Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pākistān oriental, auj. Bangladesh (suite)

La zone méridionale, en bordure de la mer, appartient à l’ensemble du delta en voie de formation que l’on appelle les Sundarbans (« belles forêts ») : c’est en effet une zone amphibie, couverte par une mangrove et exposée non seulement à l’inondation des fleuves, mais au rythme des marées et périodiquement aux cyclones, qui dévastent les bords de la mer et peuvent provoquer de redoutables raz-de-marée, comme celui de novembre 1970 qui a fait plusieurs centaines de milliers de victimes.

Les collines de Chittagong constituent la seule région montagneuse du Bangladesh. Elles appartiennent au système montagneux de l’Arakan, chaînes plissées d’âge himalayen. Le paysage est constitué par dix chaînes parallèles de collines basses (environ 600 m), orientées nord-sud, à travers lesquelles un fleuve abondant, la Karnāphulī, a tracé un cours en baïonnette. Les flancs des collines sont très escarpés, mais leurs alignements sont séparés par de larges vallées à fond plat. La côte est formée par une plaine étroite avec de petites îles.

Le climat est tropical, tendance particulièrement humide du climat bengalais. Il est conditionné par la latitude (de 21° à 27°, le tropique du Cancer passant près de Dacca), le flux de la mousson (humidifié par la traversée du golfe du Bengale), la proximité de reliefs élevés, qui accentue les précipitations. Aussi les pluies sont-elles généralement fortes : elles varient d’environ 1 250 mm dans les régions occidentales à plus de 2 500 mm au nord et au sud-est. Khulnā (à l’ouest) reçoit en moyenne 1 675 mm de pluies, Narāyanganj (dans l’agglomération de Dacca) 1 850 mm, Noakhali (sud-est du delta) 2 850 mm, Chittagong 2 675 mm ; Lallakhāl (district de Sylhet) a le record de la pluviosité avec 6 375 mm, tandis que Lālpur (à l’ouest) est la station la moins arrosée, avec 1 200 mm. La distribution saisonnière des pluies est caractéristique des pays de mousson ; elle oppose une longue saison humide (d’avril à octobre) à une saison relativement sèche. Plus des deux tiers des précipitations se produisent pendant les mois de la mousson (94 p. 100 à Narāyanganj). Après les « petites pluies » d’avril-mai, sorte de prémousson caractéristique du Bengale, viennent les grandes pluies de l’été, accentuées par des orages et des cyclones. Dans une atmosphère constamment chargée d’humidité, les températures varient peu au cours de l’année. L’hiver est ensoleillé et frais : en janvier, Dacca accuse des maximums et minimums moyens de 25,5 et de 13 °C. L’été a des chaleurs modérées, grâce au temps couvert et pluvieux ; à Dacca en avril-mai, les maximums et minimums moyens sont de 32,5 et de 24 °C.

Plusieurs forêts importantes, couvrant environ 15 p. 100 du territoire, représentent les vestiges de la végétation naturelle. Celle-ci est représentée par : la forêt des collines de Chittagong, tropicale humide, sempervirente (passant à la forêt décidue humide dans les secteurs moins arrosés), caractérisée par l’abondance des bambous ; les mangroves des Sundarbans ; la jungle de Madhūpūr, forêt décidue humide, caractérisée par ses peuplements de sāl (Shorea robusta).

Les sols se distribuent selon la zonation du delta. Les alluvions anciennes des jungles de Bārind et de Madhūpūr ont formé des sols ferrugineux, localement appelés khair, argiles compactes, collantes en saison pluvieuse et dures comme du ciment en saison sèche. Les alluvions récentes du delta, riches en limons, sont généralement fertiles ; elles comprennent des sols variés à proportion plus ou moins forte d’argile ou de sable, les dépressions et les marécages étant généralement argileux et difficiles à labourer. Les Sundarbans ont, par endroits, des sols salins ou tourbeux.


Peuplement et civilisation

Le Bangladesh appartient indiscutablement à l’aire de civilisation du Bengale, à l’exception des collines de Chittagong, dans lesquelles on trouve la race mongoloïde, les genres de vie et les pratiques religieuses des montagnes de l’Arakan. Mais il présente des particularités ethniques, dues essentiellement à la religion musulmane, qui le distinguent du Bengale-Occidental. C’est en effet une région colonisée plus tardivement, en raison des obstacles plus grands opposés à l’homme par la nature (inondations, pluviosité, forêts), et, à l’époque où cette civilisation se développa, au xviiie s., un nabāb musulman favorisa la concentration d’une population musulmane. Les échanges de populations qui se produisirent après la partition (1947) affectèrent peu le Bengale oriental, qui accueillit un certain nombre de musulmans réfugiés (1,7 p. 100 de sa population à l’époque), tout en conservant une minorité hindoue. Mais, lors des massacres commis par l’armée pakistanaise en 1971, plus d’un million de personnes périrent, et les victimes furent souvent des hindous, soupçonnés d’être très hostiles au Pākistān.

Les événements de 1971 ont donc renforcé l’homogénéité du Bangladesh. La population est constituée de Bengalis musulmans dans une proportion supérieure à 95 p. 100. La race est mélano-indienne (teint assez foncé, cheveux noirs et lisses), mais avec dominante brachycéphale. La langue, le bengali, qui appartient à la famille indo-aryenne et a une écriture particulière (assez proche de celle du sanskrit), est une des grandes langues de culture de l’Inde. Ces caractères ethniques expliquent que les habitants du Bengale oriental, qui ont appartenu au Pākistān pendant vingt-quatre ans, se sont toujours sentis étrangers au peuple des plaines de l’Indus. Il existe cependant dans la population bengali une minorité non bengalie, les Bihāris. Immigrés venus partiellement du Bihār, réfugiés à l’époque de la partition, ces derniers sont des musulmans que leur langue, le hindī, tient en marge du milieu bengali, mais rapproche du Pākistān, où l’on parle urdū. Leur attitude favorable au Pākistān pendant la crise de 1971 les a profondément isolés dans la population du Bangladesh et exposés à de dures représailles.