Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Paris (suite)

L’activité s’exerce davantage dans les quartiers neufs. De belles demeures apparaissent au faubourg Saint-Honoré, notamment l’hôtel d’Évreux (auj. palais de l’Élysée). Mais l’ensemble le plus étendu et le plus homogène est celui du faubourg Saint-Germain, pour lequel on ne peut donner que quelques repères. Dès la fin du règne de Louis XIV, Pierre Cailleteau, dit Lassurance († 1724), y élève l’hôtel de Rothelin ; Boffrand, les hôtels Amelot de Gournay et de Beauharnais ; de Cotte, l’hôtel d’Estrées. Au début du règne de Louis XV, la vogue du faubourg grandit, avec la construction, au bord de la Seine, des hôtels jumeaux de Bourbon et de Lassay, par Lorenzo Giardini († av. 1724) puis par Lassurance fils (Jean Cailleteau, v. 1690-1755), Jean Aubert († 1741) et Jacques V. Gabriel*. Ces deux derniers architectes collaborent de 1728 à 1731 à l’hôtel Peyrenc de Moras, ou de Biron (auj. musée Rodin), où l’esprit de la rocaille, par exception, marque aussi l’extérieur. La fontaine des Quatre-Saisons, rue de Grenelle, édifiée et décorée de 1739 à 1746 par Edme Bouchardon*, est, en revanche, un manifeste du goût classique le plus pur.


Le renouveau classique au xviiie s.

Tandis que dépérit la rocaille, on assiste peu après 1750 à un réveil du sens de la grandeur, accompagnant un renouveau des entreprises royales. L’urbanisme parisien se donne un titre de gloire avec la création d’une cinquième place royale, la place Louis XV, sur la Seine, entre Tuileries et Champs-Élysées (auj. place de la Concorde). Jacques-Ange Gabriel* en fait approuver le projet définitif en 1755. Sur le côté nord, seul bâti, deux palais, séparés par la perspective de la rue Royale, allient la majesté à l’élégance, non sans rappeler la colonnade du Louvre ou les ordonnances de J. Hardouin-Mansart. Des fossés isolaient le terre-plein, dont les angles sont marqués par huit petits pavillons et au centre duquel fut inaugurée en 1763 la statue équestre de Louis XV, fondue en bronze d’après le modèle de Bouchardon et abattue, comme d’autres, à la Révolution. Gabriel donne aussi les plans de l’École militaire, dont les études et travaux dureront de 1751 à 1773. Le pavillon central à dôme quadrangulaire et les portiques superposés du côté de la cour ont une noblesse exempte de sévérité. Une tendance analogue apparaît dans l’œuvre de Pierre Contant d’Ivry (1698-1777) : chapelle de Panthémont, au faubourg Saint-Germain, élevée en rotonde de 1747 à 1756 ; projet pour l’église de la Madeleine, dont les travaux débutent en 1764 ; reconstruction du Palais-Royal de 1764 à 1770. En élevant à partir de 1756 la nouvelle église Sainte-Geneviève, avec sa coupole centrale, ses colonnes portantes, son frontispice en forme de temple, Soufflot* se propose d’allier la légèreté gothique à la noblesse grecque.

Dans les dernières années du règne de Louis XV, et plus encore sous celui de Louis XVI, le mouvement du retour à l’antique se précise. Jean Chalgrin (1739-1811) élève à partir de 1774 l’église Saint-Philippe-du-Roule, nouvelle par sa voûte en berceau sur colonnes portantes. À la Halle au blé (auj. remplacée par la Bourse de commerce), Jacques Guillaume Legrand (1743-1808) et Jacques Molinos (1743-1831) adoptent en 1765 un plan circulaire avec une coupole vitrée. Jacques Denis Antoine (1733-1801) donne une majesté romaine à l’hôtel de la Monnaie (1771-1777) ; après l’incendie de 1776, il reconstruit avec Pierre Desmaisons (1724-1800) la cour du Mai, qui sert d’accès au Palais de justice. Dans la cour de l’École de médecine, élevée par Jacques Gondouin (1737-1818) à partir de 1769, une colonnade ionique forme galerie. Sur l’initiative du duc d’Orléans, le Palais-Royal fait l’objet d’une opération immobilière : de 1781 à 1784, Victor Louis (1731-1811) encadre le jardin de bâtiments uniformes, à galerie ouverte et ordonnance colossale de pilastres. Parmi les nouveaux théâtres, on remarque surtout celui de l’Odéon, construit à partir de 1779 par Charles de Wailly (1729-1798) et Joseph Peyre (1730-1785). L’ingénieur Jean Rodolphe Perronet (1708-1794) lance en 1787 le pont Louis XVI (auj. de la Concorde). Traitées en style néo-grec par Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), les nombreuses portes de l’enceinte des Fermiers-Généraux deviennent les « propylées de Paris » ; avec les rotondes de La Villette et du parc Monceau, il en reste les pavillons des barrières d’Enfer (place Denfert-Rochereau) et du Trône (place de la Nation).

