Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

pêche maritime (suite)

Enfin, dans le domaine de la recherche propre à chaque pays, nombreuses sont les institutions scientifiques publiques ou privées qui mettent à la disposition des professionnels les connaissances acquises en matière de fonds de pêche et de biologie des poissons pour préparer leurs campagnes avec les meilleures probabilités de succès. Elles sont particulièrement nombreuses aux Pays-Bas et en Allemagne fédérale. En France, cette question est traitée par un organisme public, l’Institut scientifique et technique des pêches maritimes, ainsi que par le Centre national pour l’exploitation des océans (CNEXO) et l’Office pour la recherche scientifique des territoires d’outre-mer (O. R. S. T. O. M.).

H. C.

➙ Marine / Mer (droit de la) / Port.

 J. Latty, Traité d’économie maritime, t. III : les Pêches maritimes (École nationale supérieure du génie maritime, 1958). / A. von Brandt, Fish Catching Methods of the World (Londres, 1964). / L’Industrie française des pêches maritimes (la Documentation française, 1965). / A. Boyer, les Pêches maritimes (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1967). / Rapport du Comité des pêches maritimes pour le VIe plan (la Documentation française, 1971).


La géographie de la pêche maritime

Mers et océans occupent les trois quarts de la surface du globe. L’énergie solaire pénètre les eaux sur une profondeur variable, mais qui n’excède généralement pas 200 ou 300 m (couche euphotique) ; elle est utilisée par la photosynthèse*, qui aboutit à la création de matière organique. La transformation est effectuée par le phytoplancton et, dans les eaux peu profondes, par les prairies d’algues ou de laminaires.


La formation de la production

La productivité de la mer en matière organique végétale dépend à la fois de la quantité d’énergie solaire reçue et du rôle inhibiteur des facteurs limitants. Celui-ci est plus marqué que dans les milieux continentaux, ce qui explique que, malgré leur étendue, les milieux marins soient globalement moins productifs. Les possibilités de synthèse sont limitées par l’absence d’oxygène et par celle des produits minéraux nécessaires. Lorsque les eaux sont stratifiées de manière stable, la teneur en oxygène décroît régulièrement et devient vite nulle : cela explique l’absence de vie en profondeur dans les mers fermées comme la mer Noire, ou dans certaines fosses océaniques ; seules des bactéries anaérobies peuvent vivre dans ces milieux. Lorsque l’apport de matière organique est trop fort, l’action des bactéries qui assurent leur minéralisation est si intense que tout l’oxygène est mobilisé : c’est là une des sources essentielles de la pollution moderne des régions littorales et des étendues d’eau douce.

La teneur en oxygène est plus importante dans les eaux froides : les régions de haute latitude sont donc favorisées. Les eaux froides sont aussi des eaux denses : elles passent sous les eaux de surface des régions tempérées et chaudes, et cela crée une circulation générale dans les océans. Les zones tempérées ou chaudes souffrent donc de deux désavantages : elles ont des eaux peu oxygénées et des eaux qui sont pauvres en matières nutritives. Fort heureusement, dans les zones de divergence des eaux de surface, sur les côtes occidentales des continents, aux latitudes tropicales, se produisent des remontées qui constituent des milieux particulièrement propices à la vie marine, puisque l’insolation abondante se joint à la richesse chimique des eaux pour permettre la prolifération des espèces. Certaines remontées sont permanentes. D’autres sont saisonnières.

Les zones littorales offrent également des conditions favorables : les fleuves apportent souvent d’abondantes masses de matières minérales dissoutes, l’agitation permanente entraîne une meilleure oxygénation des eaux de surface. Les mouvements incessants apportent en chaque point les matières dont les êtres vivants ont besoin. On ne peut donc s’étonner de constater que la productivité primaire des étendues marines soit très variable. De façon générale, les régions les plus favorables sont constituées par les mers des hautes latitudes, par les régions littorales et par les zones de divergence. Au total, on estime que la photosynthèse permet de produire à la surface du globe une masse de quelque 150 000 Mt de matière organique végétale.

Les produits de la photosynthèse ne sont généralement pas directement utilisables par l’homme, à la différence de ce qui se passe sur les continents. Il arrive que l’on consomme certaines algues, comme au Japon, ou qu’on les utilise pour la fertilisation des terres, comme en Bretagne : ce sont des cas exceptionnels. La valeur des étendues marines est liée, pour l’homme, à l’existence des pyramides d’êtres qui transforment le phytoplancton et le rendent collectable. En fait, une bonne partie des êtres qui constituent celui-ci est si ténue qu’elle ne peut être mobilisée par les animaux : il y a donc une déperdition très importante d’énergie ; pour concentrer la matière organique dispersée dans les couches euphotiques, il faut dépenser une énergie considérable, si bien que le rendement net de l’opération est souvent à peu près nul.

Le phytoplancton est généralement consommé par un zooplancton constitué d’espèces microscopiques et d’espèces de petite taille (v. plancton). Phytoplancton et zooplancton constituent la base de pyramides écologiques complexes : elles associent par exemple des mollusques, des crustacés, des poissons, des mammifères marins. À chaque étape, la transformation s’accompagne de déperdition d’énergie, si bien que la quantité de produits que l’on peut pêcher dans les mers du globe sans détruire leur faune est comprise entre 100 et 200 Mt par an, selon la taille minimale des prises et l’estimation de la part des espèces utilisables et de celles qui ne le sont pas.

La complexité des pyramides écologiques en milieu marin rend d’autre part particulièrement grave le rejet de produits toxiques : d’échelon en échelon de la chaîne trophique, ceux-ci se concentrent, si bien que, dans les prises, la teneur est telle qu’elle présente un danger pour l’homme. On signale des cas de plus en plus fréquents dans les mers qui entourent l’Europe du Nord, ou dans celles du Japon : la quantité de composés du mercure est alarmante dans bien des espèces.