Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

phase (suite)

La règle des phases suggère un classement des équilibres d’après leur variance :
v = 0, équilibres invariants, pour lesquels on a φ = c + 2
(exemple : un corps pur sous trois phases) ;
v = 1, équilibres univariants, pour lesquels φ = c + 1
(exemples : un corps pur sous deux phases, ou encore une solution en présence de la vapeur du solvant et d’un excès non dissous du sel).

On peut de même avoir affaire à des équilibres bi-, tri-, quadrivariants, etc.

R. D.

Phasme

Grand Insecte en forme de bâtonnet.


La tête, arrondie et de dimensions réduites, est dirigée en avant ; les pièces buccales, du type broyeur, sont comparables à celles des Orthoptères ; la face est très courte, les yeux petits, les antennes filiformes de longueur variée ; le pronotum est court et quadrangulaire, alors que méso- et métanotum, au contraire, sont plus longs que larges ; le métathorax est soudé en arrière au premier segment abdominal (segment médiaire) ; les pattes, allongées et grêles, sont conformées pour la marche ; les tarses ont 5 articles ; les organes du vol sont souvent nuls ; chez les espèces ailées, les élytres sont plus courts que les ailes ; l’abdomen, très long et étroit, est formé de 10 segments, y compris le segment médiaire ; le huitième sternite forme une grande plaque sous-génitale appelée opercule, qui sert d’abri à l’oviscapte. Ce dernier est constitué de 6 valves grêles distinctes, les valves supérieures et internes formant à leur base une sorte de loge où l’œuf se trouve retenu avant d’être expulsé au-dehors. Le dimorphisme* sexuel est très marqué, les femelles étant toujours plus grandes que les mâles.

Les Phasmes sont des Insectes phytophages (herbivores), en majorité nocturnes, qui vivent cachés dans les buissons, où ils se tiennent le plus souvent immobiles, les pattes antérieures allongées à l’avant en prolongement du corps. Un mécanisme de défense leur permet de tomber en catalepsie, l’immobilisation étant obtenue par réflexe lors d’un choc ou d’une pression sur le métasternum. L’autotomie des membres est également fréquente ; elle se produit souvent à l’occasion d’une mue lorsque le membre reste engagé dans l’exuvium ; les membres autotomisés se régénèrent à condition que l’animal ait encore à subir des mues. Grâce à leur forme bacillaire ou aplatie (apparence de feuilles : Phyllies), à leur coloration verte ou brune (élaboration en quantité variable de pigments verts, jaunes et bruns du tégument, ou migration des pigments bruns en relation avec le rythme nycthéméral), à leur ressemblance marquée avec l’environnement et à la lenteur saccadée de leurs mouvements, ils passent complètement inaperçus. Beaucoup d’espèces sont unisexuelles et ne se reproduisent que par parthénogenèse ; les espèces bisexuelles se divisent en deux catégories, celles qui se reproduisent uniquement par gamogenèse et celles qui ont l’aptitude à se reproduire par l’un et l’autre mode. Les œufs peuvent être abandonnés au hasard, projetés à distance par un mouvement d’avant en arrière de l’abdomen ou collés sur un support.

Les Phasmes, qui faisaient partie de l’ordre des Orthoptères, constituent maintenant l’ordre des Chéleutoptères. On en compte près de 3 000 espèces, en majorité tropicales, qui se répartissent en 7 familles : Timénidés, Bacillidés, Pseudophasmidés, Phylliidés, Lonchodidés, Phasmidés, Nécrosciidés. Parmi les Lonchodidés se trouvent les plus grands Insectes actuellement vivants : la femelle du Phobœticus fruhstorferi (sous-famille des Clitumninés) atteint 30 cm de longueur.

F.-O. A.

 P.-P. Grassé (sous la dir. de), Traité de zoologie, t. IX : Insectes (Masson, 1949).

Phéniciens

Peuple sémitique de l’Antiquité, qui occupa le littoral du couloir syrien et dont les représentants fondèrent des villes et des comptoirs depuis Chypre jusqu’au Maroc.



Cananéens et Phéniciens

Pour nous, le nom de Phéniciens vient du mot « Phoinikes », qui, en grec, évoque, outre ce peuple, la pourpre (production caractéristique de la Phénicie) et le palmier (qui se rencontre sur le littoral de ce pays). Mais Phoinikes vient peut-être d’un terme local, celui dont les Égyptiens auraient tiré Fenkhou, mot qui désigne, dans leurs textes, entre le xxve et le ve s. av. J.-C., les habitants d’une région du couloir syrien. Plus impressionnés encore par les dires d’Hérodote (ve s. av. J.-C.) — Tyr aurait été fondée 2 300 ans avant lui (v. 2750 av. J.-C.), et les Phéniciens seraient originaires des bords de la mer Érythrée (mer Rouge, mer d’Oman et golfe Persique) —, les historiens modernes pensent volontiers que ce peuple est arrivé sur le littoral méditerranéen au début du IIIe millénaire et s’y est maintenu sans grands changements jusqu’à l’époque romaine.

Les textes égyptiens et cunéiformes et l’archéologie, qui révèle une évolution complexe, invitent à nuancer ces positions. Sans parler des temps antérieurs, on ignore tout de l’appartenance ethnique ou linguistique des habitants du couloir syrien durant le IIIe millénaire, sauf que leur culte comprend des bétyles et des plates-formes sacrificielles, éléments attestés à l’époque historique chez différents peuples sémitiques de l’aire syro-mésopotamienne. À cette population s’ajoutent les groupes qui envahissent le couloir syrien du xxive au xixe s. et dont le seul historiquement connu est celui des Amorrites (ou Sémites occidentaux).

Du xixe s., époque à laquelle la vie sédentaire redevient la norme, au xiie s., qui voit de nouvelles invasions, la Palestine et la quasi-totalité de la côte du couloir syrien connaissent une civilisation commune, que les archéologues ont appelée cananéenne (de Canaan, nom donné par la Bible à la Palestine avant l’arrivée des Israélites). Ce terme conventionnel est confirmé par les textes du couloir syrien qui, au xive s., nomment le domaine asiatique du pharaon (côte du couloir syrien jusqu’à Ougarit*, au nord, et Palestine) Kinahhou (c’est le même mot que Canaan et cela signifierait « pourpre » en hourrite, une des langues de la région à cette époque). Mais, après les invasions du xiie s. qui amènent dans le couloir syrien de nouvelles ethnies (Philistins, tribus et peuples araméens), le domaine de la civilisation cananéenne se réduit à la côte, et encore les Néo-Hittites et les Araméens, au nord, les Philistins et les Hébreux*, au sud, viennent-ils se mêler aux Cananéens du littoral. Seule la partie centrale de la côte, du mont Casios (auj. djabal Aqra, à la frontière de Turquie et de Syrie), au nord, à ‘Akko (Acre), au sud, protégée par les montagnes du djabal Anṣariyya et du Liban, garde son indépendance politique. C’est dans cette région et à cette époque (xiie s.) que commence, à notre sens, le domaine phénicien, qui hérite de la tradition cananéenne, mais qui en diffère et par le jeu de l’évolution interne et par le fait que l’apport culturel des Égyptiens et des Hourrites* établis dans la région au bronze récent (xvie-xiiie s.) est maintenant totalement assimilé.