Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pétain (Philippe) (suite)

Second volet de la politique du maréchal Pétain, la pratique de la « collaboration » avec l’Allemagne est envisagée lors de son entrevue avec Hitler à Montoire (oct. 1940). Mais Pierre Laval désirant l’ériger en doctrine, Pétain renvoie celui-ci le 13 décembre et le remplace par l’amiral Darlan*. Désireux, en effet, de ne pas se couper totalement des Anglo-Saxons, le chef de l’État organise la mission secrète du professeur Louis Rougier à Londres, maintient des relations étroites avec l’ambassadeur américain à Vichy, l’amiral Leahy. En outre, il se sert de son crédit en Espagne et rencontre Franco à Montpellier en 1941. Mais, attaqué violemment par les Français de Londres, desservi par les excès de l’occupant allemand, incapable, en raison de son âge (il a quatre-vingt-cinq ans), de pratiquer une politique suivie, il renonce en fait à exercer la réalité du pouvoir le jour où, cédant à l’exigence allemande, il rappelle Pierre Laval et lui abandonne en avril 1942 la direction du gouvernement.

Au lendemain du débarquement allié en Afrique du Nord et de l’occupation de la zone libre par les Allemands (11 nov. 1942), il n’est plus qu’un prisonnier en sursis qui doit se contenter de faire approuver secrètement par l’amiral Auphan l’action de l’amiral Darlan à Alger.

Il a heurté profondément le sentiment national, notamment en acceptant d’adresser un message à la Légion française qui combat dans les rangs de la Wehrmacht, en encourageant la Milice de Joseph Darnand, et en renonçant à condamner les déportations et l’annexion de l’Alsace-Lorraine par le IIIe Reich. Il s’incline devant le diktat allemand qui lui interdit de lire à la radio le message par lequel, le 13 novembre 1943, il voulait annoncer qu’en cas de son décès le pouvoir constituant qu’il avait reçu en 1940 reviendrait non pas à Pierre Laval, mais à l’Assemblée nationale.


La fin

Après le débarquement de Normandie du 6 juin 1944, il rédige une dernière proclamation aux Français pour le cas où il ne serait plus libre. Arrêté le 20 août au matin, en présence du ministre suisse à Vichy, Stucki, et du nonce apostolique, Mgr Valerio Valeri, il est transféré de force par les Allemands à Belfort, puis le 8 septembre en Allemagne, à Sigmaringen. Il y séjournera jusqu’en avril 1945, mais n’apportera pas sa caution au gouvernement que tente d’y constituer Fernand de Brinon. Pendant ce temps, à Paris, l’amiral Auphan s’efforce en vain, le 28 août 1944, de rencontrer le général de Gaulle pour lui communiquer le document par lequel le maréchal veut lui transmettre régulièrement ses pouvoirs afin de maintenir l’union des Français, alors que le chef de la France libre dénie toute légalité au régime institué le 10 juillet 1940. C’est un échec. Revenu volontairement en France par la Suisse pour y répondre de ses actes, Pétain est arrêté, interné et traduit en Haute Cour en juillet 1945. Observant un silence absolu durant tout son procès, il est condamné le 15 août à la peine de mort, mais, à la demande du tribunal, de Gaulle commue cette condamnation en détention perpétuelle. Conduit d’abord au fort du Portalet, Pétain est détenu à partir de novembre 1945 en celui de la Pierre-Levée, qu’il ne quitte qu’en juillet 1951 pour aller mourir dans une chambre de Port-Joinville dans l’île d’Yeu.

P. T.

➙ Guerre mondiale (Première) / Maroc / République (IIIe) / Verdun (bataille de) / Vichy (gouvernement de) / Weygand.

 A. M. E. Laure, Pétain (Berger-Levrault, 1941). / R. Aron et G. Elgey, Histoire de Vichy, 1940-1944 (Fayard, 1945). / W. Stucki, la Fin du régime de Vichy (La Baconnière, Neuchâtel, 1947). / J. Tracou, le Maréchal aux liens (Bonne, 1948). / M. Weygand, Mémoires (Flammarion, 1950-1957 ; 3 vol.). / J. Carcopino, Souvenirs de sept ans, 1937-1944 (Flammarion, 1953). / L. Noguères, le Véritable Procès du maréchal Pétain (Fayard, 1955) ; la Dernière Étape, Sigmaringen (Fayard, 1956). / P. Bourget, Fantassin de 14, de Pétain au poilu (Presses de la Cité, 1964). / J. Plumyène, Pétain (Éd. du Seuil, coll. « Microscome », 1964). / J. R. Toumoux, Pétain et de Gaulle, secrets d’État (Plon, 1964). / G. Raïssac, Un Combat sans merci, l’affaire Pétain-de Gaulle (A. Michel, 1966). / G. Pedroncini, les Mutineries de 1917 (P. U. F., 1968) ; Pétain, général en chef, 1917-1918 (P. U. F., 1974). / A. Conquet, Auprès du maréchal Pétain (Éd. France-Empire, 1970). / H. Michel, Pétain, Laval, Darlan, trois politiques ? (Flammarion, 1972). / P. Pétain, Actes et écrits (Flammarion, 1974). / G. Miller, les Pousse-au-jouir du maréchal Pétain (Éd. du Seuil, 1975).

