Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pays-Bas (royaume des) (suite)

Les céréales ne figurent plus parmi les grandes productions agricoles néerlandaises, surtout le seigle, en recul constant ; le blé et l’orge maintiennent mieux leur position grâce à l’augmentation des rendements (50 q/ha pour le blé) et à la mise en culture des polders récents. Parmi les plantes industrielles, on note les progrès de la betterave à sucre et surtout de la pomme de terre, qui fournit la matière première à une importante industrie de la féculerie. L’élevage ovin a cessé de régresser en changeant de caractère ; il sert surtout maintenant à alimenter en viande les marchés urbains ; le cheptel bovin connaît une progression régulière, moins rapide toutefois que celle du nombre des porcs et des volailles (les Pays-Bas sont un grand producteur d’œufs), dont l’accroissement a été spectaculaire depuis la Seconde Guerre mondiale. Les produits de l’horticulture ne représentent pas des tonnages élevés, mais leur haute valeur apparaît dans les statistiques du revenu agricole, surtout en ce qui concerne les bulbes, les fleurs coupées et les cultures légumières et fruitières sous serres chauffées (laitues, tomates, raisins, etc.).

La pèche ne représente plus une ressource considérable ; aux xvie et xviie s. pourtant, de 500 à 600 navires allaient chercher en mer du Nord les harengs dont le traitement et le commerce (on exportait jusqu’à 80 p. 100 de la production) contribuèrent à la fortune de Rotterdam, Amsterdam et Enkhuizen ; de multiples petits ports de Zélande, de Frise, du Zuiderzee, des fleuves et des lacs intérieurs assuraient l’approvisionnement des consommateurs nationaux, pour qui le poisson constituait souvent la principale source de protéines. Aujourd’hui, les rives du Zuiderzee et de la majeure partie de la Zélande sont baignées d’eaux douces, la mer du Nord surexploitée s’est appauvrie, et la viande a remplacé les produits de la pèche sur la table des Néerlandais ; la consommation de poisson par tête stagne (moins de 11 kg par an contre plus de 50 kg de viande) et les exportations concernent surtout des spécialités comme les moules, l’anguille fumée et les surgelés. Le volume des prises plafonne aux environs de 300 000 t, mais leur valeur augmente nettement depuis quelques années par suite d’une régression du hareng au profit des poissons plats, dont le prix de vente est beaucoup plus élevé. Une concentration géographique s’affirme au bénéfice d’un petit nombre de ports bien équipés, comme IJmuiden et Scheveningen.


L’industrie

On opposait, il n’y a pas si longtemps, les Pays-Bas agricoles et commerçants à la Belgique industrielle, et la renommée de quelques firmes comme Philips n’a pas suffi à ôter cette image de l’esprit de beaucoup d’étrangers ; l’industrie contribue pourtant aujourd’hui au produit national brut dans une proportion supérieure à 40 p. 100. La Hollande du xviie s. profita d’un important développement industriel qui fit un moment de Leyde le premier centre textile européen ; mais la révolution du charbon et de l’acier toucha fort peu les Pays-Bas ; leur seul gisement houiller, celui du Limbourg, ne fut pratiquement mis en exploitation qu’au début du xxe s., et on parut longtemps se contenter des activités traditionnelles du textile et de la transformation des produits agricoles et coloniaux. Une première vague d’industrialisation apparut cependant de 1880 à 1930 environ, à partir d’initiatives souvent modestes à l’origine, mais dont certaines connurent un essor rapide, construction électrique et textiles artificiels notamment ; c’est aussi l’époque de la création des hauts fourneaux d’IJmuiden, réalisée en partie grâce à des fonds publics, car les capitaux privés se tournaient surtout vers la spéculation boursière. La grande crise des années 1930, très durement ressentie aux Pays-Bas, et la Seconde Guerre mondiale marquent un net recul de l’industrialisation, qui reprendra avec une vigueur accrue après la Libération. Cette phase récente comporte deux aspects : la concentration « naturelle » de certaines industries comme la chimie à base de pétrole près des grands ports maritimes et en premier lieu Rotterdam ; mais aussi un effort de répartition plus harmonieuse des fonctions sur tout le territoire, avec la définition d’aires et de pôles de développement où des industries légères viendront, avec l’aide des pouvoirs publics, utiliser sur place la main-d’œuvre libérée par la mécanisation de l’agriculture et le déclin d’activités anciennes, telle l’extraction de la tourbe.

Les ressources du sous-sol ont peu contribué à ce développement ; la houille du Limbourg supportait mal la concurrence des charbons importés et des nouvelles sources d’énergie ; son extraction a dû cesser en 1975 ; les gisements pétrolifères de Drenthe et de Hollande-Méridionale n’ont jamais fourni des tonnages importants, et les Pays-Bas doivent faire venir de l’étranger l’essentiel de leur consommation en ce domaine : ils en ont d’ailleurs profité pour se spécialiser dans le raffinage (avec une capacité voisine de 100 Mt) et la réexportation des excédents. La découverte du gisement de gaz naturel de Slochteren (province de Groningue), en 1959, a profondément transformé la situation : la production est passée de 2 milliards de mètres cubes en 1965 à 22 milliards en 1969 et à 91 milliards en 1975 ; un réseau de gazoducs irrigue désormais tout le pays et dessert la Belgique, la France et l’Allemagne fédérale, vers lesquelles s’effectuent les principales exportations. Disposant d’un faible potentiel hydro-électrique, les Pays-Bas utilisent surtout l’électricité d’origine thermique et se lancent actuellement dans la construction de centrales nucléaires.

En dehors des denrées agricoles et du sel (extrait près de Hengelo), les matières premières viennent pour l’essentiel de l’importation, les minerais métalliques en particulier. Tributaire du commerce, l’industrie achète à l’étranger des produits bruts, les transforme et exporte des produits finis de grande valeur marchande. La sidérurgie n’a pas bénéficié d’un développement extraordinaire, et les industries traditionnelles (construction navale, bois, laine, coton, cuir) connaissent actuellement de sensibles difficultés ; les branches en expansion sont aujourd’hui la métallurgie de transformation, qui vient en tête pour les emplois (près de 40 p. 100 de la main-d’œuvre industrielle) et pour le chiffre d’affaires, et surtout la chimie, industrie de capitaux plus que de main-d’œuvre. C’est dans ces deux branches que l’on trouve les plus grandes entreprises (alors que le morcellement reste très marqué dans les activités traditionnelles) et la pénétration la plus forte du capital étranger, nord-américain en particulier.