Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Palestrina (Giovanni Pierluigi da) (suite)

Tous ces caractères de l’écriture n’appartiennent pas en propre à Palestrina ; celui-ci les tient de ses prédécesseurs et les partage avec ses contemporains. Mais la perfection achevée avec laquelle il a su mettre en œuvre tous ces éléments fait de lui le chef de file incontesté de l’école romaine. C’est cette perfection même qui a pu faire dire à Félix Raugel que, chez lui, « le styliste est plus grand que le musicien » ; mais c’est aussi à son sujet que Joseph Samson a pu parler de « la poésie de l’exactitude ».

Au cours du xviie s., on continuera à écrire des messes dans le « stile antico » ; l’œuvre, l’écriture de Palestrina resteront la base d’un enseignement musical que de nombreux musiciens viendront chercher en Italie. Mais de profondes transformations du langage sont en germe et vont apparaître après Palestrina : musicien d’église, celui-ci n’apporte aucune contribution à la naissance de ce monde nouveau lié à l’opéra. Son rôle, comme celui de Bach un siècle et demi plus tard, est de résumer et de porter à son apogée tout ce qui l’avait précédé.

C. D.

➙ Messe.

 P. Wagner, Palestrina als weltlicher Komponist (Strasbourg, 1890). / M. Brenet, Palestrina (Alcan, 1906). / R. Casimiri, Giovanni Perluigi da Palestrina, nuovi documenti biografici (Rome, 1918). / A. Cametti, Palestrina (Milan, 1925). / K. K. Jeppesen, Der Palestrina Stil und die Dissonanz (Leipzig, 1925). / K. G. Fellerer, Palestrina (Ratisbonne, 1930). / F. Raugel, Palestrina (Laurens, 1931). / J. Samson, Palestrina ou la Poésie de l’exactitude (Genève, 1940).

Palissy (Bernard)

Potier émailleur, savant et écrivain français (Saintes ou Lacapelle-Biron v. 1510 - Paris 1589 ou 1590).


Également chimiste et agronome, il se décrit comme « ouvrier de terre et inventeur de rustiques figulines » (c’est-à-dire d’ouvrages de terre cuite d’un caractère rustique). De nombreux écrits créent sa grande réputation, à commencer par les siens. Mais son œuvre est loin d’être identifiée. On sait qu’il travaille dans la manière de la Renaissance, avec une particulière dextérité dans l’utilisation des couleurs céramiques, vives et harmonieuses.

Palissy fait son apprentissage comme peintre sur verre, voyage à travers la France, puis s’installe à Saintes. En 1539 ou 1540, il découvre l’« art de terre » ; désormais, il va s’acharner à percer les secrets de l’émail stannifère, alors détenus par les Italiens. Après plusieurs années de recherches sans répit, racontées par lui-même avec naïveté et pittoresque, il atteint son but et produit une céramique décorée « avec des émaux entremêlés en manière de jaspe ».

En 1548, le connétable de Montmorency lui passe plusieurs commandes, dont celle d’une grotte à décor céramique pour le château d’Écouen (1555) ; celle-ci fut-elle jamais construite ? Après un séjour en prison à Bordeaux pour hérésie (il est calviniste, ce qui l’exposera sa vie durant à des poursuites), Palissy reçoit la commande d’une autre grotte pour les Tuileries, le château parisien de Catherine de Médicis ; quelques fragments de briques émaillées, de poteries moulées d’après des coquilles ont été découverts dans les fouilles faites place du Carrousel en 1855, en 1865 et en 1878.

Le massacre de la Saint-Barthélemy fait fuir Palissy de Paris pour Sedan, où il reste jusqu’en 1575 ou 1576. De 1575 à 1584, Palissy fait un cours public à Paris sur l’histoire naturelle. En 1580, il écrit son Discours admirable de la nature des eaux et fontaines, qui comprend un Art de terre décrivant ses expériences de potier, métier qu’il ne semblait plus exercer depuis longtemps, peut-être à cause de son âge avancé. En 1586, il est de nouveau emprisonné et évite la condamnation à mort. Il meurt en prison, à la Bastille.

Ses œuvres ne sont ni signées ni marquées, et ses propres descriptions sont trop fantaisistes pour être crédibles.

Deux types de céramiques peuvent lui être attribués. Les terres jaspées, colorées par des émaux harmonieusement séparés ou mélangés (plat, Louvre, collection Sauvageot), sont nettement influencées par l’école de Fontainebleau* et le répertoire décoratif d’Étienne Delaune ; il est difficile de distinguer les œuvres autographes de celles qui sont moulées par les successeurs de Palissy d’après des pièces d’orfèvrerie. Cette production est précédée par celle des rustiques figulines, plus connue. Plats et bassins, plus décoratifs qu’utilitaires, sont ornés en relief de poissons, de lézards et d’éléments aquatiques moulés sur nature. Inspiration non sans lien avec les grottes commandées à Palissy. Les émaux bleus, rougeâtres et jaunes jouent sur un blanc-gris qui n’est qu’une argile blanchâtre et non l’émail stannifère des majoliques italiennes.

Le style de Palissy est largement exploité au xviie s. par de médiocres imitateurs. Il sera encore plus cruellement démarqué dans la seconde moitié du xixe s. Si Charles Avisseau à Tours ou Lesme a Limoges marquent souvent leurs œuvres, il est quelquefois périlleux de vouloir distinguer la fabrication du xixe s. de celle du xvie.

Les écrits de Bernard Palissy ont été réimprimés en 1777 par Gobert et B. Faujas de Saint-Fond, en 1844 par Paul Antoine Cap et en 1888 par Benjamin Fillon.

N. B.

 M.-J. Ballot, Documents d’art, musée du Louvre. La céramique française : Bernard Palissy et les fabriques du xvie s. (Morancé, 1923). / J. Nkolle, Bernard Palissy (Seghers, 1966).

Palladio (Andrea di Pietro dalla Gondola, dit il)

Architecte et théoricien italien (Padoue 1508 - Vicence 1580).


Au milieu du xviiie s., à l’aube de la révolution industrielle, quand les architectes demandaient à l’Antiquité une nouvelle ligne de conduite, c’est l’œuvre de Palladio — et particulièrement dans le Royaume-Uni, où elle était appréciée de longue date — qui fournit à ceux-ci le meilleur guide. Par un curieux destin, le « palladianisme » devait servir de base aux conceptions fantastiques des visionnaires* libérés des contraintes traditionnelles et voir son influence se poursuivre jusqu’en plein xxe s. avec le « style international ».