Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pākistān (suite)

La création du Pākistān s’accompagne d’un important mouvement de population : État religieux, le pays doit accueillir de 6 à 7 millions de musulmans, alors que 6 millions d’hindous regagnent l’Inde. Ces déplacements entraînent des émeutes raciales et un important marasme économique : les hindous avaient le monopole du commerce et du secteur tertiaire, alors que les musulmans étaient pour la plupart des paysans. L’afflux des réfugiés modifie profondément la répartition démographique au Pākistān occidental dans la mesure où ces réfugiés cherchent à s’intégrer dans les villes. Le Pākistān oriental, d’économie essentiellement agricole, absorbe plus facilement les nouveaux arrivants.

Cependant, le Pākistān indépendant s’organise progressivement : la première Assemblée constituante (1947-1954), composée de représentants provinciaux élus sur la base d’un député pour un million de personnes (79 membres, dont 44 pour le Bengale oriental), est dominée par la Ligue musulmane ; douze députés hindous issus du parti du Congrès représentant l’opposition. ‘Alī Jinnah, « le père de la nation », devient premier gouverneur général du Pākistān et président de l’Assemblée constituante. À sa mort, le 11 septembre 1948, Liaqat ‘Alī khān, Premier ministre et président de la Ligue musulmane, lui succède, tandis que Khawaja Nazimuddin devient gouverneur général. Le 17 octobre 1951, Liaqat ‘Alī khān meurt assassiné. La Ligue musulmane, ne pouvant plus se réclamer d’un chef incontesté, se divise. La Ligue musulmane Jinnah, dirigée par le nabab Mamdot au Pākistān occidental, s’oppose à la Ligue musulmane Awami de H. S. Suhrawardi du Pākistān oriental, qui préconise l’autonomie régionale.


La Constitution de 1956

Le Pākistān, membre de l’O. N. U. depuis septembre 1947, se dote, le 29 février 1956, d’une Constitution qui met fin au régime provisoire de 1947 : elle établit une fédération de deux provinces également représentées à l’Assemblée fédérale. La République islamique du Pākistān est dirigée par un président obligatoirement musulman : Iskander Mīrzā (1899-1969), gouverneur général depuis août 1955, est nommé président provisoire de la République. D’autre part, l’urdū et le bengali sont langues d’État, et l’Assemblée fédérale de Karāchi est doublée d’assemblées locales, à Dacca pour le Pākistān oriental et à Lahore pour le Pākistān occidental. Mais le système fonctionne mal ; l’absence de partis politiques organisés renforce le chaos, que favorise une situation économique désastreuse. Iskander Mīrzā, peu populaire, incapable de faire respecter la démocratie et de contenir l’inflation, abroge la Constitution le 7 octobre 1958 et proclame la loi martiale, que le général Muḥammad Ayyūb khān est chargé d’appliquer.

Le 28 octobre 1958, le général Ayyūb khān (1907-1974) dépose Iskander Mīrzā et devient président de la République. Il entreprend immédiatement le redressement du Pākistān ; la réforme agraire (1959) permet une réorganisation totale de l’agriculture et protège les petits paysans. L’organisation d’un programme de « démocraties de base » (1960) met en place une série d’assemblées renouvelables tous les cinq ans et composées de membres élus ou désignés et de fonctionnaires ; il s’agit d’instaurer une véritable démocratie à partir des villages. Fort de son œuvre économique et politique, Ayyūb khān se fait confirmer en février 1960 dans ses fonctions de président de la République à une forte majorité et promulgue le 1er mars 1962 une nouvelle Constitution de type présidentiel destinée à remplacer la Constitution de 1956, de type fédéral, caduque depuis 1958. Le président, obligatoirement musulman, et l’Assemblée nationale sont élus par un collège électoral issu des démocraties de base. La levée de la loi martiale en juin 1962, après les élections du 28 avril, contribue à la stabilisation de la vie politique. Le maréchal Ayyūb khān est facilement réélu président de la République en janvier 1965, bien que les partis opposés à la Ligue musulmane, groupés en un Front uni, soutiennent Fāṭima Jinnah, sœur d’‘Alī Jinnah.

Mais le problème du Cachemire reste une source de tensions entre l’Inde et le Pākistān : le cheikh Abdullah se fait accepter comme chef par les tribus musulmanes fanatisées de l’Āzād Kāśmīr. Le 5 août 1965, un incident grave oppose Pakistanais et Indiens. Les maquisards de l’Āzād Kāśmīr harcellent les troupes indiennes, qui le 24 août 1965 franchissent la ligne de cessez-le-feu de 1949. La guerre s’amplifie et s’internationalise : la Chine soutient la position du Pākistān, alors que l’Inde reçoit l’appui de l’U. R. S. S. Un cessez-le-feu intervient le 22 septembre 1965, et, le 10 janvier 1966, Lai Bahādur Shastri, Premier ministre indien, et Ayyūb khān signent à Tachkent (U. R. S. S.) une déclaration consacrant la normalisation entre les deux pays. Mais le problème du Cachemire subsiste.


Le problème du Bengale oriental et la naissance du Bangladesh

Le conflit indo-pakistanais de 1965 contribue à renforcer l’impression d’isolement des populations du Bengale, bien que la Constitution de 1962 et le troisième plan quinquennal (1965-1970) favorisent le développement de cette région. Après l’arrestation du Suhrawardi (1966), cheikh Mujibur Rahman, le nouveau leader de la ligue Awami, réclame l’autonomie régionale du Pākistān oriental. Le maréchal Ayyūb khān, incapable de contenir le mécontentement général, alors que l’opposition s’organise, démissionne (25 mars 1969) et remet ses pouvoirs au général Yaḥyā khān, commandant en chef de l’armée. Celui-ci abroge la Constitution, qui doit être remplacée par une nouvelle Constitution de type fédéral élaborée par une assemblée élue au suffrage universel. Aux élections générales de décembre 1970, la ligue Awami remporte une nette victoire (167 des 313 sièges de l’Assemblée nationale). Le 13 novembre, un violent cyclone avait détruit l’infrastructure économique du Bengale oriental : la lenteur des secours organisés par le Pākistān occidental avait fixé le mécontentement des Bengalis, décidés à accepter les thèses autonomistes de Mujibur Rahman. Celui-ci, fort de l’appui de la population bengalie, refuse (janv. 1971) de participer à l’élaboration d’une Constitution qui négligerait son programme en six points (Six Points Formula) de 1965. Yaḥyā khān rétablit la loi martiale le 1er mars 1971. Un mouvement de désobéissance civique qui provoque à Dacca une sévère répression contre les Bengalis (25 mars) et qui est bientôt suivi de l’arrestation de Mujibur Rahman et de la mise hors-la-loi de la ligue Awami (26 mars) consacre la faillite de la politique de redressement du général Yaḥyā khān. Le 26 mars, une radio clandestine proclame l’indépendance du Bangladesh (le « pays du Bengale ») ; le 12 avril, Sayed Nazrul Islam et Tajuddin Ahmed forment en territoire indien un gouvernement provisoire bengali ; le 17 avril, la République populaire du Bangladesh est proclamée depuis un village indien. Mais la résistance s’effondre dès la fin d’avril. Au cours des semaines suivantes, plusieurs millions de réfugiés fuient la sévère répression de l’armée pakistanaise et s’installent en Inde dans la région de Calcutta.