Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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parodontose (suite)

Causes générales

Il n’existe pas de parodontose sans trouble de l’état général.

• Les maladies décelées le plus souvent font partie de la pathologie neuro-arthritique : goutte, diabète, obésité, lithiase hépatique ou rénale, urticaire. Les examens de laboratoire permettent de découvrir selon les cas une hyperglycémie (diabète), une augmentation du taux de l’urée, une hypercholestérolémie, une acidose, une augmentation du taux de calcium et de phosphore ; il peut toutefois n’exister aucune de ces anomalies.

• Les glandes endocrines sont parfois incriminées, particulièrement l’hypophyse, la thyroïde, les parathyroïdes, les ovaires.

• Les affections du tube digestif — gastrites, ulcères gastro-duodénaux — peuvent être associées.

• Les maladies de l’appareil circulatoire — hyperviscosité sanguine et lésions d’artériosclérose avec atteinte des capillaires — sont fréquentes et le plus souvent liées à l’âge.

On a également rattaché la parodontose à des maladies osseuses telles que la maladie de Paget* ou la maladie de Recklinghausen (ostéite fibro-kystique).


Causes locales

• Les irritations mécaniques produisent des effets nocifs sur le ligament, l’os alvéolaire et la gencive ;

• Les obturations avec points de contact déficients permettent le bourrage alimentaire dans les espaces interdentaires. Le ligament alvéolo-dentaire et la gencive s’irritent et s’infectent, pouvant occasionner une gingivite ainsi qu’une résorption du ligament alvéolo-dentaire et de l’os alvéolaire.

• Les obturations débordantes, les bagues de couronne et les crochets des prothèses mal adaptés provoquent des lésions similaires.

• Les occlusions traumatisantes — malpositions dentaires, surocclusions, perte d’une dent antagoniste par extraction et non remplacée par une prothèse — sont également des causes fréquentes.


Manifestations cliniques

Au début, le malade accuse une sensation de chatouillement, d’agacement gingival et tente de décongestionner le ligament alvéolo-dentaire. À ces symptômes viennent s’ajouter des douleurs névralgiques latentes au niveau des nerfs dentaires.

Un examen buccal minutieux pratiqué par le spécialiste décèlera : des poussées de gingivite interstitielle avec des languettes gingivales turgescentes et saignant au moindre contact ; une gingivite marginale avec hypertrophie de tout le rebord gingival œdématié et congestionné, contrastant avec le reste de la muqueuse, d’aspect normal. La sonde ne peut pénétrer à ce stade dans un cul-de-sac ligamentaire.

• À la période d’état, les signes fonctionnels s’accentuent : sensation de corps étranger entre les dents, sensation de chaleur buccale, haleine fétide.

Trois signes principaux se manifestent : le retrait de la gencive interstitielle (les languettes interdentaires se résorbent) ; le décollement gingival, avec formation de culs-de-sac décelés à la sonde ; une déviation légère de la dent sur son axe, provoquant des troubles de l’articulé.

Les poussées de gingivite se font de plus en plus fréquentes, le malade se réveille parfois le matin la bouche pleine de sang. L’examen radiologique montre une résorption du bord osseux alvéolaire. Au fur et à mesure que la période d’état évolue, les douleurs se font de plus en plus vives. Les gencives sont très congestionnées, tuméfiées, saignetantes, et laissent parfois sourdre du pus spontanément.

La dent, très souvent entourée de tartre au collet, devient mobile et assez douloureuse à la percussion axiale.

• À la période terminale, la dent est dénudée sur toute l’étendue de sa racine et ne tient plus à l’os alvéolaire que par quelques minces faisceaux ligamentaires. La gencive est largement décollée et fongueuse, la suppuration est souvent abondante. La dent finit par être littéralement expulsée du maxillaire. La gencive revient ensuite à la normale et cicatrise rapidement.


Traitement

Il est d’abord prophylactique et consiste en une hygiène bucco-dentaire rigoureuse avec brossages minutieux des dents et des gencives. Les détartrages doivent être fréquents et les soins dentaires réguliers.


Traitement général

Les patients prédisposés à l’arthritisme devront suivre un régime. Les hypofonctionnements endocriniens seront traités par les extraits glandulaires appropriés. On devra veiller à la bonne élimination des émonctoires (intestins, foie, reins) par un régime à prédominance végétarienne, comportant peu de vin et d’alcool ; des exercices physiques et certaines cures hydrominérales sont recommandés.


Traitement local

Il comporte un détartrage minutieux, la suppression des causes d’irritation de la fibro-muqueuse et de l’os alvéolaire, le rétablissement de bons points de contact interdentaires. Les traumatismes anormaux seront supprimés par le meulage des cuspides se heurtant au cours des mouvements de diduction et de propulsion, par des attelles mobiles ou des ligatures, par des attelles fixes ou des bridges de contention. Des injections locales, comprenant des sels de calcium ou des injections sclérosantes à base de quinine-urée, pourront être pratiquées.


Traitement chirurgical

Il comportera la suppression des culs-de-sac par la gingivectomie simple ou profonde.

L’opération de Neumann-Widman consiste à décoller et à récliner un lambeau de fibro-muqueuse sur chaque versant de l’arcade ; les foyers d’ostéite et les fongosités des culs-de-sac interosseux sont ensuite curetés soigneusement ; les lambeaux sont enfin remis en place et suturés.

Très répandue, la parodontose est actuellement une maladie curable ; elle peut être stabilisée grâce à un traitement bien conduit.

C.-M. S.

 H. Petit, Parodontologie. Notions fondamentales et problèmes pratiques (Masson et J. Prélat, 1968). / K. M. Kardel, Chirurgie parodontale (trad. du danois, J. Prélat, 1969).