Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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perception (suite)

• L’estimation perceptive. D’un donné, on peut estimer qualitativement ou quantitativement les aspects les plus divers. Une forme peut être plus ou moins symétrique, la pomme plus ou moins grosse, rouge, parfumée, etc. Le visage est souriant ou hargneux. Toute perception a ainsi des résonances affectives et cognitives qui se manifestent dans l’art du poète, mais que le psychologue peut saisir par des échelles d’estimation directes ou indirectes.

La perception est toujours le codage d’informations sensorielles. Mais, dans les perceptions, nous pouvons distinguer ce qui co-varie avec les stimulations de ce qui co-varie avec la personnalité du sujet en fonction de son âge, de son histoire, de ses attitudes ou de son savoir.


La perception comme dépendant des stimulations

On peut mettre en évidence les relations qui existent entre les caractères et les modifications des stimulations et entre les caractères et les modifications de la perception.

Nous envisagerons seulement des lois générales sans considérer les caractères des perceptions en tant que dépendant d’un récepteur particulier (vision, audition, etc.).


La ségrégation figure-fond

Le champ sensoriel n’apparaît jamais comme une collection de sensations, mais comme une structure où les ensembles se détachent en tant que figure par rapport à un fond (Rubin) en fonction de différences quantitatives ou qualitatives des stimulations. Cette distinction phénoménale correspond particulièrement à l’analyse de nos perceptions visuelles.


La structuration de la figure

L’organisation des figures dépend de nombreux facteurs, dont les principaux ont été systématisés par Max Wertheimer (1923).

• La proximité. Des éléments proches dans l’espace ou dans le temps tendent à former une unité.

• La ressemblance. Des éléments identiques s’organisent dans l’espace ou le temps (une voix dans un chœur). Très souvent, proximité et ressemblance conjuguent leurs effets.

• La fermeture du contour. Un ensemble de stimulations crée une figure d’autant plus forte que son contenu est plus fermé.

• La bonne continuation et le destin commun. La communauté de direction détermine une forte organisation. Le déplacement d’un ensemble d’éléments favorise sa ségrégation en tant que figure.

• La prégnance, ou simplicité de la forme. Les formes régulières, simples, symétriques sont plus faciles à percevoir que des formes plus complexes.


La capacité de la réception

Parmi la multitude des stimulations qui assaillent notre organisme, nous n’en percevons qu’une partie. Cette partie est limitée par nos intérêts, mais aussi par notre capacité de réception. Le nombre de stimuli ou de formes que l’on peut appréhender après une seule présentation (simultanée ou successive) varie dans des limites étroites (de cinq à neuf).


Les effets de contexte

La perception déclenchée par une stimulation est toujours dépendante de tout son contexte simultané ou successif.

• Les effets intramodaux simultanés.
Nous entendons par effets intramodaux les interdépendances de deux perceptions relevant de la même modalité (visuel ou auditif, ou tactile, etc.).
La constance, ou invariance relative de la taille, de la forme ou de l’intensité malgré les variations de la distance ou de l’orientation est un des effets les plus importants. Deux objets sont perçus comme identiques sous plusieurs de leurs qualités malgré les variations du contexte pourvu que celui-ci soit perceptible.
Les effets de contraste. La valeur qualitative ou quantitative d’un stimulus (grandeur, brillance, couleur, intensité en général) est renforcée par la présence d’autres stimuli possédant des valeurs extrêmes sur la même dimension.
Les illusions. On range sous cette étiquette les nombreux cas où les informations perceptives sont en désaccord avec les mesures physiques des stimuli (par exemple les illusions optico-géométriques).

• Les effets intramodaux successifs.
Le masquage. Quand deux stimuli visuels se succèdent rapidement, le premier ou le second stimulus peut ne pas être perçu. Le masquage peut se produire pour des stimuli qui se superposent ou pour un stimulus qui en entoure un autre. On parle alors de métacontraste (par exemple un disque entouré par un anneau).
Les effets consécutifs figuraux. La fixation prolongée d’une figure entraîne des modifications de ses propriétés (effet Gibson : des lignes courbes apparaissent moins courbes) et peut engendrer des modifications de localisation, de forme, de grandeur d’une autre figure qui lui est rapidement substituée (effet Köhler). Ces effets sont observables dans le domaine de la vision, de l’audition, de la kinesthésie.
Le niveau d’adaptation. Un jugement absolu porté sur un stimulus (par exemple lourd, grand, clair, etc.) dépend de l’ensemble des stimuli successifs parmi lesquels il apparaît.

• Les effets intermodaux.
Nous entendons par effets intermodaux les interdépendances qui existent entre les perceptions relevant de sens différents.
Les interactions vision-audition. Les psychologues russes ont mis en évidence une facilitation perceptive réciproque entre stimulations visuelles et stimulations auditives.
Les interactions sensori-motrices. Certaines de nos perceptions, visuelles en particulier, sont dépendantes des sensations proprioceptives et kinesthésiques qui proviennent de notre organisme. Notre corps fournit un système de référence pour la localisation et l’orientation des objets (théorie sensori-tonique).

Une vision déformée du champ visuel produite par le port de lunettes prismatiques se corrige peu à peu sous l’influence de l’activité motrice. Cette correction correspond à un nouvel apprentissage moteur et entraîne une véritable modification de l’image visuelle.


La perception comme dépendant de la personnalité

La perception dépend toujours des stimulations, mais elle est aussi affectée par la personnalité du percevant et son histoire. Ces influences — en général — modulent seulement une information déterminée d’abord par les messages sensoriels. Aussi se manifestent-elles surtout dans des situations où les messages sont brefs, flous ou ambigus. Si elles sont souvent étudiées dans des situations assez artificielles, leur rôle dans notre vie reste considérable, parce que souvent nos perceptions interviennent dans un milieu complexe et mouvant.