Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Paris (suite)

Dès à présent, l’agglomération rejette près de 3 millions de mètres cubes d’eaux usées par jour : 1 500 000 m3 sont traités de manière satisfaisante à la station d’Achères. Les champs d’épandage n’absorbent pour leur part que 600 000 m3, et 900 000 m3 sont rejetés dans la Seine, à raison de 5 m3/s, après n’avoir subi qu’un traitement très sommaire, c’est-à-dire n’avoir été débarrassés que des matières solides ; ces rejets représentent le quart d’un débit à l’étiage, qui ne dépasse pas 20 m3/s, d’où durant certaines périodes une pollution intolérable pour les riverains d’aval. Les prévisions pour l’an 2000 sont de 6 millions de mètres cubes.

Les déchets solides représentent actuellement 250 g par habitant et par jour, soit 1 Mt par an, et il faut, rien que pour Paris, un millier de véhicules pour les collecter. Les 23 usines existantes de la T. I. R. U. (Société de traitement industriel des résidus urbains), qui fournissent une partie de la vapeur nécessaire au chauffage urbain, ne peuvent tout brûler. La capacité d’incinération restant insuffisante, une partie des ordures est mise dans des décharges de plus en plus difficiles à trouver, sans cesse plus éloignées et dont aucune commune ne veut. Leur évacuation est de plus en plus coûteuse, tandis que leur poids annuel par habitant augmente avec l’élévation du niveau de vie et la multiplication des ventes en emballages perdus. Les automobiles hors d’usage posent un problème particulier ; les parcs des casseurs, particulièrement inesthétiques, se multiplient, et la mise en service de la presse puissante d’Athis ne suffira pas.


Espaces verts et milieu urbain

Pour lutter aussi bien contre la pollution atmosphérique que pour la détente et l’agrément des citadins, les espaces verts, surtout de grandes dimensions, sont indispensables dans un espace urbain.

L’agglomération parisienne est située dans l’Île-de-France, région naturellement riche en surfaces boisées. L’expansion urbaine a fortement fait reculer celles-ci : depuis le xviiie s., dans un rayon de 20 km autour de Paris, elles sont passées de 29 000 à 19 000 ha. Dans l’ensemble de la région parisienne, il en subsiste heureusement 230 000 ha, dont 58 000 appartiennent à l’État.

Dans sa partie la plus dense, l’agglomération n’est pas très pourvue en espaces verts. Paris n’en possède que 300 ha publics et 150 ha privés, plus, il est vrai, les bois de Boulogne et de Vincennes (1 800 ha), 135 ha de terrains de sport et 110 ha de cimetières. Tout cela représente 8 m2 par habitant (y compris les bois de Boulogne et de Vincennes), contre 9 à Rome et à Londres, 13 à Berlin, 35 à Vienne, 50 à Washington et 130 à Los Angeles.

Les espaces verts sont d’autant plus nécessaires que l’atmosphère de Paris joue le rôle imprévu d’« égout ». Les facteurs de pollution se sont multipliés : poussières rejetées ou déplacées sur la voie publique, gaz et fumées des foyers domestiques et industriels (des centaines d’usines rejettent des produits nocifs), gaz d’échappement des véhicules. L’air urbain contient donc une proportion anormale de poussières, de microbes, de gaz toxiques.

En hiver, le phénomène d’inversion de température entraîne l’accumulation des produits nocifs au niveau du sol, et Paris est recouvert d’une sorte de « boue atmosphérique » qui arrête une partie des rayons ultraviolets et diminue le pouvoir bactéricide du rayonnement solaire. L’insolation à Paris a diminué de 25 p. 100 en cinquante ans : au parc Saint-Maur, le nombre de jours où l’on ne voit pas à 2 km est passé de 23 en 1873 à 120 en 1968.

Le sous-sol parisien est un des plus encombrés qui soit au monde. Il renferme tout d’abord de nombreux vestiges archéologiques, comme sous le parvis de Notre-Dame, mais surtout il est percé de 285 km de galeries de surveillance des carrières souterraines abandonnées et remblayées, situées principalement sur la rive gauche, ainsi que sur la rive droite à Montmartre et aux Buttes-Chaumont ; en outre, la rive gauche possède les catacombes qui sont des carrières en partie remblayées avec les ossements des anciens cimetières parisiens.

C’est à partir du xixe s. que ce sous-sol s’est rempli d’un enchevêtrement de réseaux divers indispensables à la vie d’une grande cité moderne : égouts (plus de 2 000 km), canalisations d’eau potable et non potable, câbles électriques à moyenne et à basse tension, gaz, téléphone, chauffage urbain, air comprimé, portion souterraine du canal Saint-Martin.

Au xxe s. s’y sont ajoutés le métro, les passages souterrains pour la circulation automobile, les parkings, le Réseau express régional, les sous-sols profonds d’immeubles (jusqu’à huit niveaux), utilisés principalement pour des garages de voitures ou comme entrepôts.

Encombré comme il l’est déjà, le sous-sol de Paris offre-t-il encore des possibilités pour l’aménagement de la capitale, comme le pensent les partisans d’un urbanisme souterrain, qui préconisent de creuser pour réaliser de plus en plus d’équipements, notamment pour la circulation, en s’efforçant ainsi d’avoir de plus en plus une ville sous la ville ?


La population et l’habitat

Les caractères de la population parisienne résultent, pour l’essentiel, de migrations constantes et anciennes ; 60 p. 100 des Parisiens ne sont pas nés dans l’agglomération. La population de nationalité étrangère (plus de 7 p. 100) est moindre qu’avant la dernière guerre, en raison des naturalisations, mais elle tend à augmenter de nouveau depuis 1962.

Il s’est produit depuis 1962 une véritable rupture dans le rythme des migrations définitives. La balance migratoire, très positive auparavant (80 000 par an), a diminué de moitié (40 000 par an), surtout par accroissement des départs vers la province, tandis que les arrivées restent sensiblement les mêmes en valeur absolue et que les échanges avec l’étranger augmentent fortement dans les deux sens.