Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pennsylvanie

En angl. Pennsylvania, État du Nord-Est des États-Unis ; 117 412 km2 ; 11 794 000 hab. Capit. Harrisburg.



La géographie

La Pennsylvanie présente une grande variété de paysages naturels, qui tient plus à la diversité du relief qu’à celle du manteau végétal. Allongée dans le sens est-ouest, elle comprend une succession de diverses unités morphologiques orientées du sud-ouest au nord-est : la Plaine côtière, représentée ici par un mince liséré sur la rive droite de la Delaware ; le Piedmont, qui s’abaisse et se rétrécit en Pennsylvanie ; la dépression triasique, largement épanouie, au contraire ; le Blue Ridge, ici, bas et morcelé ; la Grande Vallée ; les crêtes et les vallées des Appalaches*, plissées ; le front Allegheny, dénivellation de quelque 300 m ; enfin le plateau Allegheny, d’environ 600 m d’altitude, dans lequel s’encaissent la Delaware, la Susquehanna et l’Ohio (formé de la Monongahela et de l’Allegheny).

Le climat est de type continental modéré dans les vallées et les dépressions du Sud-Est et du Sud-Ouest : hivers peu accusés (entre 0 et 2 °C en janvier), étés très chauds (moyenne de 22 à 24 °C et maximum moyen de 30 °C en juillet). Le plateau Allegheny a des hivers rigoureux et, dans sa partie nord, des étés moins chauds et une saison de végétation plus courte que les basses terres. Les précipitations, de 900 à 1 000 mm, tombent surtout entre mai et août (en hiver sur le plateau, sous forme de neige). La chênaie, défrichée dans les plaines et vallées, persiste sur les reliefs peu élevés (Blue Ridge, petites crêtes appalachiennes) et cède la place à la hêtraie ou à la forêt mixte sur les hautes crêtes et le plateau Allegheny.

Avec 11 794 000 habitants, la Pennsylvanie se classe au troisième rang (après la Californie et l’État de New York). Cette population est très inégalement répartie : il y a des régions densément peuplées, comme les plaines et les vallées du Sud-Est, la vallée moyenne de la Susquehanna et les vallées du Sud-Ouest, et des régions presque désertes, habitées de façon ponctuelle, comme une grande partie du plateau Allegheny. Il s’agit surtout d’une population urbaine (79,4 p. 100), les principales agglomérations étant celles de Philadelphie* (4 820 000 hab.), de Pittsburgh* (2 400 000 hab.), d’Allentown et Bethlehem (515 000 hab.), d’Harrisburg (392 000 hab.), de Wilkes-Barre et Hazleton (345 000 hab.), d’York (310 000 hab.), puis de Lancaster, de Reading, de Johnstown, d’Erie, qui ont de 250 000 à 300 000 habitants chacune.

La Pennsylvanie fut tôt industrialisée grâce à ses ressources en anthracite et en charbons bitumeux (bassins de Scranton, de Wilkes-Barre, de l’Allegheny et de la Monongahela). Encore seul producteur d’anthracite (10 Mt), elle n’a plus que la troisième place pour l’extraction des charbons bitumeux (68,5 Mt), après la Virginie-Occidentale et le Kentucky. La production pétrolière est insignifiante aujourd’hui. Les principales industries de transformation sont la sidérurgie primaire (premier rang aux États-Unis avec 20,5 Mt de fonte et 240 000 emplois ; à Pittsburgh, à Bethlehem, à Morrisville), la métallurgie secondaire (quatrième rang), les industries alimentaires (quatrième rang), la construction mécanique et la construction électrique (cinquième rang), la chimie et la fabrication du matériel de transport. La valeur ajoutée par toutes les industries s’élève à 20 milliards de dollars (cinquième rang).

La Pennsylvanie fut longtemps réputée pour son agriculture florissante ; on citait le comté de Lancaster, transformé en une vaste ferme modèle par des agriculteurs allemands établis là de longue date. L’économie agricole actuelle, orientée vers des marchés urbains, repose sur l’élevage laitier à base de maïs, d’avoine et de foin (cinquième rang pour le nombre des vaches laitières) ainsi que sur la production des légumes et des fruits. Mais il y a des secteurs d’agriculture pauvre sur le plateau Allegheny (que l’on projette de reboiser), et nombre de fermes sont abandonnées (il n’y en a plus que 73 000 contre 169 000 en 1940 ; l’agriculture a perdu 1 600 000 ha depuis 1940 et 2 400 000 ha depuis 1900).

Outre l’exode rural, la Pennsylvanie connaît d’autres signes d’un déclin relatif. La crise charbonnière (chute de production de moitié et doublement des rendements depuis la guerre) entraîne un chômage élevé (14 p. 100 dans certains bassins) et une forte émigration (un dixième de la population dans plusieurs comtés du Sud-Ouest). Les petites villes se dépeuplent, à moins qu’elles soient vivifiées par les autoroutes. La sidérurgie se déplace vers les Grands Lacs. Le poids politique de l’État se ressent de cette situation : par suite d’un accroissement démographique plus faible que celui de l’ensemble du pays, la Pennsylvanie a perdu trois sièges de députés.

P. B.


L’histoire

William Penn (1644-1718) avait un handicap — il était quaker en un temps et en un lieu où la Société des Amis subissait la persécution des autorités religieuses — et deux atouts — il bénéficiait de l’amitié du duc d’York, le futur Jacques II, et son père, l’amiral sir William Penn († 1670), avait prêté de l’argent au roi. Aussi est-ce à titre de dédommagement que Charles II lui céda en 1681 sur le continent américain entre le 43e et le 40e degré de lat. N. une vaste région qui, en l’honneur de l’amiral, fut baptisée Pennsylvanie. La seule condition mise par le souverain était que le « propriétaire » devait y appliquer les lois du royaume. Penn entreprit de faire de sa colonie un « Holy Experiment » (une expérience sacrée), c’est-à-dire un havre de paix pour toutes les sectes persécutées, et tout particulièrement les quakers. Philadelphie*, la « Cité de l’amour fraternel », devait symboliser ce vaste rassemblement.

D’Angleterre et du pays de Galles, des quakers et des anglicans répondirent immédiatement à l’appel de Penn. Puis, grâce à ses relations et à son active publicité, le « propriétaire » recruta des colons en Allemagne, en Suisse allemande et en Europe centrale parmi les sectes dissidentes (les mennonites, les dunkers, les frères moraves, les amishes, etc.), chez les luthériens et les calvinistes. Des Écossais, déjà installés en Ulster, traversèrent à leur tour l’océan Atlantique et s’installèrent sur la « frontière », au pied des Appalaches. La Pennsylvanie, qui prit ses limites définitives dans le courant du xviiie s., fut ainsi une colonie au peuplement hétérogène (à la veille de la Révolution, un tiers de ses habitants était d’origine allemande), où la tolérance fut une nécessité et le pacifisme un état d’esprit inspiré par les croyances religieuses et tempéré par les nécessités de la vie quotidienne. Sans doute est-ce cela qui explique ses bonnes relations avec les Indiens au moins jusqu’au début de la guerre de Sept Ans.