Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Périclès (suite)

Périclès et Aspasie

Périclès s’était marié tard (v. 457 av. J.-C.) à une femme d’une excellente famille. Elle lui donna deux fils (Xanthippos et Paralos), mais elle ne sut pas (élevée comme toutes les Athéniennes dans la médiocrité et l’insignifiance du gynécée) être la compagne dont il avait besoin : ils se séparèrent et Périclès rencontra l’amour à quarante-trois ans.

Aspasie resta vingt ans à ses côtés. C’était une Grecque d’Asie venue nous ne savons comment à Athènes, où son compatriote Hippodamos de Milet, l’architecte sociologue, l’avait mise en rapport avec lui. C’était une femme supérieure, une femme d’esprit avec laquelle Périclès avait plaisir à s’entretenir des affaires publiques ; douée d’une grande culture, elle savait les règles du discours, et Socrate faisait cas de sa conversation. Elle savait recevoir et à son cercle se pressaient Sophocle, le sculpteur Phidias, les architectes Ictinos, Callicratès, Hippodamos, qui la connaissait de longue date : elle offrait ainsi à Périclès le charme d’une maison qui était pour lui un véritable foyer, chaud de l’amitié des plus grands artistes et penseurs du temps.

Cette union qui fut si tendre (chaque jour, Périclès, partant pour l’agora, ne manquait pas, dit Plutarque, d’embrasser sa femme, ce qu’il faisait aussi en rentrant chez lui) ne fut pas sans provoquer dans l’opinion un très vif mécontentement : les Athéniens, peu favorables à l’émancipation des femmes, les poètes comiques toujours prêts à exploiter une veine satirique la couvrirent de boue, mais Périclès sut toujours la défendre avec une grande dignité ; ainsi en 432, où elle fit l’objet d’une accusation en règle devant le tribunal. D’ailleurs, le peuple lui rendit finalement justice : quand les deux fils du premier mariage de Périclès eurent été tués en 429 par l’épidémie de peste, l’assemblée accorda à Périclès la grâce de la citoyenneté pour le fils qu’il avait eu d’Aspasie (depuis la loi de 451 en effet, seul était citoyen celui qui était né de père et mère athéniens). Ce jeune homme, Périclès, fit d’ailleurs une belle carrière politique et fut stratège en 406 (malheureusement pour lui, ce fut aux Arginuses, où tous les généraux athéniens, malgré leur victoire, furent condamnés à mort).


Les travaux

Il lança ainsi un programme de grands travaux qui permirent de répartir sur la grande masse des travailleurs une partie de la richesse de l’État. On acheva ainsi (451-448) les cales et arsenaux du Pirée, on y construisit la halle aux blés (Alphitopôlis), on grossit la flotte, qui passa de 200 à 300 trières, on édifia les Longs Murs pour joindre la ville au Pirée. Mais surtout, on utilisa d’énormes sommes à bâtir l’Acropole. Autour de Périclès se groupa une équipe d’admirables artistes, dont Phidias*, son confident et ami. En 447-446 fut commencé le temple de la déesse poliade, le Parthénon, dont Ictinos avait conçu le plan ; Callicratès, assisté d’une commission dont Périclès lui-même faisait partie, en exécuta les travaux ; en 438, Phidias livra après un travail de six ans la magnifique statue d’ivoire et d’or (chryséléphantine) qui habita la cella. En 437 furent entrepris les travaux des Propylées, vestibule qui devait donner à l’entrée de la colline sacrée son caractère monumental. On entreprit aussi la construction d’un théâtre en pierre pour le culte de Dionysos, d’un odéon. La ville basse elle-même se couvrit de temples, ainsi que les dèmes de l’Attique (Éleusis, Sounion, Rhamnonte).

Mais cela ne suffisait guère, la cité antique ne pouvait accroître ses richesses, et par conséquent donner au plus grand nombre une vie plus facile, qu’en cherchant à profiter du travail et des biens d’autrui : c’est de l’impérialisme dont seront victimes les alliés de la ligue de Délos que vient la démocratie.

Périclès affirmait volontiers qu’Athènes était « l’école de la Grèce », que la cité avait aussi un droit moral à conduire l’ensemble de l’Hellade vers l’unité qui avait permis les si beaux exploits des guerres médiques. Il fit diverses tentatives pour réaliser ce programme par des voies pacifiques. Un décret du peuple invita en 446 tous les Grecs à un congrès qui se serait tenu à Athènes quelques années plus tard (443) ; Périclès organisa une grande expédition internationale qui alla fonder Thourioi en Grèce d’Occident, mais que son succès même rendit assez indépendante pour l’opposer très vite à sa métropole. Plus tard encore, il semble que l’on voulut demander aux Hellènes d’envoyer aux déesses d’Éleusis les prémices des récoltes (tentative, par le biais du prosélytisme religieux, de faire de nouveau reconnaître l’hégémonie d’Athènes dans le monde grec). En fait, l’esprit d’autonomie ne laissait aucune chance de succès à ces tentatives : la mission d’Athènes ne pouvait s’accomplir que par la force.

Il fallait d’abord assurer ces prétentions par la défaite définitive des Perses, par l’abaissement de Sparte, que les oligarques avaient toujours ménagée, mais dont le prestige nuisait à la gloire d’Athènes. Mener une double guerre se révéla vite impossible : après le désastre de l’expédition d’Égypte (454), les démocrates durent accepter une trêve avec Sparte, rappeler Cimon, qui accepta de conduire une escadre en Méditerranée orientale contre les flottes perses. La paix de Callias en 449-448 chassa les Perses de l’Égée ; en 446, une paix de trente ans fut signée avec Sparte. Mais le conflit avait provoqué déjà des transformations : ainsi, le trésor de la ligue de Délos avait été, en 454, transporté à Athènes ; ayant quitté la sauvegarde d’Apollon, il servira bientôt en partie à la construction du Parthénon, symbole de la grandeur d’Athènes seule. Des révoltes éclatèrent, d’autant plus nombreuses qu’Athènes démocratique intervenait de plus en plus dans la vie intérieure des cités alliées. Périclès fit vraiment de l’alliance (la ligue de Délos n’était jusqu’alors qu’une symmachie) un empire (arkhê), malgré l’opposition du parti aristocratique, qui ne put guère faire entendre sa voix que jusqu’en 443 (date de l’ostracisme de Thucydide, fils de Mélésias).