médecin, mourut alors qu’il était lui-même encore très jeune. Aristote entre en 367 ou 366 à l’Académie, école fondée par Platon. À la mort de celui-ci (348), il fréquente à Assos la cour du tyran Hermias d’Atarnée, en compagnie, notamment, de Xénocrate. Vers 342, à la mort d’Hermias, il épouse Pythias, sœur ou nièce du tyran. Alors qu’il se trouve à Mytilène, dans l’île de Lesbos, Philippe II, roi de Macédoine, l’appelle à sa cour de Pella pour lui confier l’éducation du jeune Alexandre*. De retour à Athènes en 335, il crée une nouvelle école : le Lycée. Légalement, ce n’est pas Aristote — qui était métèque (on l’appelait également « le Stagirite ») — qui fonda l’« école péripatéticienne » (appelée ainsi d’après les promenades, notamment sous les portiques du Lycée, au cours desquelles le maître dispensait son enseignement), mais Théophraste. Seules les notes des cours qu’Aristote rédigea pour l’enseignement au Lycée et pour des leçons à Assos (avant le préceptorat d’Alexandre) nous sont parvenues.