Quelques dates de la vie de Philippe Pétain

1876

Pétain à Saint-Cyr (promotion de Plevna), d’où il sort sous-lieutenant au 24e bataillon de chasseurs à pied (1878-1883).

1888-1890

École supérieure de guerre. Promu capitaine à sa sortie, Pétain est affecté à l’état-major du 15e corps à Marseille.

1895-1899

État-major du gouverneur militaire de Paris.

1901

Professeur adjoint du cours d’infanterie à l’École de guerre ; il en devient titulaire en 1908 après avoir effectué deux temps de commandement, en 1903 et en 1907.

1910

31 décembre : promu colonel (cinquante-quatre ans) et commandant du 33e régiment d’infanterie à Arras.

1914

5 mars : commandant par intérim la 4e brigade à Saint-Omer.

Août-septembre : promu général et commandant de la 6e division d’infanterie.

24 octobre : commandant du 33e corps.

1915

21 juin : commandant de la IIe armée.

1916

5 janvier : Pétain et la IIe armée placés en réserve générale dans la région de Noailles.

26 février : Pétain prend le commandement à Verdun.

1er mai : commandant du groupe d’armées du Centre.

1917

29 avril : chef d’état-major général.

15 mai : commandant en chef des armées françaises.

1918

19 novembre : maréchal de France.

1919

12 avril : élu membre libre de l’Académie des sciences morales et politiques.

1920

23 janvier : vice-président du Conseil supérieur de la guerre et généralissime désigné.

1922

18 février : inspecteur général de l’armée.

1925

27 août - 6 novembre : Pétain au Maroc.

1929

Élu à l’Académie française au fauteuil de Foch, dont il prononce l’éloge le 22 janvier 1931.

1931

9 février : remplacé par Weygand comme généralissime désigné, est nommé inspecteur général de la défense aérienne du territoire.

1934

9 février - 8 novembre : ministre de la Guerre.

13 novembre : membre, avec voix délibérative, du Conseil supérieur de la défense nationale.

1939

24 mars : ambassadeur auprès de Franco.

1940

18 mai : vice-président du Conseil du cabinet Reynaud.

17 juin : président du Conseil, demande l’armistice à l’Allemagne.

10 juillet : vote de l’Assemblée nationale.

11 juillet : Pétain chef de l’État français.

7 septembre : Pétain nomme Weygand délégué général du gouvernement en Afrique du Nord.

24 octobre : entrevue Hitler-Pétain à Montoire.

Octobre-décembre : relations secrètes entre Pétain et la Grande-Bretagne (mission Rougier, correspondance Halifax-Chevalier).

13 décembre : Pétain renvoie Laval.

1941

10 février : Darlan vice-président du Conseil et successeur désigné de Pétain.

14 février : entrevue Pétain-Franco à Montpellier.

14 août : institution du serment des magistrats et des officiers à Pétain.

5 novembre : message de Pétain à la Légion des volontaires français contre le bolchevisme.

18 novembre : sur ordre des Allemands, Pétain rappelle Weygand d’Alger.

1er décembre : entrevue Pétain-Göring à Saint-Florentin.

1942

18 avril : Pétain nomme Laval chef du gouvernement.

8 novembre : Pétain ordonne aux troupes d’Afrique du Nord de résister au débarquement anglo-américain.

13 novembre : télégramme secret de l’amiral Auphan à Darlan, qui a fait cesser le feu en Afrique du Nord, l’assurant de l’« accord intime du maréchal Pétain ».

18 novembre : Pétain donne à Laval pouvoir de promulguer lois et décrets sous sa seule signature.

1944

Voyage à Paris (26 avril), à Rouen (14 mai), à Nancy, à Épinal et à Dijon (26-27 mai).

20 août : Pétain quitte Vichy pour Belfort.

1945

26-27 avril : Pétain se présente à la frontière franco-suisse de Vallorbe, est arrêté et incarcéré au fort de Montrouge.

15 août : Pétain est condamné à mort.

16 novembre : Pétain est transféré du fort du Portalet dans celui de la Pierre-Levée à l’île d’Yeu.

1951

23 juillet : mort du maréchal Pétain : il est inhumé à l’île d’Yeu.

1966

29 mai : discours du général de Gaulle à Douaumont : « La gloire acquise par Pétain à Verdun ne saurait être contestée. »

P. D.