Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Paret y Alcázar (Luis) (suite)

Mais Paret se révèle aussi — fait assez rare en Espagne — comme un paysagiste subtil dans des œuvres plus récentes : la série de ports cantabriques — à l’instar des Ports de France de Joseph Vernet* — qui lui fut commandée en 1786 par le roi pour sceller son « pardon » et qui est malheureusement dispersée entre des lieux de conservation divers. Ces toiles captent avec un bonheur surprenant la fluidité vaporeuse de la lumière atlantique sur les eaux et les plages, tandis que les groupes de pêcheurs, de soldats, de paysans ont autant de naturel et d’animation que les personnages des tableaux madrilènes.

Seul artiste de l’Espagne des Bourbons qui associe la délicatesse française et la vivacité espagnole, Paret est aussi le seul de cette époque, encore mal étudiée, qui partage avec Goya — malgré la distance du talent au génie — la faveur et la curiosité de notre temps.

P. G.

 O. Delgado, Paret y Alcázar (Madrid, 1957).

Pareto (Vilfredo)

Économiste et sociologue italien (Paris 1848 - Céligny, Suisse, 1923).


Fils d’un marquis génois exilé pour avoir adopté les idées de Mazzini, Vilfredo Pareto passe son enfance en France jusqu’à ce que la loi d’amnistie de 1858 permette à sa famille de regagner l’Italie. Après des études de mathématiques et de physique à l’université de Turin dont il sort diplômé en 1869, il dirige diverses entreprises.


Pareto économiste

Successeur de Léon Walras* à la chaire d’économie politique de l’université de Lausanne en 1893, il fut l’un des principaux représentants de l’école mathématique. Il est l’auteur d’un Cours d’économie politique (1896-97). Pour son œuvre d’économiste, Pareto a pu être présenté comme le continuateur de l’œuvre de Walras dans le domaine de la théorie de l’équilibre et comme le premier théoricien de l’économie de bien-être avec la formalisation de l’optimum.

Au sujet de l’équilibre économique, il présente une explication semblable à celle de Walras, mais beaucoup moins abstraite. L’équilibre économique étant défini comme l’état qui se maintiendrait indéfiniment s’il n’y avait aucun changement dans la situation dans laquelle on l’observe, est, en principe, un équilibre stable. Cependant, il n’en est pas, a priori, nécessairement ainsi.

Pour qu’il y ait équilibre stable, il faut que, une faible modification intervenant, l’équilibre tende à se rétablir de lui-même sous l’influence de forces qui, en se compensant, le rétablissent. Ces forces sont les goûts et les obstacles. C’est parce que les hommes ont des goûts et que la satisfaction de ces goûts se heurte à des obstacles qu’il y a activité économique et, donc, une science économique. Mais le problème économique se complique pour deux raisons. D’une part, les goûts des hommes sont nombreux et variés, de telle façon qu’ils ont une infinité de choix à opérer et une multiplicité de combinaisons possibles. Entre toutes les combinaisons possibles, il faut savoir comment le sujet économique se décide et pour laquelle de ces combinaisons il va opter. D’autre part, le problème se pose pour un ensemble d’individus, si bien que les goûts des uns constituent un obstacle pour la réalisation des goûts des autres. En effet, l’individu qui veut satisfaire ses goûts entre en compétition avec les autres individus qui veulent satisfaire les leurs pour obtenir les biens économiques nécessaires.

Si Pareto est considéré comme le premier théoricien de l’économie de bien-être, c’est pour avoir formalisé la notion d’optimum : pour lui la meilleure situation possible du point de vue de l’équilibre est celle qui est liée au niveau de satisfaction obtenu par tous les consommateurs. À cet égard, Pareto a été le premier à avoir formulé la règle selon laquelle tout changement qui ne nuit à personne et qui améliore la situation de certains individus selon leur estimation doit être regardé comme une amélioration. Par conséquent, le bien-être augmente si une modification de la répartition des produits ou des facteurs de production* améliore la situation d’au moins un individu. Cette situation ne peut être réalisée qu’en concurrence* pure et parfaite.

L’école de Lausanne

On entend communément par école de Lausanne le groupe d’économistes ayant subi l’influence de ses deux représentants principaux, le Français Léon Walras (1834-1910) et l’Italien Vilfredo Pareto, titulaires successifs de la chaire d’économie politique de l’université de Lausanne et chefs de file de cette école.

Pour ces économistes, la science économique est avant tout la science des échanges, avec, comme notion centrale, l’interdépendance de deux marchés, celui des biens de production et celui des biens de consommation. L’analyse de l’interdépendance est complétée par celle de l’équilibre : Walras et Pareto s’attachent à déterminer les conditions d’un équilibre stable. Le langage mathématique est systématiquement employé dans l’œuvre des économistes de cette école.

G. R.


Pareto sociologue

Traduit en français en 1917-1919, le Traité de sociologie générale est devenu un classique de la sociologie. Vilfredo Pareto considère cette discipline comme la science de l’action sociale. Dans cette perspective, il concentre l’attention sur la distinction, à ses yeux fondamentale, entre les actions logiques et les actions non logiques. Les premières sont celles où les moyens sont adaptés aux fins de l’action, à la fois objectivement et subjectivement, dans la réalité objective et dans la conscience de l’acteur. Les actions non logiques englobent toutes les autres : elles sont non logiques soit objectivement, soit subjectivement. En rigueur, il existe par conséquent quatre genres d’actions non logiques.

Pareto prend acte, tout au long de son œuvre, de l’importance des conduites non logiques dans la vie sociale. Cette constatation lui permet d’établir une distinction entre ce qu’il nomme les dérivations et les résidus. Par dérivations, il entend désigner les affirmations, les doctrines ou les théories qui justifient ou confèrent une rationalité apparente aux actions des hommes à la fois pour eux-mêmes et pour autrui. Les « résidus » représentent au contraire le fond immuable des sentiments non logiques et des instincts, qui se dissimule sous l’apparence variable et arbitraire des justifications que les hommes tentent de donner à leurs actes.