La fièvre s’empare de la construction privée. Dans le faubourg Saint-Germain, le prince de Condé agrandit le palais Bourbon, dont la cour s’ouvre sur une place régulière. On peut citer, parmi tant d’autres : l’hôtel de Fleury, élevé par Antoine (auj. École nationale des ponts et chaussées) ; l’hôtel du prince de Salm, par Rousseau (auj. palais de la Légion d’honneur), avec son hémicycle et sa colonnade ionique ; l’hôtel de Bourbon-Condé, par Alexandre Théodore Brongniart (1739-1813). Favorisée par la mode et par le rôle des gens de théâtre, l’urbanisation de la zone située au nord des Grands Boulevards procure un terrain d’expérience à l’architecture d’avant-garde. Il ne reste aujourd’hui presque rien des habitations construites là, dans le goût antique, par Bélanger* et surtout par Ledoux.

En décoration intérieure, menuisiers et ébénistes accordent leur production au dessin plus architectural des boiseries. On note un retour aux plafonds peints. Pendant ce temps, les fabriques de porcelaine se multiplient dans Paris. Mais on voit aussi le style anglais et paysager s’emparer des jardins, comme en témoignent celui de la folie Monceau (auj. parc Monceau), dessiné dès 1778 par Carmontelle (Louis Carrogis, 1717-1806) pour le duc de Chartres, et celui qui entoure le pavillon de Bagatelle, élevé en 1777 par Bélanger pour le comte d’Artois.


Néo-classicisme et romantisme dans la première moitié du xixe s.

Après les destructions révolutionnaires, l’Empire, par ses grands travaux, renoue la tradition monumentale de l’Ancien Régime, dans un style qui continue, avec plus de froideur, celui du règne de Louis XVI. Un rôle primordial revient aux architectes Fontaine* et Percier, interprètes habiles des desseins de Napoléon. À partir de 1806, ils ouvrent la perspective grandiose de la rue de Rivoli. Ils remanient le Louvre pour l’installation du Muséum et, avec la construction d’une aile raccordée en équerre aux Tuileries, amorcent la liaison des deux palais par le nord. Pour masquer leur désaxement, ils élèvent en 1806 le charmant arc de triomphe du Carrousel. Un autre arc de triomphe, celui de l’Étoile, de dimensions colossales, est commencé en 1806 par Chalgrin au bout de la perspective des Champs-Élysées ; il sera achevé en 1836, avec ses hauts-reliefs parmi lesquels ce Départ des volontaires de 1792 que Rude* animera d’un souffle romantique. L’Empire a élevé d’autres monuments à la gloire de ses armées : la fontaine du Châtelet, la colonne de la place Vendôme, inspirée de la colonne Trajane. Au palais Bourbon, où s’installe le Corps législatif, Bernard Poyet (1742-1824) ajoute en 1803 une façade dodécastyle corinthienne. Vignon utilise les fondations de la Madeleine pour élever, à partir de 1806, face à l’édifice précédent, un temple de la Gloire, qui sera achevé en 1842, à titre d’église, avec un décor sculpté d’inspiration typiquement néo-classique. C’est aussi la forme d’un temple à colonnes colossales que Brongniart donne à la Bourse, commencée en 1808.