Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

papier (suite)

Fabrication moderne

S’il existe encore des papiers de chiffons, la plupart des papiers actuels sont fabriqués à base de pâtes de bois mécaniques ou chimiques.

Le mélange des pâtes est fait dans des appareils appelés pulpers qui désagrègent dans l’eau les feuilles de pâte telles qu’elles arrivent de chez le fournisseur. À ce mélange variable en composition suivant la sorte fabriquée, on ajoute, le cas échéant, des charges minérales et de la colle de résine pour le rendre propre à l’écriture, le collage en feuille à la gélatine n’étant plus utilisé que pour les papiers de luxe.

Des pulpers, la pâte est envoyée par des pompes dans des piles raffineuses ou, plus souvent maintenant, dans des raffineurs coniques qui font le même travail que les piles, mais en continu. La pâte passe ensuite, suivant le degré d’engraissement désiré, dans un ou plusieurs raffineurs, puis dans des épurateurs destinés à en éliminer les déchets ainsi que les différentes impuretés qui peuvent encore s’y trouver.

Elle arrive ensuite dans les cuviers de tête de machine, où elle est préalablement agitée. Sa concentration est alors de 5 p. 100 de solide. Elle est reprise et diluée à 1 p. 100 environ pour arriver dans la caisse de tête, dont la hauteur est déterminée par la vitesse de la machine. Il faut en effet que, sous l’action de la pression de la pâte, celle-ci se déverse sur la toile avec un débit en rapport avec cette vitesse. Dans les machines à grande vitesse, on renforce la pression due à la hauteur du liquide dans la caisse de tête en utilisant l’air comprimé.

La feuille, formée sur une toile agitée comme autrefois d’un branlement transversal, passe sur des caisses aspirantes qui augmentent l’élimination de l’eau, puis sous des presses qui peuvent aussi être aspirantes. Elle entre enfin dans la sécherie, dont le nombre et le diamètre des sécheurs sont fonction de la vitesse de la machine. En bout de machine, on obtient un papier qui ne contient plus que 5 à 6 p. 100 d’eau. Celui-ci est alors bobiné en bobines mères dont le poids atteint parfois de 7 à 8 t. Ces bobines peuvent être satinées ou non par calandrage. Elles sont ensuite soit tranchées en bobines plus étroites, soit débitées en feuilles sur des coupeuses extrêmement rapides. Dans ce dernier cas, les feuilles sont livrées en rames de 500, soit empaquetées, soit non empaquetées, et empilées sur des palettes formant des parallélépipèdes de 800 à 1 000 kg, prêtes à l’emploi par les imprimeurs.

Actuellement, les qualités de grosse consommation (kraft, journal) et, à un moindre degré, les papiers impression et écriture, les plus fins, sont fabriqués à des vitesses atteignant de 800 m/mn dans des largeurs qui dépassent 6 m.

Les machines à papier modernes, dont la longueur peut dépasser une centaine de mètres, sont extrêmement lourdes ; leur poids se compte en centaines de tonnes. On admet que leur prix représente environ la valeur du papier produit pendant 18 mois. Des machines aussi larges et aussi rapides nécessitent une automatisation très poussée ainsi que des réglages rapides et précis par des procédés mécaniques et électriques qui garantissent une grande régularité d’aspect et de poids au mètre carré du papier fabriqué. Une conséquence de cette mécanisation et de l’emploi des pâtes de bois a été l’implantation de très grosses unités dans les pays gros producteurs de bois tels que les pays scandinaves, le Canada, les États-Unis, et en France dans les Landes pour le kraft. Une autre conséquence est que, dans les pays non producteurs de bois, les grosses unités se rapprochent des ports et des grandes voies de communication.

Les qualités demandées au papier sont naturellement très diverses suivant l’usage auquel il est destiné. Les papiers filtres doivent être non collés et avoir une porosité telle qu’ils laissent passer le fluide à filtrer et arrêtent les solides qui y sont contenus. Le papier à cigarettes voit varier son opacité et sa combustibilité suivant les tabacs qu’il enveloppe et le goût des fumeurs. Pour des papiers moins spéciaux, on distingue l’aspect extérieur (blancheur, satinage), la solidité, l’opacité pour les papiers d’impression, la porosité à l’encre ou à l’air, la stabilité dimensionnelle pour les papiers imprimés en plusieurs couleurs ou ceux qui sont destinés à des travaux précis (cartes géographiques ou cartes statistiques).

Toutes ces caractéristiques se mesurent avec des appareils appropriés dont les résultats traduits en chiffres peuvent faire l’objet de spécifications à la commande.


Utilisations

On trouve, à l’heure actuelle, du papier partout, au point qu’on a pu qualifier notre époque de « civilisation du papier ». On en trouve depuis nos cigarettes et notre portefeuille (monnaie, identité, etc.) jusque sur nos murs, dans nos livres, nos journaux, sans oublier tous les produits emballés, notamment avec le développement du libre-service (récipients divers, pots de yaourt en papier paraffiné ou imperméable). Le papier, qui fut longtemps et exclusivement le « support de la pensée », sert maintenant à contenir et aussi à présenter grâce à sa facilité d’impression. Il n’est que de regarder autour de soi pour en constater l’omniprésence. Il est d’ailleurs parfois peu reconnaissable, notamment lorsqu’il sert, par exemple, à la fabrication des lamifiés tels que Formica, Polyrey, qui sont entièrement faits de différentes couches de papier imprégné de résines chimiques, comprimées à chaud jusqu’à prendre l’apparence du bois ou du marbre.

Pour beaucoup d’usages, le papier est concurrencé par d’autres matériaux, les plastiques en particulier. Il garde cependant certains avantages, et sa rigidité favorise la création de complexes papier-plastique ou papier-aluminium. Surtout, il est biodégradable, souvent récupérable, en tout cas facile à détruire.

La consommation mondiale des papiers et cartons était estimée en 1960 à 83 Mt, en 1970 à 128 Mt. En France, la consommation par tête d’habitant et par an approche les 110 kg. Aux États-Unis, elle dépasse déjà 200 kg. Dans les pays en voie de développement, elle est encore souvent inférieure à 10 kg per capita et par an, mais elle a tendance à s’accroître rapidement. En 1973-74, à la suite d’une forte croissance de la demande et d’une pénurie en matières premières, une grave crise a provoqué une raréfaction relative du papier et une importante élévation de son prix.

Il faut ajouter qu’on commence à rechercher des fibres de remplacement en dehors de celles qui sont déjà utilisées parmi les végétaux annuels, notamment la paille et l’alfa, et les fibres synthétiques ou autres semblent promises à un assez bel avenir.

J. G.

➙ Carton / Pâte à papier.

 J. P. Casey, Pulp and Paper, t. III : Paper Testing and Converting (New York, 1961). / G. Martin, le Papier (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1964 ; 2e éd., 1970).