Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

argenterie (suite)

Il en sera de même sous le second Empire et durant toute la fin du xixe s. On ne crée plus, on pastiche avec plus ou moins de bonheur, mais avec une habileté consommée, que favorise une technique de plus en plus perfectionnée. Les noms des frères Fannière, Auguste (1818-1900) et Joseph (1822-1897), de François Désiré Froment-Meurice (1802-1855) et de son fils Émile (1837-1911) méritent cependant de ne pas tomber dans l’oubli, de même que celui de Placide Poussielgue-Rusand (1824-1889) pour l’orfèvrerie religieuse.


Le xxe siècle

Il faudra attendre la venue du xxe s. pour assister à un véritable renouveau dans les arts plastiques, auquel l’orfèvrerie se devait de ne pas rester étrangère. Ce fut le modern style aux curieuses élucubrations à base d’arabesques, de végétaux, de femmes nues échevelées. Après la Première Guerre mondiale, une pléiade de jeunes artistes, par réaction contre les débordements de la génération précédente, tenta d’affirmer la prééminence de la forme sur le décor, à peu près totalement aboli. Jean Puiforcat (1897-1945) en fut le chef de file, mais eut de nombreux émules de talent. L’Exposition des arts décoratifs de 1925 mena contre ce style dépouillé une offensive qui se solda par un échec, les créations de cette période, dite « Art déco », nous paraissant aujourd’hui totalement démodées. Il serait vain de nier que, depuis quelques décennies, l’argenterie subit une éclipse, due pour une part à un mode de vie différent, aux lourdes taxes qui viennent grever des prix déjà élevés du fait que l’orfèvrerie d’argent est un métier de main-d’œuvre, le coût de la matière première excluant la grande série, et pour une autre part aux matériaux de remplacement qui, peu à peu, tendent à supplanter l’argenterie : métal argenté, chromé, acier inoxydable, matières plastiques, etc. Aussi, devant l’extrême rareté des pièces anciennes, doit-on savoir gré aux collectionneurs qui ont permis de conserver des chefs-d’œuvre d’argenterie. Parmi les plus importantes collections d’argenterie ancienne, on doit citer celle de l’orfèvre Puiforcat, acquise en grande partie par l’armateur grec S. Niarchos, qui ne s’en réserve que l’usufruit et doit la léguer au Louvre, celle du banquier P. David-Weill et de Mme Arturo Lopez ; mentionnons enfin le musée des Arts décoratifs, installé au pavillon de Marsan, et qui est certainement le mieux fourni, notamment en argenterie française du xixe s.

J. S.

➙ Orfèvrerie.

 J. Lanllier, le Corps des orfèvres-joailliers de Paris (Chambre syndicale de la joaillerie et de l’orfèvrerie de Paris, 1931). / L. Lanel, l’Orfèvrerie (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1944 ; 3e éd., 1964). / J. Babelon, l’Orfèvrerie française (Larousse, 1946). / S. Grandjean, l’Orfèvrerie du xixe siècle en Europe (P. U. F., 1962).

Argentina (la)

Danseuse espagnole (Buenos Aires 1888 - près de Bayonne 1936).


De l’union des deux danseurs Manuel Mercé et Josefa Luque naquit, au hasard d’une tournée en Argentine, Antonia Mercé, celle qui, sous le nom de la Argentina, connut une gloire internationale.

Très bon danseur, Manuel Mercé transmit à sa fille une pure technique académique. De sa mère, la Argentina « apprit à danser et à prier en même temps ». Elle étudia le piano, la guitare, les castagnettes et le chant, et devint première danseuse à onze ans à l’Opéra de Madrid. La danse espagnole ne semblait pas pouvoir sortir de sa tradition, et pourtant la Argentina bouleversa l’ordre établi en offrant une parfaite synthèse de deux tendances apparemment incompatibles. Aux danses profondément populaires, elle apporta l’élargissement de la danse académique, leur intégrant tout ce qui était assimilable. À l’instinct, à la fièvre des folklores provinciaux, qu’elle rechercha jusque dans les régions les plus reculées d’Espagne, la Argentina unit l’élégance de la danse verticale.

Son zapateado de pur style flamenco, ses taconeos, son incomparable jeu de castagnettes enthousiasmèrent tous ses publics. Sa création à Paris, à l’Opéra-Comique en 1929, de l’Amour sorcier de Manuel de Falla fut la consécration de sa carrière. Interprète de toutes les danses traditionnelles espagnoles (boléro, jota aragonesa, malagueña, seguidilla, fandango), elle se révéla aussi artiste créatrice en composant ses chorégraphies sur des partitions d’Halffter (Sonatina), d’Albeniz (Triana) et de Granados (Ve Danse). Pendant huit ans, seule ou avec sa compagnie, la Argentina triompha dans le monde entier. Authentique artiste dont l’art libre et dépouillé semblait intransmissible, la Argentina fit pourtant école, et les futurs grands noms de la danse espagnole (Mariemma, Argentinita, Pilar López, Antonio) s’inspirèrent de son grand talent.

H. H.

 A. Levinson, la Argentina, essai sur la danse espagnole (Éd. des « Chroniques du Jour », 1928). / S. F. Cordelier, la Vie brève de la Argentina (Plon, 1936).

Argentine

En esp. República Argentina, État de l’Amérique du Sud, sur l’Atlantique.


Généralités

Deuxième État d’Amérique du Sud par la superficie et la population, l’Argentine occupe la partie méridionale du continent, qui va en s’effilant vers le sud. Seule avec le Chili, l’Argentine est affectée par des climats proches du type tempéré et même froid, alors que les autres États d’Amérique du Sud sont à dominante tropicale. En fait, la diversité climatique est grande en raison de l’étirement en latitude. L’extrême nord du pays, qui confine à la Bolivie et au Paraguay, se trouve légèrement au-dessus du tropique du Capricorne, vers 20° de lat. S., tandis qu’à l’opposé la Terre de Feu atteint le 55e degré de lat. S. Si l’Argentine s’étire ainsi sur près de 3 500 km, elle n’en diffère pas moins du Chili, de forme très effilée, car elle atteint, dans sa plus grande largeur, près de 1 000 km. Pays de vastes dimensions, mais de peuplement peu dense, l’Argentine a une population essentiellement blanche, issue de la vague d’immigration européenne des xixe et xxe s., donc plus récente que celle des pays tropicaux de l’Amérique du Sud, et de surcroît très inégalement répartie sur l’ensemble du territoire. L’économie, enfin, a connu un développement plus précoce que celle des autres pays sud-américains. L’Argentine n’apparaît plus vraiment comme un pays sous-développé. Cependant, s’il fut précoce, ce développement a été également générateur de crises économiques. De plus, la mise en valeur de l’Argentine présente des déséquilibres régionaux considérables, dus parfois aux conditions physiques, mais le plus souvent aux phases et aux formes de la mise en valeur. Les différences sont d’autant plus sensibles que les régions sont moins intégrées dans l’orbite du seul grand pôle de croissance, la région de Buenos Aires.