Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pevsner (les frères) (suite)

Pevsner a travaillé surtout en France, et Gabo aux États-Unis. De 1902 à 1911, Pevsner fait son apprentissage artistique à l’École des beaux-arts de Kiev (où demeurait le souvenir du peintre visionnaire M. A. Vroubel), puis à l’académie de Saint-Pétersbourg. La révélation de la peinture d’icônes, des impressionnistes et des fauves des collections Morozov et Chtchoukine, du cubisme* parisien (il est à Paris en 1911-1914) l’amène à une abstraction très personnelle en 1913. La peinture et le dessin, qu’il pratiquera toute sa vie, revêtent chez lui une solidité et une austérité qui, dans la construction et la répartition des surfaces, issues du cubisme, font apparaître la tension de forces s’équilibrant. Mais on sent qu’il manque à l’artiste l’espace, qui sera l’élément primordial de sa sculpture.

En 1918, Pevsner enseigne la peinture aux Vkhoutemas (Ateliers supérieurs d’art et de technique) à Moscou. Son jeune frère, qui prend le pseudonyme de Gabo, avait fait jusque-là des études médicales, biologiques et techniques, et avait suivi en 1912, à Munich, les cours d’histoire de l’art de Heinrich Wölfflin. Dès 1916, sous l’influence de Pevsner, il matérialise dans des constructions figuratives (série des Têtes et des Torses) les principes rigoureux appliqués par celui-ci en peinture. À l’Institut de la culture artistique de Moscou (In.khou.k), les deux frères se rangent du côté de Kandinsky* et de Malevitch*, et proclament, contre les « productionnistes » Tatline* et Aleksandr Rodtchenko, que seule compte la réalité esthétique. C’est alors qu’ils écrivent le Manifeste réaliste (5 août 1920), où sont rejetés le cubisme et le futurisme, considérés comme une description anecdotique du monde. Il faut rechercher les « lois réelles de la vie » ; « la réalité est la beauté suprême ». Il s’agit évidemment ici non pas du réel quotidien, mais du réel au sens platonicien. Cette réalité n’est pas abstraction ; elle est la concrétisation, dans des formes construites, de la vraie vie, du Logos à travers « l’espace et le temps, les seules formes où s’édifie la vie ». Pevsner et Gabo déclarent que seule la vibration matérielle des tons a une valeur picturale, que la ligne ne doit pas être graphique, mais doit faire apparaître la tension potentielle des objets, que la profondeur est l’« unique forme plastique de l’espace », qu’il faut « affranchir le volume de la masse » et que les rythmes cinétiques sont les « formes essentielles de notre perception du temps réel ».

Désormais, les deux artistes créeront chacun de leur côté leurs sculptures spatiales, qui sont un des sommets de l’art du xxe s. Ils quittent l’U. R. S. S.* en 1922-23, exposent ensemble à Paris en 1924, à Chicago en 1936, à New York en 1948, et donnent en 1927 une architecture scénique, des sculptures et des costumes pour les Ballets russes. Gabo suit une ligne constructiviste analogue à celle de Pevsner, mais marquée par une très grande cérébralité. Ses constructions en bronze, en Plexiglas, en fibres de Nylon, en aluminium, en acier, en marbre matérialisent de façon vigoureuse les processus mêmes de la naissance des formes. La plus belle réussite de Gabo est sans doute la Construction linéaire dans l’espace no 2 (1949-1953, collection Miriam Gabo), où la beauté plastique s’allie à une absence totale de pesanteur.

Pevsner, lui, est beaucoup plus instinctif. Sa sculpture, au prix de prouesses techniques, domine souverainement la matière. Le souvenir de la perspective inversée, « cinétique », de l’icône orthodoxe l’aidera à trouver une rythmique spirituelle vivant selon ses propres harmonies d’ombre et de lumière, de vide et de plein, de dynamique et de statique, de verticalité et de spiralité. Les matériaux sont d’abord le Celluloïd, le cristal, les plastiques, puis essentiellement le cuivre et le bronze (en fils soudés longitudinalement pour créer des surfaces courbes). Les surfaces développables de Pevsner ont sans doute été influencées par les recherches des mathématiciens ; elles mettent fin à des siècles d’une sculpture s’exprimant par le plan et la masse. À cet égard sont significatives toute une série de variations spatiales sur la Victoire de Samothrace, telle la Colonne développable de 1942 (collection privée, New York). La spirale est le mouvement privilégié de Pevsner : il fait s’envoler l’objet vers l’infini. Par ailleurs, comme Brâncuşi*, l’artiste a conservé à la sculpture sa dimension artisanale, en créant chaque pièce entièrement de ses propres mains, avec une lente obstination. L’essentiel de son œuvre, don de sa veuve, figure dans une salle particulière du musée national d’Art moderne de Paris.

J.-Cl. M. et V. M.

 R. Olson, Naum Gabo and Antoine Pevsner (New York, 1948). / R. Massat, Antoine Pevsner et le constructivisme (Caractères, 1956). / H. Read et L. Martin, Gabo (Londres, 1957). / P. Peissi et C. Giedion-Welcker, Antoine Pevsner (Éd. du Griffon, Neuchâtel, 1964). / B. Dorival, le Dessin dans l’œuvre d’Antoine Pevsner (Prisme, 1965). / Naum Gabo, Catalogue de l’exposition au musée national d’Art moderne (Musées nationaux, 1971).

pH

Notation désignant le caractère acide, neutre ou basique d’une solution aqueuse d’électrolyte.



Définition du pH

Introduite en 1909 par le Danois Sørensen sous la forme [H+] = 10–pH, c’est-à-dire pH = – log [H+], la définition du pH a été modifiée par la suite selon pH = – log |H+|, parce que c’est l’activité des ions et non leur molarité qui intervient dans la formule de Nernst, telle qu’elle se déduit de la thermodynamique (v. oxydoréduction). Cette dernière définition, satisfaisante du point de vue théorique et qui établit une relation affine entre la f. é. m. d’une pile redox et le pH d’une solution, rencontre cependant pour la pratique des mesures certaines difficultés qui obligent à adopter pour l’échelle pratique une définition différente (v. plus loin).

Søren Peter Lauritz Sørensen

Chimiste danois (Havrebjerg 1868-1939). Directeur du laboratoire Carlsberg, auteur de travaux sur les ions et l’acidoalcalimétrie, il introduisit en 1909 la notion de pH.