Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Argentine (suite)

En revanche, la plupart des autres produits de l’agriculture sont destinés à la consommation intérieure. C’est le cas du riz, de la vigne, des fruits, de la canne à sucre, encore que le vin réussisse à s’imposer sur le marché latino-américain, en raison de la modicité de ses prix, par rapport aux vins européens, et de sa qualité, nettement supérieure à celle des vins mexicains ou brésiliens.

L’élevage. Le troupeau argentin compte environ 50 millions de bovins et autant d’ovins. Si l’élevage laitier est essentiellement destiné à la consommation intérieure, l’élevage pour la viande, les cuirs et la laine ne peut survivre qu’à la condition d’exporter la plus grande partie de sa production.


L’industrie

Longtemps peu importante, l’industrie se développe rapidement. Elle occupait 600 000 ouvriers en 1935, 1 700 000 en 1955, et plus de 2 millions et demi en 1970. Cette multiplication des emplois du secteur secondaire correspond à une rapide extension de l’éventail des productions. En effet, il existe maintenant un secteur d’industries de base relativement important, allant de la sidérurgie à l’industrie pétrolière.

Avec la grande usine sidérurgique construite sur le bord du Paraná, à San Nicolás, et quelques autres usines de moindre importance, l’Argentine produit 2,4 Mt d’acier. Elle couvre maintenant une part importante de la consommation nationale. Pourtant, en dépit des richesses minières de la région andine, en particulier des minerais non ferreux comme le plomb, le zinc et le tungstène, le sous-sol n’est guère favorable, en général, au développement d’une industrie de base métallurgique, contenant peu de minerai de fer et encore moins de charbon.

En revanche, le sous-sol renferme d’importantes réserves de pétrole ; les gisements de Patagonie et les puits situés au pied des Andes fournissent actuellement plus de 20 Mt par an. Cette économie pétrolière, régie par l’État, accepte les capitaux étrangers dans la mesure où ils sont subordonnés à ce contrôle de la régie nationale des pétroles.

L’Argentine dispose d’un important potentiel hydro-électrique par les grands fleuves du bassin du Río de la Plata et les rivières qui descendent des Andes. Bien que ces rivières soient difficiles à aménager, des barrages sont déjà construits, en particulier dans la région de Córdoba.

L’Argentine possède aussi toute une industrie de valorisation des produits alimentaires, liée à la production des céréales et surtout à l’élevage, avec les vastes usines de traitement et de conservation de la viande et du cuir. Mais ce qui caractérise essentiellement l’industrie, c’est l’essor du secteur de production des biens d’usage et de consommation. Tant dans le domaine des industries mécaniques que de l’appareillage électrique, des matières plastiques, du textile ou du cuir, la production non seulement suffit à la demande intérieure, mais tente de s’imposer sur l’ensemble du marché sud-américain.

Cependant, les autres pays de l’Amérique latine ne constituent le plus souvent que des marchés très aléatoires, du fait de la précarité des niveaux de vie ou de leur propre industrialisation ; aussi la production industrielle reste-t-elle fragile et déséquilibrée comme la production agricole. Ce déséquilibre de l’économie argentine apparaît plus nettement encore dans la localisation des productions : il se manifeste en particulier par les profonds contrastes, sur le plan du développement économique, qui opposent entre elles les différentes régions.


Les régions

Avec ses complexes sidérurgiques, ses centrales thermiques, la convergence des voies ferrées, des routes et les oléoducs, avec la succession de ses villes et de ses usines, dans un espace intensément cultivé, la Pampa autour de Buenos Aires offre l’image l’une Argentine qui se serait développe au même titre que les pays d’Europe occidentale.

À côté de cette zone d’intense concentration des activités et des hommes, s’étendent d’immenses territoires plus ou moins vides et improductifs. En fait, le territoire argentin l’organise à partir d’un pôle intensément développé, la région de Buenos Aires, puis se répartit en vastes zones périphériques, plus ou moins articulées, plus ou moins intégrées économiquement à ce pôle de développement et que l’on peut classer en trois grandes régions.


La Patagonie

Son sol pauvre, recouvert par la steppe, son climat rude aux vents froids en font une région répulsive. La Patagonie est le pays du mouton, avec un troupeau d’environ 20 millions de têtes ; mais c’est aussi la zone du pétrole. L’élevage du mouton ne se pratique pas sur l’ensemble du territoire, mais dans les régions périphériques, subandines (en raison de la plus grande humidité) ou proches de l’Atlantique (en raison de la plus grande commodité des liaisons par la voie maritime). En fait, la navigation maritime n’est plus le seul lien entre la Patagonie et Buenos Aires ; des routes, le long desquelles se situent les centres d’abattage, permettent d’acheminer la production vers le grand centre. L’autre activité de la Patagonie, l’extraction du pétrole, a fait de la zone de Comodoro Rivadavia le petit pôle économique de cette région.


La zone subandine

La deuxième région périphérique est constituée par la zone subandine, allant du nord-ouest de la Patagonie jusqu’à la frontière bolivienne. Au nord, la Puna est un grand plateau très élevé, où quelques milliers d’Indiens vivent de l’agriculture et de l’exploitation minière. Dans cette région, ce sont surtout les zones plus basses, au climat tropical, qui sont mises en valeur, en fonction de l’influence de Buenos Aires. Il s’agit de spéculations agricoles, liées au climat tropical : l’exploitation de la canne à sucre en fournit un bon exemple, dans le cadre de moyennes propriétés, comme dans la zone de Tucumán, ou sous la forme de puissantes sociétés qui, avec une main-d’œuvre indienne, ont défriché les forêts du Chaco et organisé de grandes plantations. Ailleurs, dans quelques vallées du piémont andin, autour de villes traditionnelles comme Salta ou Jujuy, on pratique quelques cultures irriguées (agrumes et légumes), et on exploite quelques plantations de tabac. Mais, en fait, il s’agit, au sein d’une région encore très peu développée, de petits îlots de mise en valeur, liés à l’irrigation. Salta et Tucumán, avec 150 000 et 300 000 habitants, s’efforcent d’apparaître comme les foyers de développement d’une zone périphérique, encore très dépendante de Buenos Aires.