Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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pétrole (suite)

Les kérosènes (pétrole lampant et carburéacteurs)

Produit de base de l’industrie pétrolière il y a cent ans, l’huile de lampe représente encore aujourd’hui un certain débouché pour l’éclairage, le chauffage ou les couveuses. Afin de limiter les risques inhérents à la manipulation d’un produit facilement inflammable, sa volatilité est limitée par une teneur en essence maintenue inférieure à 10 p. 100 et vérifiée au test distillatoire, tandis qu’un autre appareil mesure le point d’éclair, qui est la température à laquelle un produit pétrolier chauffé doucement commence à dégager suffisamment de vapeurs pour provoquer son inflammation soudaine au contact d’une petite veilleuse. Un pétrole bien épuré doit pouvoir brûler pendant de longues heures sans fumer et sans charbonner, ce qui est vérifié empiriquement à l’aide de lampes normalisées. Dans le cas des carburéacteurs, on mesure en plus leur résistance à la corrosion, à la congélation et à la formation d’émulsions aqueuses, ainsi que leur stabilité thermique : ce dernier test se fait au « fuel coker », appareil qui reproduit en laboratoire les conditions d’alimentation et de préchauffage subies par le kérosène dans le moteur à réaction.


Les gasoils

Cette catégorie de produits, intermédiaire entre les légers et les lourds, représente en France plus de 40 p. 100 du débouché pétrolier avec sa double fonction de carburant Diesel (gasoil moteur) et de combustible (fuel-oil domestique).

Le moteur Diesel est certes moins exigeant sur la qualité de son carburant que le moteur à essence ; il importe, néanmoins, de lui garantir un gasoil bien distillé : ni trop léger et inflammable — d’où essai de distillation et de point d’éclair —, ni trop lourd — d’où mesure de la viscosité et de la température de figeage (point d’écoulement). Un essai dans un moteur spécial normalisé vérifie enfin l’aptitude du produit à s’enflammer spontanément (indice de cétane).

Le fuel-oil domestique est un gasoil détaxé dont l’emploi est interdit dans les moteurs de véhicules. Il est donc dénaturé par des agents traceurs et coloré artificiellement en rouge. Comme pour tous les dérivés du pétrole, on mesure soigneusement sa teneur en soufre afin de limiter la corrosion de l’appareil utilisateur et la pollution atmosphérique.


Les fuel-oils

Ces combustibles liquides sont utilisés dans l’industrie et la marine pour la chauffe des fours et des chaudières ainsi que pour certains moteurs Diesel lourds. Le contrôle de leurs caractéristiques porte principalement sur :
— la viscosité, qui se détermine en mesurant, à la température d’utilisation, le temps d’écoulement d’une certaine quantité d’huile à travers un orifice calibré vérifiant ainsi que le produit pourra bien être pompé ;
— le pouvoir calorifique, qui s’évalue au calorimètre par la combustion à l’oxygène d’une petite quantité de fuel-oil placée dans une « bombe » métallique ;
— la teneur en soufre, qui s’obtient également avec une bombe à oxygène en mesurant la quantité d’anhydride sulfureux produite ;
— le point d’éclair ;
— la teneur en eau et en sédiments.


Les lubrifiants (huiles de graissage)

Extrêmement divers suivant leur destination, ces produits nobles du raffinage subissent d’abord les contrôles classiques d’inflammabilité (point d’éclair) et de fluidité (viscosité, point d’écoulement), mais il importe surtout de les éprouver dans les conditions réelles ou simulées de leur utilisation future. Leur stabilité à la chaleur et à l’oxydation, par exemple, est vérifiée à 200 °C en faisant barboter un courant d’air pendant douze heures ; la viscosité d’une huile minérale bien raffinée est doublée environ à la suite de ce traitement, tandis que celle d’une huile végétale serait décuplée.


Les paraffines (cires de pétrole)

La caractéristique capitale de ces dérivés, solides à température normale, est leur point de fusion, qui doit être suffisamment élevé pour éviter tout ramollissement des bougies et tout collage intempestif des emballages paraffinés : il se mesure au laboratoire en notant le palier de refroidissement de la paraffine fondue correspondant aux premiers symptômes de solidification.


Les bitumes (asphalte ou brai de pétrole)

Naguère spécialité de quelques raffineries qui les tiraient de pétroles bruts particuliers, ce sont maintenant des produits de grande consommation exigés en tonnage croissant pour la construction de routes, d’autoroutes, d’ensembles immobiliers et autres travaux publics, pour l’industrie électrique, etc. Ils font l’objet d’essais de viscosité, de pénétration, de ramollissement et de ductilité (allongement).


Les gisements de pétrole

L’origine du pétrole est vraisemblablement organique et marine ; mais il n’a pas encore été possible d’élucider le mécanisme de sa formation au cours des millénaires, lente décomposition de la matière vivante au fond des océans sous l’effet de la pression, de catalyseurs et de bactéries, aboutissant à l’union de molécules de carbone et d’hydrogène pour donner les hydrocarbures. Le fait que l’on trouve du pétrole dans toutes les couches géologiques du début de l’ère primaire (Cambrien) au récent Tertiaire (Pléistocène) s’explique par la migration, lent vagabondage souterrain de l’huile et du gaz naturel à travers les pores et les interstices des diverses roches composant le sous-sol, chassés inlassablement par la pression des nappes aquifères jusqu’à ce que les hydrocarbures trouvent un « piège » où ils s’accumulent pour former un gisement : ils y restent emprisonnés à l’intérieur d’une roche-magasin poreuse surmontée d’une roche-couverture imperméable, comprimés par l’eau sous pression environnante.

La découverte des gisements peut être prévue par les techniques de prospection terrestre et « offshore ». S’il fut relativement facile de trouver au xixe s. les premiers champs pétrolifères grâce à des indices géologiques superficiels, l’exploration du sous-sol à des profondeurs qui atteignent près de 9 000 m fait appel à toutes les ressources de la géophysique. La gravimétrie et la magnétométrie, qui mesurent respectivement l’accélération de la pesanteur et le magnétisme terrestre, permettent d’abord de dresser des cartes souterraines ou sous-marines assez précises. La prospection sismique étudie ensuite de plus près les formations intéressantes, dont les contours sont révélés par la réflexion ou la réfraction d’ondes élastiques provoquées par des explosions de charges détonantes, véritables petits séismes artificiels. Grâce aux enregistrements des géophones récepteurs, on arrive à dresser des coupes de terrain très précises.