Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

paranoïa (suite)

Dans quelques cas dramatiques, l’internement s’impose, souvent malheureux pour l’évolution ultérieure, mais salutaire du point de vue de la dangérosité immédiate de ces malades. Le placement est vécu comme une nouvelle persécution. En hôpital psychiatrique, le paranoïaque reste lucide, très contrôlé, bien adapté au quotidien, mais il peut garder une rancune tenace pendant des années pour ce qui touche à son délire. Certaines sorties d’hôpital psychiatrique se soldent par une catastrophe (meurtre, scandale, sadisme familial, actes antisociaux divers, alcoolisme). Les projets de vengeance d’un paranoïaque dont l’attitude superficielle est exemplaire aux yeux de tous ont pu s’accomplir à l’issue de quelques mois ou de quelques années de séjour en hôpital psychiatrique. Certains psychiatres ont payé de leur vie même la confiance excessive accordée à ces malades.

Aucune décision n’est aussi difficile à prendre en psychiatrie que l’internement ou la sortie d’un paranoïaque dont on sait qu’il peut être dangereux pour autrui. Il faut, toutefois, apporter ici une nuance. Dans l’ensemble des cas de paranoïa, les problèmes de dangérosité ne représentent tout de même pas la règle ni même la plus grande fréquence.

G. R.

➙ Délire / Psychose.

 E. Kretschmer, Der sensitive Beziehungswahn. Ein Beitrag zur Paranoïafrage und zur psychiatrischen Charakterlehre (Berlin, 1918, 4e éd. 1966 ; trad. fr. Paranoïa et sensibilité, P. U. F., 1963).

parapsychologie

Étude scientifique des phénomènes paranormaux. On nomme paranormaux les phénomènes qui semblent défier les lois et le déterminisme des sciences de la matière par leur caractère extraordinaire, miraculeux, qui fait généralement penser qu’ils émanent d’une cause ou d’un agent personnel : apparition de soucoupes volantes ou autres, phénomènes de télépathie, coïncidences extraordinaires, prémonitions.


En principe, dans cette masse de faits, la parapsychologie prétend s’attacher un certain domaine, ce qu’elle appelle le subjectif, c’est-à-dire les dons et les pouvoirs des individus, et elle laisserait de côté l’« objectif », les matérialisations tangibles, ce qu’on appelle le métapsychique. La distinction est assez délicate, car comment séparer le don de télékinésie (déplacement d’objets à distance) de celui de télépathie, qui, lui, n’aboutit à aucune « matérialisation »...

En tout cas, selon cette définition, la parapsychologie embrasse toutes les formes de contact et de transmission à distance — sans aucune médiation matérielle ou technique, il va sans dire... — et tous les processus prémonitoires permettant d’acquérir une connaissance immédiate et directe du futur ou du passé : voyance ou faculté d’incursion dans le temps et télépathie ou communication par-delà la séparation spatiale, tels sont les deux grands axes de la parapsychologie.

Petit vocabulaire de la parapsychologie

métapsychique, terme qui, mot à mot, signifie « au-delà du psychique » et qui fut proposé par Charles Richet en 1905 pour désigner l’étude des faits paranormaux.

occultisme*, terme le plus général pour désigner tout ce qui se rapporte au paranormal, aussi bien les phénomènes eux-mêmes que les pratiques, les religions et les théories auxquelles il donne lieu. Occulte signifie « caché » ; le terme désigne aussi bien le caractère mystérieux des phénomènes que le voile dont leur production s’entoure généralement. On a pu dire de l’occultisme qu’il était à la fois ce qui dévoilait l’occulte et ce qui s’occultait soi-même, comme si, à peine dévoilé, le secret des secrets ne pouvait qu’être de nouveau enfoui, comme une révélation insoutenable...

parapsychologie, terme proposé par Max Dessoir en juin 1889 en remplacement de métapsychologie (créé par Goïre en 1837). C’est le terme le plus moderne pour désigner l’étude de l’ensemble des phénomènes paranormaux.

spiritisme, doctrine affirmant la possibilité, pour les âmes des morts, de venir communiquer avec les vivants ; elle fut lancée par Emanuel Swedenborg (1688-1772) et reprise en 1848 aux États-Unis par les deux jeunes filles de la famille Fox. Elle fut codifiée en 1847 par Andrew Jackson Davis dans Relations with Spirits, et propagée en France par Allan Kardec (le Livre des esprits, 1857). Les spirites admettent la réincarnation, mais toujours sous forme humaine ; ils vont en pèlerinage caresser la nuque du buste en marbre de Kardec, au Père-Lachaise.

théosophie, doctrine religieuse qui a pour objet l’union avec la divinité. La Société théosophique, fondée à New York en 1875 et à Adyār, près de Madras (Hélène Petrovna Blavatzki, colonel Henry Steel Olcott), prône une sorte de syncrétisme et une morale pacifiste et généreuse. En France, Gérard Encausse, dit Papus, fonda un groupe de propagande théosophique connu sous le nom d’Isis.


Historique

La parapsychologie ne s’est organisée en science que depuis à peine un siècle. Mais les phénomènes paranormaux ou, plus simplement, les pouvoirs surnaturels sont connus depuis les origines de l’humanité : bien avant de faire l’objet d’une étude scientifique quelque peu détachée, ces pouvoirs ont été spontanément acceptés et utilisés. On sait comment la divination jouait un rôle considérable dans la vie des Grecs. À la veille d’une bataille, les prêtres en lisaient l’issue future dans les organes des animaux qu’ils avaient immolés ; à Delphes et dans les villes voisines, la pythie entrait en transe en respirant des vapeurs de gaz carbonique d’origine volcanique, émanant de fissures dans le sol du temple. La Bible nous montre Moïse défiant les magiciens du pharaon et faisant une prodigieuse démonstration de ses pouvoirs occultes.

Dans la civilisation occidentale, ce n’est qu’au xviiie s., qu’apparaît, face aux pouvoirs occultes, une attitude quelque peu différente de la foi aveugle ou de l’étonnement émerveillé. On s’intéresse, certes, passionnément à l’occulte et au paranormal, mais la science naissante donne, à cet intérêt, un recul nouveau.