Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pa-ta chan-jen

En pinyin Bada shanren, pseudonyme sous lequel est le plus généralement connu le peintre chinois Zhu Da (Tchou Ta), prénom d’origine Tongluan (T’ong-louan) [1626-1705].


Opposé au nouvel ordre politique établi par les Mandchous, il est l’un des grands artistes individualistes du xviie s. qui cherchèrent refuge dans la vie monastique. En raison des bizarreries de son caractère, ses contemporains le prirent pour un fou. En fait, sa peinture, d’une simplicité exceptionnelle, révèle une démarche cohérente et lucide, associée à une inspiration pleine de fantaisie et d’humour.

Originaire de Nanchang (Nan-tch’ang), au Jiangxi (Kiangsi), Zhu Da devait rester toute sa vie profondément marqué par la chute, en 1644, de la dynastie des Ming, à laquelle sa famille était directement apparentée. Témoignage du choc qu’il reçut alors, il écrit les quatre caractères qui composent sa signature, Bada shanren (utilisée après 1690 et de signification controversée), de manière à n’en former plus que deux pouvant se lire indifféremment « j’en ris » ou « j’en pleure ».

Bien que sa biographie soit encore entourée de bien des incertitudes, on sait qu’en 1648 il entre dans les ordres bouddhiques. Dix ans plus tard, il quitte le monastère, envisageant de se remarier (sa première femme était morte) pour assurer la continuité de sa lignée. En 1661, il se tourne vers le taoïsme et, sous le nom de Zhu Daolang (Tchou Tao-lang), fonde un monastère près de sa ville natale, le Qingyunpu (Ts’ing-yun-p’ou ; auj. aménagé en musée). Pendant vingt-six ans, il s’occupe activement de la gestion de ce monastère, mais, en 1687, inquiété pour ses activités politiques subversives, il doit abandonner l’administration du Qingyunpu pour trouver de nouveau refuge dans le bouddhisme. C’est de cette époque que datent son comportement particulièrement excentrique et sa folie plus ou moins simulée. Ses contemporains racontent qu’un jour il inscrivit sur sa porte le caractère « muet » et que, dès lors, il n’adressa plus la parole à quiconque. Mutisme réel ou ruse d’un génie fantasque pour s’isoler de son siècle, on peut remarquer, en tout cas, que le père de Zhu Da était atteint de la même infirmité et que l’artiste lui-même avait dû être affligé de bégaiement.

Initié très tôt à la peinture par son père et son grand-père, Zhu Da révèle vers les années 50 l’orientation qu’il s’est choisie. Dans les feuillets d’album signés de son premier nom bouddhique, Chuanqi (Tch’ouan-k’i), le métier s’avère encore imparfait, mais les thèmes favoris (plantes, légumes...) sont déjà ceux de la maturité. La grande période créatrice de Bada shanren ne commence qu’après 1689. Avec vigueur et spontanéité, il peint des paysages denses ou clairsemés et surtout des esquisses d’animaux, de pierres et de végétaux. Dans les œuvres les plus dépouillées, quelques coulées d’encre humide, quelques traits plus secs, écorchant presque le papier, suffisent à réaliser un exposé complet. La désinvolture apparente de la peinture cache une science rigoureuse de la composition et une technique sévèrement contrôlée. Cela confirme que le « dérangement mental » de l’artiste ne dut être que feinte. Paons au regard narquois, oiseaux à l’air boudeur, en équilibre instable sur une seule patte, souris perchée sur un melon, poissons assimilés à des formes rocheuses constituent tout un bestiaire malicieux et spirituel, qui porte la marque unique du génie de Zhu Da et dont lui seul détient la véritable signification.

F. D.

 Xie Zhiliu, Zhu Da (en chinois, Shangai, 1958).

pâte à papier

Matière fibreuse obtenue à partir de bois, de vieux papiers, de vieux chiffons, de paille, etc., et destinée à la fabrication du papier.



Historique

Jusqu’au milieu du xixe s., la matière première utilisée pour la fabrication du papier était le chiffon ; mais, par suite des difficultés de son ramassage et du fait de l’énorme développement dû à l’invention de la machine à papier, on rechercha une matière première suffisamment abondante. C’est ainsi que le bois remplaça très vite le chiffon, à tel point que celui-ci ne représente plus qu’un pourcentage infime de l’approvisionnement en matière première du papier. Quelle que soit l’essence, le bois est constitué par des fibres cellulosiques de longueurs variables et amalgamées les unes aux autres par une substance thermoplastique : la lignine. Le problème consiste à dissocier cet ensemble afin d’individualiser ses fibres. Diverses méthodes peuvent être employées dans les usines de pâte pour parvenir à cette opération, qui met en jeu soit une énergie mécanique, soit une énergie chimique. On distingue alors deux sortes de pâtes : les pâtes mécaniques et les pâtes chimiques. D’autres procédés, qui font appel à la fois à une action mécanique et à une action chimique, ont donné naissance à un troisième groupe : les pâtes mi-chimiques.

À l’origine, les bois utilisés étaient essentiellement les bois résineux : épicéa et sapin, qui étaient facilement accessibles, qui ne présentaient guère de difficultés de traitement et qui fournissaient des pâtes de qualité en raison de la longueur de leurs fibres. Ces bois constituent en fait la matière première essentielle des pâtes mécaniques et des pâtes chimiques au bisulfate. La mise au point du procédé Kraft, moins exigeant quant aux qualités du bois, a provoqué une consommation de pins très importante. Puis le développement du blanchiment et l’introduction des procédés mi-chimiques ont permis l’utilisation des bois feuillus de toutes essences.

À l’origine, le bois de papeterie se présentait sous forme de rondins parfaitement préparés et calibrés ; à la suite de l’évolution des techniques et des exigences quantitatives de l’industrie, des bois de longueurs variables, grossièrement écorcés ou bruts, ainsi que toutes sortes de déchets ont pu être employés.