Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

Arétin (l’) (suite)

À la mort de Léon X (1521), il va chercher à Bologne, Arezzo, Florence et Mantoue de nouvelles protections, se lie d’amitié avec Giovanni dalle Bande Nere et propose ses services à la fois à Frédéric Gonzague et au cardinal Jules de Médicis. Ce faisant, il s’emploie déjà, par des hésitations calculées, à renverser en sa faveur la traditionnelle dépendance des hommes de lettres à l’égard du mécénat des princes. Il revient à Rome en 1523, à l’élection papale du cardinal Jules de Médicis (Clément VII), dont il est le protégé. Mais pour avoir décrit dans ses Sonnets luxurieux des gravures érotiques de Giulio Romano, dont la publication avait été interdite, il est poignardé par un sicaire du dataire pontifical Giberti et, une fois guéri, quitte définitivement Rome. Son expérience romaine fut à l’origine d’une profonde réflexion critique sur l’institution courtisane, conçue comme phénomène typique d’une société en crise. À cette veine se rattachent les comédies la Courtisane (1526, publiée en 1534), Il Marescalco (1527, publié en 1533), ainsi que le Dialogue des cours (1538) et le Dialogue des cartes parlantes (1543).

Sa haine de la cour pontificale lui inspira, entre autres Pronostics (1527-1534), celui du sac de Rome. D’où la réputation de devin qui lui gagna la faveur populaire à Venise, que dès 1525 il choisit pour seconde patrie, s’employant aussitôt à consolider les bases politiques de son prestige et à édifier tout un nouveau réseau d’appuis culturels et diplomatiques : amitié de Titien et de Sansovino, relations avec Bembo, Michel-Ange, Vittoria Colonna, échanges épistolaires avec les papes Clément VII, Paul III et Jules III, les souverains François Ier, Henri VIII, Maximilien d’Autriche, Charles Quint enfin, auquel il se rallie exclusivement en 1543. La république de Venise ne peut lui épargner en 1538 un procès pour blasphème et sodomie, mais le protège efficacement contre de nouvelles tentatives d’assassinat. Il poursuit cependant son œuvre d’écrivain. En 1534 paraissent à la fois les premiers de ses Ragionamenti en six « journées », sorte de somme sociologique de la prostitution au xvie s. à Rome, à travers des dialogues d’une extraordinaire richesse linguistique et d’une grande vigueur caricaturale ; et les Sept Psaumes de la pénitence de David, première de ces illustrations en prose des textes sacrés, qui préfigurent l’éloquence religieuse du xviie s. Suivront l’Humanité du Christ (1535), la Genèse (1538), la Vie de la Vierge Marie (1539), la Vie de sainte Catherine vierge (1540), la Vie de saint Thomas d’Aquin (1543). L’Arétin écrit encore pour le théâtre des comédies : La Talanta (1534, publiée en 1542), l’Hypocrite (1542), le Philosophe (1544, publié en 1546), et une tragédie, L’Orazia, qui se plient sans une grande originalité aux nouvelles règles du genre, héritées du théâtre latin et s’inspirant des narrateurs toscans dans la tradition de Boccace. L’Arétin reniera plus tard toutes ses œuvres, affirmant qu’il n’a « commencé à apprendre à écrire » que dans ses lettres, où se donne libre cours son génie de l’improvisation. Le premier recueil de celles-ci (Il Primo Libro), paru en 1537, connut dix éditions en quelques mois. Il fut suivi du Secondo Libro (1542), Terzo (1546), Quarto et Quinto (1550), Sesto enfin (recueil posthume paru en 1557). Cette correspondance est une monumentale documentation sur la vie culturelle, artistique, politique et sociale de l’époque, ainsi que sur l’exceptionnelle personnalité de l’Arétin ; monument d’intelligence critique, de verve caricaturale, de maîtrise rhétorique et d’invention linguistique.

J.-M. G.

➙ Humanisme / Italie.

 A. Luzio, Pietro Aretino nei suoi primi anni a Venezia e alla corte dei Gonzaga (Turin, 1888). / K. Vossler, Pietro Aretino’s künstlerisches Bekenntnis (Heidelberg, 1900). / G. Apollinaire, l’Arétin (Mercure de France, 1912). / G. Petrocchi, Pietro Aretino tra Rinascimento e Controriforma (Milan, 1948). / G. Innamorati, Tradizione e invenzione in Pietro Aretino (Florence, 1957). / M. Baratto, Tre Studi sul teatro (Venise, 1964).

argent

Métal précieux blanc.



État naturel

L’argent est rare, mais il existe à l’état naturel, souvent même en quantités localement importantes, ce qui a facilité sa découverte et son emploi. Les plus importants minerais sont des composés tels que le sulfure Ag2S et de nombreux autres minerais sulfurés, ainsi que le chlorure. Enfin, actuellement, une partie importante de l’argent utilisé provient des petites concentrations de ce métal que renferment divers métaux industriels tels que plomb, cuivre et zinc. La lithosphère en contient 2,10–5 p. 100 en poids.


Atome

Le numéro atomique de l’argent est 47, et le cortège électronique de l’état fondamental de l’atome 1s2, 2s2, 2p6, 3s2, 3p6, 3d10, 4s2, 4p6, 3d10, 5s1. D’où il résulte, comme avec le cuivre et l’or, qui sont dans la même colonne de la classification périodique, des dérivés dont le nombre d’oxydation n’est pas seulement limité à 1, bien que de tels dérivés soient nettement les plus usuels dans le cas de l’argent. Cet atome a un rayon de 1,44 Å, le potentiel de première ionisation est de 7,87 eV, celui de deuxième ionisation de 21,4 eV, et le potentiel normal du couple d’oxydoréduction métal/cation M+ est de 0,8 volt.


Métal

Le corps simple est un métal très bon conducteur de la chaleur et de l’électricité. Sa densité est 10,5, son point de fusion 960 °C. Il est mou et doué d’un grand pouvoir réflecteur (miroirs).

Ce métal n’est pas oxydé par l’oxygène de l’air, mais il noircit à l’air ordinaire (qui contient des traces d’hydrogène sulfuré) ou au contact de diverses substances sulfurées. Il dissout de l’oxygène à chaud quand il est liquide ; lors de la solidification, l’oxygène se dégage en provoquant une boursouflure du métal, ce qui constitue le « rochage » de l’argent. Sa rareté et son inaltérabilité, dans les conditions habituelles, ont conduit à l’utiliser pour les monnaies. Il est attaqué par l’acide nitrique, et cette action sert à la gravure sur cuivre par l’« eau forte ».