Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Patinkin (Don) (suite)

Sur le marché des produits, la demande est fonction du niveau du revenu* national, du taux de l’intérêt de l’argent et du stock de monnaie existant, déflaté par le niveau des prix : cette analyse particulière permet de faire dépendre la demande de produits non seulement de variables physiques comme le revenu national (cher à l’analyse keynésienne) mais aussi de facteurs monétaires qui fournissent une analyse plus satisfaisante pour l’étude des phénomènes économiques contemporains. L’offre des produits est, elle, une fonction du stock de capital existant et du niveau des salaires réels.

Sur le marché monétaire, l’offre de monnaie est fixée par les autorités monétaires ; c’est, dans le cadre de l’analyse, une donnée. La demande d’encaisse exige une explication un peu plus affinée : Don Patinkin analyse non pas la demande d’encaisse en général, mais la demande d’encaisse réelle, c’est-à-dire celle qui est exprimée en pouvoir d’achat dans une courte période (pour lui, l’encaisse nominale demandée doit être déflatée par le niveau des prix). Cette demande d’encaisse réelle est fonction du revenu national, du taux de l’intérêt et du stock de monnaie en circulation.

Sur le marché des titres, qui connaît aussi son équilibre particulier, la demande est une fonction du revenu national, du taux d’intérêt et du montant des encaisses détenues par les ménages (ou par tout agent économique offreur d’épargne), tandis que l’offre de titres est une fonction du revenu national, de l’inverse du taux d’intérêt et des encaisses détenues par les organismes émetteurs de titres.

L’équilibre global dynamique passe par l’équilibre dynamique de chacun de ces marchés, et tout déséquilibre sur l’un d’eux se traduit par une modification des équilibres des autres et, par conséquent, de la détermination d’un nouvel équilibre au niveau global.

Il faut souligner l’importance que Patinkin attache à la notion d’encaisse réelle, c’est-à-dire à la notion de monnaie détenue exprimée en pouvoir d’achat. Cette notion permet de jeter un pont entre l’analyse strictement monétaire et l’analyse économique physique. La dichotomie, par ailleurs, entre le secteur monétaire et le secteur non monétaire n’est pas nécessaire pour expliquer les mouvements de prix entraînés par une hausse de la quantité de monnaie en circulation (théorie quantitative de la monnaie). En effet, dans la théorie classique, on supposait que, si la demande n’était pas indépendante des prix, toute augmentation de monnaie se traduirait par une variation du comportement des agents économiques qui fausserait l’analyse. Si l’on considère qu’à une augmentation de la monnaie en circulation correspond une augmentation parallèle des encaisses détenues et des prix, la monnaie n’a pas d’influence sur les transactions, car le montant d’encaisses, exprimé en pouvoir d’achat, n’a alors pas varié.

Outre de nombreux articles, Patinkin a publié Studies in Monetary Economics en 1972.

A. B.

➙ Monnaie.

patrimoine

Ensemble des biens* et des obligations d’une personne.



Introduction

La notion de patrimoine n’a pas été définie par le Code civil. Elle exige la compréhension préalable du concept d’« universalité de droit ». Dans la langue du droit, l’universalité est un ensemble de biens considéré globalement.

On distingue les universalités de fait et les universalités de droit (ou juridiques). L’universalité de fait est la réunion d’un certain nombre de biens, soit d’un genre identique (par exemple bibliothèque, troupeau), soit d’espèces différentes (par exemple fonds* de commerce), qui vont être traités d’une manière uniforme, comme s’il s’agissait d’un bien unique, et cela de la volonté de leur propriétaire. L’ensemble reste identique à lui-même malgré les variations de composition qui peuvent l’affecter : les biens nouveaux remplacent ou complètent les biens anciens, qui, d’ailleurs, peuvent disparaître sans être remplacés. Cet ensemble peut faire l’objet d’opérations juridiques, de contrats* sans qu’il soit nécessaire de considérer séparément chacun des éléments composants. L’universalité de droit (ou juridique) se différencie de la précédente en ce qu’elle est à la fois une réunion de biens et de dettes, un ensemble comportant un aspect actif et un aspect passif (ce dernier fait défaut dans l’universalité de fait). Mais, là encore, les variations de composition de l’ensemble sont sans influence sur son existence autonome : l’ensemble existe en tant que tel, sa composition affectant simplement sa valeur* économique.

Le patrimoine se présente comme une universalité juridique : en effet, il se définit comme l’ensemble des rapports de droit, pécuniairement évaluables, ayant une personne pour sujet actif ou passif. On s’interroge sur le fondement de la cohésion de l’ensemble : dans l’explication la plus classique, la cohésion est justifiée par son rattachement à la personnalité même de son titulaire ; une explication plus moderne, mais qui n’est pas uniformément acceptée malgré ses mérites, trouve le fondement de cette cohésion dans le but vers lequel tend la gestion du patrimoine. En tout cas, le patrimoine apparaît beaucoup plus comme un contenant que comme un contenu.


Les caractères fondamentaux du patrimoine

Le patrimoine ayant pour support la personnalité de son titulaire, on en déduit qu’il est personnel, indivisible et incessible.


Le patrimoine est personnel

Seules les personnes juridiques (personnes physiques ou personnes morales) peuvent avoir un patrimoine. On ne conçoit pas de patrimoine qui ne se rattacherait à aucune personne existante. Mais aussi toute personne a nécessairement un patrimoine, puisqu’il s’agit d’une émanation automatique de sa personnalité juridique : toute personne est apte à avoir des droits et des devoirs, et le patrimoine existe dès que cette aptitude existe (c’est-à-dire dès la conception de l’enfant, soit le dixième mois avant sa naissance), même si, à un moment donné, ne s’y trouve aucune valeur (active ou passive) ; le patrimoine est comme une bouteille dont on sait qu’elle peut être remplie, même si, momentanément, elle ne présente encore aucun contenu.