Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Palestine (suite)

L’Empire musulman

Cinq ans après la rentrée triomphale de l’empereur byzantin Héraclius à Jérusalem (630), la Palestine était attaquée par les Arabes récemment convertis à l’islām par le prophète Mahomet (mort en 632). De 634 à 640, le pays était arraché à Byzance et intégré à l’Empire musulman.

Les conquérants divisèrent le territoire en gouvernements militaires (djund), comme toute la Syrie. La Palestine se partagea en djund de Filasṭīn au sud et en djund du Jourdain (al-Urdunn) au nord, tous deux allant jusqu’à la mer à l’ouest et comprenant une partie de la Transjordanie avec des limites qui fluctuèrent. Les chefs-lieux en furent respectivement Lod, bientôt remplacée par la ville nouvelle de Ramla, et Tibériade (Ṭabariyya).

Sous les Omeyyades, qui dominèrent à Damas, d’abord comme gouverneurs (638), puis comme califes de l’Empire arabe (660-750), la Palestine fut proche du pouvoir qui s’appuyait sur la Syrie. Elle était prospère. Les processus d’arabisation et d’islamisation de la population étaient à leurs débuts. Les pèlerinages de chrétiens occidentaux continuèrent sans trop d’encombre. Chrétiens, Juifs et Samaritains furent écartés du pouvoir politique, mais gardèrent la liberté de conscience et de culte ainsi qu’une certaine autonomie moyennant une taxe de protection. L’Arabie ayant fait sécession sous la bannière d’un anticalife qui tint les villes saintes de 680 à 692, le calife omeyyade ‘Abd al-Malik développa le rôle sacral de Jérusalem en faisant édifier la superbe coupole du Rocher sur l’emplacement du temple de Salomon et d’Hérode.

Après 750, le centre du pouvoir arabo-musulman passa à Bagdad (dynastie ‘abbāsside) et la Palestine ne fut plus qu’une région provinciale éloignée. Comme dans le reste de l’Empire, les conversions à l’islām se multiplièrent, et la langue arabe se répandit lentement au détriment de l’araméen. Des émigrants vinrent aussi d’autres régions musulmanes, par exemple une colonie persane à Naplouse.

La désagrégation de l’Empire fit passer la Palestine dans la sphère d’influence des dynasties égyptiennes. La région fut occupée en 877 par Aḥmad ibn Ṭūlūn, gouverneur d’Égypte, qui s’était rendu indépendant tout en reconnaissant théoriquement la suprématie du calife ‘abbāsside. Il en fut de même sous les souverains ikhchīdites d’Égypte (935-969), d’origine turque comme les Ṭūlūnides. Les califes fāṭimides, chī‘ites opposés au sunnisme ‘abbāsside, occupèrent la Palestine aussitôt après l’Égypte (969). Mais le pouvoir fāṭimide y fut précaire. Une famille bédouine, les Djarrāḥides, s’y livra de 971 à 1029 à un jeu de bascule entre les divers pouvoirs en lutte en Syrie ; Byzantins, révolutionnaires qarmaṭes et Fāṭimides. Le calife fāṭimide Ḥākim, atteint de crises de démence, fit démolir le saint sépulcre (1009). Un chef turcoman, Atsīz ibn Uvak, se constitua une principauté palestinienne de 1071 à 1079. Une famille turque, vassale des Seldjoukides, gouverna la Palestine à partir de 1086, mais fut chassée par une contre-attaque fāṭimide en 1098.


Le royaume latin

Les croisés francs, venus lentement d’Europe, de façon très inattendue, s’emparèrent de Jérusalem dès l’année suivante, le 15 juillet 1099. Godefroi de Bouillon devenait « protecteur du Saint-Sépulcre » et, à sa mort, en 1100, son frère Baudouin prenait le titre de roi de Jérusalem. Le royaume, essentiellement franco-lorrain, comprenait toute la Palestine et la Transjordanie. Au nord, il était flanqué des autres principautés franques de Syrie. Mais les États musulmans de Syrie furent conquis par Nūr al-Dīn, et l’État fāṭimide d’Égypte fut abattu (1171). Saladin (Ṣalāḥ al-Dīn), devenu maître de cet Empire, attaqua l’État latin, et la bataille de Ḥaṭṭīn (1187) lui livra la Palestine, sauf la région côtière. Le royaume d’Acre, comme disaient les indigènes, devait subsister péniblement, avec des regains éphémères, jusqu’en 1291.

Les Francs se mirent à la place de la classe dominante musulmane et surimposèrent au pays les structures féodales d’Occident sans, toutefois, entrer dans des rapports quelque peu étroits avec leurs nouveaux sujets. La volonté d’hégémonie des autorités ecclésiastiques latines retourna contre les conquérants les chrétiens indigènes de rite grec ou syriaque. Mais ceux-ci gardèrent leurs structures communautaires. Les Juifs, après les premiers massacres, furent de nouveau tolérés et participèrent à ces structures. Une immigration de chrétiens et de juifs d’Europe renouvela en partie la population. Un commerce intense se développa entre marchands musulmans et chrétiens.

Beaucoup de musulmans avaient fui. Dans les États musulmans d’accueil, les réfugiés firent une propagande intense pour le djihād (guerre sainte) contre les chrétiens et combattirent les nombreuses alliances nouées entre souverains musulmans et croisés. Une littérature se développa, exaltant le caractère sacré de Jérusalem et d’autres sanctuaires. Le rôle de Terre sainte de la Palestine s’en trouva renforcé du côté de l’islām.


Les sultanats et l’Empire mamelouk (1171-1516)

Le sultanat ayyūbide, avec Saladin, avait remplacé l’État fāṭimide et englobait la Syrie. Mais, à la mort de Saladin (1193), il se divisa en multiples principautés en lutte les unes contre les autres, souvent alliées avec des princes francs. Les Ayyūbides avaient restauré le sunnisme, bien traité les chrétiens indigènes, et, lorsqu’il reprit Jérusalem, Saladin invita les Juifs à venir s’y établir.

En 1250, la dynastie fut abattue par les esclaves — soldats d’origine turque et circassienne dont elle se servait et qu’on appelle les mamelouks. Pendant quelque deux cent cinquante ans, ces derniers forgèrent un puissant État qui embrassait surtout l’Égypte et la Syrie. Une paix intérieure relative y régnait. Les derniers postes francs de la côte furent éliminés en 1291. Mais des relations commerciales serrées demeuraient avec l’Europe, notamment avec les villes italiennes. La Palestine, subdivisée en districts, fut rattachée aux provinces de Damas, de Safed et d’Al-Karak (en Transjordanie). Les invasions mongoles ne l’atteignirent pas, mais la peste noire tua beaucoup de monde en 1348.