Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

argent (suite)

L’argent est généralement obtenu par traitement de plomb argentifère. On commence par enrichir en argent l’alliage initial, puis on sépare l’argent du plomb soit par coupellation (consistant à oxyder sélectivement le plomb par l’air à chaud ; ce qui reste est un résidu d’argent pur), soit par une cyanuration qui forme un dérivé complexe NaAg(CN)2 soluble dans l’eau, dont l’argent est ensuite précipité par traitement au moyen du zinc.


Principaux dérivés

Les principaux dérivés correspondent à l’argent univalent : ce sont le nitrate AgNO3, l’hydroxyde AgOH, qui est une base forte, le chlorure AgCl, insoluble dans l’eau mais soluble dans l’ammoniaque ou les solutions aqueuses de cyanure ou d’hyposulfite alcalin par suite de la formation de sels complexes. Les halogénures d’argent présentent de nombreux défauts de structure cristalline, surtout dus au fait que des atomes ne se situent pas tous régulièrement aux nœuds du réseau cristallin, mais vont se placer en position interstitielle avec création d’une lacune (défaut de Frenkel) ; dans une moindre proportion, les lacunes sont dues à la fois aux deux types d’atome (défaut de Schottky) sans que des positions interstitielles apparaissent. Cette présence de défauts de structure est à la base de l’utilisation des émulsions des sels d’argent (en particulier bromure) dans un support de gélatine pour réaliser des pellicules et plaques photographiques.

On considère actuellement que sous l’action de la lumière on a les transformations initiales suivantes :

représente l’intervention de la lumière (photon) et e un électron. Cela implique que les atomes de brome libérés soient éliminés, ce qui est réalisé par la gélatine, qui les fixe.

Par la suite, sous l’action du révélateur, qui est un réducteur doux (hydroquinone), l’argent du bromure est réduit à l’état d’atomes d’argent, qui se groupent sur les germes constitués par les atomes libres, déjà formés sous l’action préalable de la lumière. Il se produit une croissance progressive des germes cristallins d’argent, que l’on doit arrêter à un moment approprié pour éviter un voile général. Le fixateur Na2S2O3 élimine le bromure d’argent excédentaire.

H. B.

argenterie

Ensemble des pièces en argent massif servant généralement aux usages de la table : couverts, platerie, coupes, légumiers, candélabres, etc.



Les origines

Les plus anciens objets d’argent connus furent trouvés dans des tombes sumériennes remontant au iiie millénaire avant J.-C. (casques, boucliers, poignées d’armes, etc.) ; mais, si l’argent est en principe inoxydable, il est, par contre, très sensible à l’hydrogène sulfuré dégagé par les corps en décomposition, et c’est pourquoi les objets d’argent placés dans les tombes ne subsistent qu’à l’état de fragments. Pour trouver des objets d’argent en parfait état de conservation, il faut attendre l’avènement du christianisme. En effet, celui-ci développe considérablement l’usage, de l’argent, seul métal qui, avec l’or, était jugé assez noble pour honorer Dieu et servir son culte : ciboires, patènes, vases sacrés, châsses, reliquaires, ostensoirs, évangéliaires, etc.


Le Moyen Âge

À cette époque, les ateliers qui se consacraient à la fabrication de ces objets étaient exclusivement religieux. Le plus célèbre fut celui d’Eligius (v. 588-660), orfèvre de Limoges, trésorier de Clotaire II et de Dagobert Ier, qui fut évêque de Tournai et de Noyon, et est encore vénéré de nos jours sous le nom de saint Éloi, patron des orfèvres et de tous les ouvriers faisant usage du marteau et de l’enclume. Au xiie s., Suger (v. 1081-1151), abbé de Saint-Denis, eut lui aussi un atelier important, et enrichit son abbaye de nombreuses pièces d’argenterie. L’orfèvrerie religieuse, où l’or est souvent allié à l’argent, est agrémentée de pierres précieuses ou fines, de verroterie, d’émaux ; le métal est gravé en taille-douce, ou ciselé avec des personnages fondus en ronde bosse, ou repoussés.

Il faudra attendre l’avènement d’une nouvelle classe sociale, la bourgeoisie, au début du xiiie s., pour assister à l’éclosion d’une argenterie utilitaire, exécutée cette fois dans des ateliers laïques se consacrant à la fabrication d’ouvrages profanes. Étienne Boileau († v. 1269), prévôt de Paris, fixe le premier statut des orfèvres dans son Livre des métiers (1268), et, en 1275, Philippe III le Hardi institue le poinçon de la corporation, différent pour chaque ville siège d’une communauté d’orfèvres, apposé après essai de la matière.

Les orfèvres constituent alors une corporation parfaitement organisée, ayant ses grades, ses statuts, ses armes, sa devise : In sacra inque coronas. Ils font partie des six corps marchands, dont ils occupent souvent la première place, l’orfèvrerie étant alors considérée comme un art noble valant à ses ressortissants des privilèges enviés. Les objets les plus communément exécutés sont alors des plats, des aiguières et leurs bassins, des nefs servant de coffres de rangement et de boîtes à épices. Le trésor du roi Charles V comprenait plus de quatre tonnes d’objets en argent et en vermeil. Il n’en reste rien que son sceptre, qui est au Louvre. En effet, les difficultés financières obligèrent maints souverains à promulguer des édits prescrivant à leurs sujets de remettre toute l’argenterie en leur possession à l’hôtel des Monnaies, pour être soit fondue, soit recensée, moyennant un droit élevé attesté par un poinçon dit de recense. Il ne reste donc à peu près rien des quantités considérables de pièces d’argenterie laïques fabriquées au Moyen Âge. Seuls subsistent les objets d’art religieux conservés dans les monastères, prieurés ou abbayes, leur caractère sacré les ayant dans une certaine mesure préservé des vicissitudes que connurent, en tout temps, les objets d’art en général, et particulièrement ceux en métaux précieux.