Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Peltier (effet) et effet Thomson (suite)

Grâce aux semi-conducteurs*, on utilise maintenant l’effet Peltier pour la réfrigération ; en effet, les différences de potentiel de contact sont alors nettement plus importantes et les semi-conducteurs conduisent mal la chaleur. En pratique, on forme une plaquette en montant en série alternativement deux tellurures de bismuth, semi-conducteurs, l’un de type n, l’autre de type p ; si le côté des soudures qui chauffent est maintenu à la température ordinaire par un courant d’eau, on peut obtenir de la glace au contact des autres soudures.

Lorsqu’un circuit fermé est formé par une suite de conducteurs métalliques à la même température, il n’y circule pas de courant : c’est que la somme des différences de potentiel de contact est nulle. Dans le cas d’un circuit ouvert, la différence de potentiel entre les métaux extrêmes est la même que s’ils étaient directement en contact ; en particulier, s’ils sont identiques, ils sont au même potentiel.

Jean Charles Athanase Peltier

Physicien français (Ham 1785 - Paris 1845). D’abord établi comme horloger, il s’occupe, à partir de 1815, d’électricité. En 1834, il découvrait l’effet qui porte son nom. Il a aussi mesuré la température de l’eau en caléfaction (1841).


Effet Thomson

Si deux points d’un même conducteur métallique ne sont pas à la même température, il existe entre ces deux points une différence de potentiel électrique due à une force électromotrice de température. Ces forces électromotrices sont en général très petites : elles valent par exemple + 2,2 μV/°C dans le cuivre et – 8,4 μV/°C dans le fer. Elles ne créent aucun courant dans un circuit tout entier formé du même métal, mais, lorsque l’on fait passer un courant dans un conducteur métallique dont la température n’est pas uniforme, il s’ajoute à l’effet Joule un effet thermique réversible dû à ces forces électromotrices de température : c’est l’effet Thomson. Celui-ci correspond, suivant le sens du courant, soit à un dégagement, soit à une absorption de chaleur, mais la puissance thermique mise en jeu est très faible et difficile à mesurer.

A. T.

Penderecki (Krzysztof)

Compositeur polonais (Dębica, voïvodie de Rzeszów, 1933).


Une célébrité précoce, une carrière exceptionnellement brillante, une fécondité illustrée par un catalogue de quelque trente-cinq ouvrages de tous genres ont permis à cet auteur d’atteindre à une popularité très rare pour un compositeur contemporain. La rançon de cette destinée heureuse a été une production souvent trop hâtive, servie par une facilité de plume excessive. Entraîné par le tourbillon des commandes, Penderecki a déçu ses plus fervents admirateurs par certaines œuvres peu dignes de ses premières réussites. Mais il était lui-même conscient de la pente dangereuse sur laquelle il glissait, et sa production récente (depuis 1971) montre un redressement salutaire.

Après des études à l’École supérieure de musique de Cracovie, où il est l’élève d’Artur Malawski (1904-1957), puis, après la mort de celui-ci, de Stanisław Wiechowicz (1893-1963), Penderecki fait une entrée remarquée dans la vie musicale polonaise en 1959, en remportant les trois prix décernés au concours pour jeunes compositeurs organisé par l’Union des compositeurs polonais. Il s’agit de ses trois premières œuvres : Strophes, d’obédience encore sérielle ; Psaumes de David, point de départ de toute sa production chorale, mais encore sous la coupe stravinskienne ; enfin, Émanations pour deux orchestres à cordes, premier témoignage d’une écriture très originale pour les archets, issue de l’exemple des premières œuvres de Xenakis*, faisant un usage étendu des micro-intervalles, du glissando, des effets sonores spéciaux, notamment bruitistes, enfin d’une division des parties jusqu’à soixante ou davantage (autant que d’instrumentistes), procédé inauguré à la même époque par Ligeti* et aujourd’hui courant. Dans cette veine naîtront Anaklasis, sensation du festival de Donaueschingen de 1960, Dimensions du temps et du silence, Polymorphia, Canon (avec bande magnétique), Fluorescences, l’un de ses chefs-d’œuvre, point d’aboutissement de cette première période et qui en étend pour la première fois les conquêtes à l’orchestre complet. Mais, dès 1960, Penderecki a écrit pour cinquante-deux cordes une page brève qui lui a valu la gloire et la popularité mondiales, Threnos à la mémoire des victimes d’Hiroshima. Le Stabat Mater (a cappella) renoue avec la musique chorale : il sera intégré dans le vaste monument de la Passion selon saint Luc (1963-1966), synthèse des innovations orchestrales du compositeur et d’une tradition vocale composite, alliant le plain-chant, les souvenirs de Bach et ceux de Stravinski, voire de Honegger. Cette grande fresque grouillante de vie et de couleur, digne de Jheronimus Bosch, accroît encore la gloire mondiale de son auteur. On retrouve le même style, plein d’effet, mais hétérogène et un peu sommaire dans sa réalisation, dans le Dies irae, oratorio bref à la mémoire des victimes d’Auschwitz, dans l’opéra les Diables de Loudun, inspiré par la destinée d’Urbain Grandier, enfin dans le puissant diptyque de la « messe russe » Utrenja (la Mise au tombeau, la Résurrection). Simultanément naissent des pages concertantes d’une étourdissante virtuosité destinées au violoncelle, au violon et au hautbois, ainsi que deux quatuors à cordes.

Les dernières œuvres de Penderecki, qui a achevé sa 1re Symphonie en 1973, comportent des réussites comme la Partita pour clavecin et orchestre et surtout le Canticum canticorum Salomonis pour seize voix, six percussions et orchestre de chambre, qui est peut-être son chef-d’œuvre à ce jour.

Les œuvres principales de Penderecki

• opéra : les Diables de Loudun (1968-69).

• cantates et oratorios : Psaumes de David (1958) ; Stabat Mater (1962) ; Cantata in honorem Almae Matris universitatis Jagelloniae (1963-64) ; Passion selon saint Luc (1963-1966) ; Dies irae (1967) ; Utrenja, messe russe (1969-1971) ; Kosmogonia (1970-71) ; Ekloga VIII pour six voix d’hommes (1972) ; Canticum canticorum Salomonis (1970-1973).