Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pays-Bas (royaume des) (suite)

La sidérurgie est essentiellement localisée à IJmuiden ; la capacité des hauts fourneaux ne peut plus être sensiblement augmentée, et l’on discute depuis plusieurs années de l’établissement d’un second complexe « sur l’eau » en aval d’Europoort. Parmi les métaux non ferreux, l’aluminium vient désormais au premier rang grâce aux implantations portuaires récentes de Delfzijl et de Flessingue. Les constructions mécaniques ont accru la variété de leurs fabrications : machines-outils, équipement agricole, matériel aéronautique (Fokker), construction automobile ; celle-ci ne suffit pas à couvrir un marché national en pleine expansion malgré la présence d’usines de montage (Ford) et d’une firme néerlandaise, DAF, connue pour son rôle technique pionnier, mais dont la gamme de modèles reste fort limitée. En revanche, l’industrie électrotechnique (Philips) constitue une grande spécialité néerlandaise et exporte plus de la moitié de sa production.

Le textile n’a pas échappé à une évolution générale en Europe occidentale : déclin du coton au profit des fibres artificielles et synthétiques, meilleure résistance de la production lainière grâce à une orientation vers des fabrications de qualité ; les marchés d’outre-mer assuraient il y a quelques décennies l’essentiel des débouchés néerlandais : ce n’est plus le cas désormais, et la concurrence s’avère très vive à l’intérieur de la Communauté économique européenne. Les industries alimentaires se comportent assez bien, mais la situation varie d’une branche à l’autre ; le traitement du lait y tient une place de choix (beurre, fromage, lait condensé et en poudre), les exportations de beurre étant d’autant plus fortes que les Néerlandais consomment surtout de la margarine (plus de 17 kg par tête et par an, contre 3 kg de beurre), produite à très bon compte par la société Unilever notamment. Le tabac constitue une autre spécialité néerlandaise (ici dans le cadre de l’entreprise privée), malgré une tendance récente à la migration des usines du Brabant-Septentrional vers la Campine belge voisine. Il est inutile d’insister sur le rôle des Pays-Bas dans le domaine des arts graphiques ; depuis le xviie s., Leyde (où fut publié le Discours de la méthode) et surtout Amsterdam ont acquis une grande réputation comme centres d’édition et impriment de nombreux livres étrangers ; les matières premières sont fournies par une solide industrie du papier et du carton, qui trouve d’autres débouchés dans la confection des emballages.

De 1963 à 1971, la chimie a plus que triplé sa production, dont près de la moitié est exportée ; la fabrication des engrais tient une place importante dans ce pays d’agriculture intensive, mais la pétrochimie offre les meilleures perspectives d’avenir, avec sa vaste gamme de produits (matières plastiques par exemple) dont la civilisation moderne fait une consommation croissante ; liées au raffinage du brut importé, les usines se localisent au sud de la Nieuwe Waterweg, de Rotterdam à Europoort. L’élévation récente du prix du pétrole peut constituer cependant un frein.

Malgré l’essor de l’IJmond (bordures occidentales du canal de la mer du Nord) et de la région de Rotterdam-Europoort, le poids de la Hollande dans l’emploi industriel aux Pays-Bas tend maintenant à diminuer, du fait de la stagnation des activités de production dans la vieille région industrielle du Zaan et à Amsterdam ; l’essentiel des tâches de direction y reste cependant localisé : laboratoires de recherches, administration des entreprises, sièges sociaux, ceux-ci étant toutefois beaucoup moins concentrés qu’en France. Hors de l’Ouest, la région de Tilburg, la Twente et le Limbourg méridional affrontent des problèmes de conversion industrielle à la suite du déclin de leur principale activité (le textile ou, pour le Limbourg, l’extraction charbonnière) ; mais des foyers très dynamiques amorcent ou poursuivent leur essor : Eindhoven (Philips, DAF), Emmen, Delfzijl, Flessingue, Terneuzen, etc.


Le secteur tertiaire

Il représente à lui seul plus de 50 p. 100 du produit national brut, et cette proportion continue à augmenter ; en raison de la croissance plus rapide des autres branches d’activité, la part relative des transports diminue à l’intérieur du secteur tertiaire, sans mettre en cause leur rôle fondamental dans l’économie.

Une économie tournée vers l’extérieur comme celle des Pays-Bas implique l’existence d’une bonne infrastructure de voies de communication et d’équipements tertiaires, destinée à faciliter les relations commerciales et industrielles. La circulation par eau garde une importance capitale pour la fonction de transit et les échanges avec l’étranger ; d’un côté le trafic maritime, où Rotterdam et ses annexes se taillent la part du lion ; de l’autre, le Rhin, fleuve abondant et régulier, qui constitue le principal débouché de l’Allemagne industrielle et transporte à la frontière germano-néerlandaise 105 Mt de marchandises, dont 85 ont pour origine ou destination un port néerlandais. La voie d’eau a dominé la circulation intérieure dès le Moyen Âge, avec un système de canaux reliant progressivement entre eux les principaux centres du pays ; de ce fait, l’avènement du chemin de fer a été tardif et, malgré des améliorations techniques récentes (électrification), son importance économique apparaît moindre que dans les pays voisins, sa part dans le transport des marchandises ayant même nettement diminué depuis une dizaine d’années. Les communications routières sont aujourd’hui essentielles : les Pays-Bas achèvent la construction d’un réseau d’autoroutes gratuites, indispensables dans cet État densément peuplé et qui ont permis à la route de supplanter la voie d’eau elle-même.

Les Pays-Bas ne contrôlent plus les grands courants commerciaux comme par le passé ; la flotte marchande néerlandaise ne figure plus parmi les premières du monde, et les navires sous pavillon national ne représentent que 7 p. 100 à peine du tonnage accueilli par les ports néerlandais. Pour l’assurance maritime et l’établissement des cours des denrées importées, Londres occupe une place plus importante qu’Amsterdam ; les compagnies de navigation, les maisons d’import-export, le courtage et les diverses fonctions d’intermédiaires constituent cependant toujours les activités caractéristiques des grandes villes de Hollande. Malgré un mouvement récent de concentration, les Pays-Bas disposent encore de plusieurs grandes banques, dont aucune ne peut rivaliser avec les principaux établissements financiers européens ; mais la multiplicité de leurs activités leur donne une importance sans commune mesure avec l’espace économique néerlandais. Amsterdam possède la plus ancienne Bourse des valeurs du monde et reste un des grands marchés européens de capitaux, notamment pour l’émission et la souscription des euro-obligations. Le commerce de gros est dominé par les deux principaux ports, qui redistribuent les marchandises importées sur tout le territoire néerlandais et même hors des frontières, pour les produits tropicaux en particulier. On trouve à Amsterdam le siège des grands magasins, qui ont essaimé dans de nombreuses villes néerlandaises et à l’étranger, mais Zaandam a conservé la direction des sociétés de commerce de détail à succursales multiples. L’activité hôtelière bénéficie de l’intensité des flux de circulation et du développement d’un tourisme de passage dont les villes historiques et les musées constituent les attraits majeurs ; le tourisme de séjour intéresse surtout le littoral, très fréquenté, malgré les incertitudes du temps, par les estivants néerlandais et allemands.