Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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patrologie (suite)

Étudier l’univers mental de ces hommes, pour la plupart convertis au christianisme à l’âge adulte et souvent baptisés après la fin de leurs séjours dans les universités de ce temps, revient donc à reconstituer sur le vif, élément par élément, la symbiose étonnante du génie sémitique avec celui de la Grèce antique et de la Rome classique, d’où, pour une part décisive, l’Occident moderne est né. Ces mêmes Pères ayant préparé de la sorte, voire hâté et facilité l’accession des Barbares germaniques ou nordiques à la culture ainsi comprise, tout comme ils avaient opéré une promotion culturelle assez spectaculaire hors des frontières de l’Empire, au royaume d’Édesse ou en Arménie pour ne citer que ces deux cas, on devine aisément tous les faits de langue, de société ou d’invention spéculative qui peuvent entrer dans le champ des études patristiques du type universitaire.

D’une part, il s’agit d’établir ces faits avec une clarté probante, et, à cet égard, la recherche des documents demeure toujours l’objectif prioritaire. Ainsi, en France, le Centre national de la recherche scientifique comporte un institut de recherche et d’histoire des textes essentiellement consacré à l’établissement des microfilms de tous les manuscrits anciens connus, latins ou grecs ; en Allemagne, des fonds considérables sont investis pour aider à microfilmer et à étudier dans un institut de Thessalonique le trésor des manuscrits du mont Athos* ; des initiatives américaines du même genre se sont concentrées naguère sur l’antique monastère Sainte-Catherine du mont Sinaï ou favorisent à présent la création d’un centre patristique sur l’île de Pátmos.

Enfin, il est clair que la rencontre des cultures, accomplie sous le signe d’une religion aussi singulière et aussi universelle que le christianisme, fascine de nos jours tous ceux qui s’interrogent sur le destin idéologique et spirituel d’un Occident émancipé de cette religion.

À l’heure où la crise des herméneutiques dénonce les limites de conceptions de l’homme coupées de leur tradition nourricière et où l’idée même de Dieu ne semble plus concevable au sein de la philosophie occidentale, un regain d’études porte les chercheurs à scruter la genèse de la pensée religieuse dans l’Occident et l’Orient christianisés.

C. K.

➙ Chrétiennes (littératures) / Christianisme / Église catholique.

 G. Bardy, la Vie spirituelle d’après les Pères des trois premiers siècles (Bloud et Gay, 1935 ; nouv. éd., Desclée et Cie, 1968, 2 vol.). / M. J. Rouët de Journel, Textes ascétiques des Pères de l’Église (Lethielleux, 1949). / J. Quasten, Patrology (Utrecht, 1950-1960, 3 vol. ; trad. fr. Initiation aux Pères de l’Église, Éd. du Cerf, 1955-1963, 3 vol.). / H. von Campenhausen, Griechische Kirchenväter (Stuttgart, 1955 ; trad. fr. les Pères grecs, Éd. de l’Orante, 1963) ; Lateinische Kirchenväter (Stuttgart, 1960 ; trad. fr. les Pères latins, Éd. de l’Orante, 1967). / G. L. Prestige, Dieu dans la pensée patristique (Aubier, 1955). / B. Altaner, Patrologie (Fribourg, 1960 ; trad. fr. Précis de patrologie, Salvator, Mulhouse, 1961). / A. Hamman, Guide pratique des Pères de l’Église (Desclée De Brouwer, 1967). / J. Bernardi, la Prédication des Pères cappadociens (P. U. F., 1969). / J. Liebaert, les Enseignements moraux des Pères apostoliques (Duculot, Gembloux, 1970). / P. P. Verbraken, les Pères de l’Église (Épi, 1970). / La Bible et les Pères (P. U. F., 1971).

patrons et patronat

Le patron, dans l’acception courante, se confond pratiquement avec le chef d’entreprise : le terme fut longtemps réservé de préférence à un dirigeant de type patrimonial, propriétaire ou copropriétaire des instruments de production*, le patron ne se séparant guère en ce sens de l’entreprise qu’il fonde, acquiert ou hérite.



Introduction

Si le mot patronat est utilisé largement dès le xixe s., il n’est enregistré, néanmoins, que dans la huitième édition du dictionnaire de l’Académie française, en 1935. Il est difficile de situer la réalité sociale du patronat à l’égard du groupe, plus vaste, représenté par la bourgeoisie ; on peut seulement se référer à la fonction économique de ce groupe et dire qu’il s’agit de l’ensemble formé dans la nation par ceux qui détiennent, en tout ou en partie, la propriété privative des instruments de production dès lors, cependant, que sont réunies un certain nombre de conditions : passé les années des débuts de l’industrie, le groupe doit avoir acquis une puissance suffisante ; il doit témoigner d’une conscience de classe, présenter, enfin, un minimum de cohésion professionnelle. Celle-ci n’apparaît qu’au cours d’une phase tardive de l’histoire du patronat, en France au moins. Avant 1919, date de naissance de la Confédération générale de la production française (C. G. P. F.), le patronat, si l’on excepte quelques organismes professionnels, comme le Comité des Forges, a, certes, une réalité dans l’entreprise ; il a, de plus, une existence sociale (les grandes familles), mais n’a guère encore de réalité professionnelle ; la C. G. P. F. tend justement à combler cette lacune en regroupant les patrons pour la défense de leurs intérêts professionnels et sociaux.


Le patron dans l’entreprise


Un acteur nouveau sur la scène économique

Homme nouveau dans le monde nouveau de l’entreprise, le patron apparaît au xixe s. avec des traits profondément différents de ses devanciers, les maîtres des corporations* du siècle précédent (dont, d’ailleurs, il semble qu’une partie relativement faible du patronat soit issue). Il hérite de la conjonction de deux facteurs essentiels.

C’est une révolution juridique qui représente la première condition de la naissance du nouveau régime industriel. En France, elle se donne libre cours dès la fin du xviiie s. et s’officialise dès 1789. Elle marque (avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le décret d’Allarde, la loi Le Chapelier) la fin des corporations et la liberté de l’industrie et du commerce. Pour que l’entreprise moderne naisse, il fallait, néanmoins, qu’une seconde condition soit réunie : la révolution mécaniste, qui, à trente ou quarante années d’écart de la première (en France vers 1820-1830), fait naître l’usine, ensemble de moyens de production dont la croissance* n’a, théoriquement, aucune limite et qui, en vertu du régime législatif en vigueur, n’est qu’assez faiblement contraint par le pouvoir étatique.