Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pākistān (suite)

En bordure des chaînes himalayennes s’étend la zone des piémonts, dans laquelle dominent des débris grossiers néogènes, arrachés à l’Himālaya. Elle est surtout constituée de plateaux couverts de dépôts de lœss, fortement disséqués par les cours d’eau, comme le plateau de Potwar ; mais, localement, la topographie se creuse en bassins, où les cours d’eau permettent l’irrigation. Au sud d’un dernier contrefort himalayen, la Salt Range, qui culmine vers 1 500 m, les dépôts alluviaux prennent une grande extension dans la plaine du Pendjab, dont la partie occidentale est pakistanaise. Entre les cours d’eau, ils forment des plateaux élevés et secs, les doāb ; mais à ces régions hautes s’opposent les vallées, profondes et larges, humides, tapissées d’alluvions récentes (vallées de la Satlej [Sutlej], de la Rāvī, de la Chenāb, de la Jhelam). Enfin, plus au sud, on passe à un autre paysage, celui de la province du Sind (ou Sindh), où les doāb disparaissent : on ne voit partout qu’une étendue basse, humide, formée d’alluvions récentes. On peut, cependant, y distinguer l’ancienne plaine d’inondation, légèrement surélevée, et l’actuelle plaine d’inondation, menacée par les débordements de l’Indus. Appuyée à l’ouest à la bordure des chaînes iraniennes, la plaine du Sind confine à l’est à la surface d’érosion du désert de Thar, formée de roches sédimentaires variées. Le delta de l’Indus se prolonge à l’est dans les étendues marécageuses du Rann de Kutch.

Le climat se distingue de celui de l’Inde du Nord par les particularités suivantes : les effets de la mousson y sont très atténués, et les pluies d’été sont très faibles ; les pluies d’hiver et de printemps, de type méditerranéen, sont peu importantes. Le climat est alors celui d’un désert ou d’un semi-désert, tropical ou subtropical. La moyenne pluviométrique annuelle atteint 480 mm à Lahore, 192 mm à Karāchi, 176 mm à Multān et à Hyderābād. Aussi, le paysage des plateaux est-il généralement semblable à la végétation semi-désertique du Thar ; il ne cède la place aux étendues verdoyantes que dans les plaines d’inondation et les oasis irriguées.

Les régions de l’Himālaya comprennent la partie la plus occidentale de cette chaîne, où se trouve le deuxième sommet mondial, le K2 (8 610 m), et, au nord de la profonde trouée de l’Indus, une partie de la puissante chaîne du Karakorum. Le Pākistān englobe des, portions importantes de l’ancien État princier de Jammu-et-Cachemire : outre la région qui domine immédiatement la plaine du Pendjab (notamment la basse vallée du Punch), ces territoires comprennent surtout des régions transhimalayennes (Gilgit, Skardū) appartenant au bassin supérieur de l’Indus.

Ces régions se distinguent par le contraste frappant entre les massifs montagneux les plus élevés de la Terre et un réseau hydrographique profondément enfoncé. De là le contraste climatique entre de hautes régions désolées, où s’étendent de vastes glaciers, et des vallées chaudes et désertiques. Le Baltistān (vallées de l’Indus, de la Shigar) a un climat tempéré ; Skardū, à 2 240 m d’altitude, ne reçoit que 157 mm de précipitations. Le Dārdistān, aux vallées encore plus encaissées (vallées de l’Indus, de l’Astor, de la Gilgit) a un climat subtropical ; Gilgit, à 1 440 m d’altitude, reçoit 129 mm de précipitations. En revanche, les montagnes situées au sud de la Grande Chaîne ont un climat plus typiquement indien, affecté par la mousson ; la station de Murree (Marrī), située sur des crêtes, à 2 124 m, reçoit 1 484 mm de précipitations, dont 635 mm en juillet-août. Les vallées sont beaucoup plus sèches. Caractérisées par des torrents à fortes crues d’été, elles permettent le développement de nombreuses oasis.

Les régions de la bordure iranienne sont constituées par plusieurs chaînes parallèles, de hauteur moyenne, qui se rattachent au système orogénique himalayen, mais présentent une structure plus simple. Ce sont les Safed Koh (Safid Kūh), ou Montagnes Blanches (d’une altitude moyenne de 3 600 m), et les chaînes plus basses de Sulaymān et de Kīrthar. Ces dernières s’appuient à l’ouest sur le large plateau du Baloutchistan (d’une altitude d’environ 300 m). À la différence des chaînes himalayennes, la topographie de la bordure iranienne ne constitue jamais un obstacle. Outre le célèbre col de Khaybar (Khāibar), qui relie Peshāwar à Kaboul, les passages sont nombreux : il y a toujours eu des relations étroites entre ces régions et l’Iran. Le climat est désertique (précipitations généralement inférieures à 125 mm par an), avec des étés brûlants, des hivers froids et un régime de pluies méditerranéen (maximum d’hiver). L’hydrologie est complètement différente de celle de l’Himālaya : les cours d’eau ont leurs crues en hiver et leur étiage en été, ce qui conditionne la vie des oasis.


Le peuplement et la civilisation

La population est de race blanche ; les flux migratoires, depuis l’époque préhistorique, entre l’Asie occidentale et l’Inde ont eu pour conséquence un apparentement certain des populations de l’Inde du Nord-Ouest avec celles de l’Orient iranien ou sémitique. Il a subsisté cependant une diversité linguistique et culturelle qui peut mettre en question l’unité du Pākistān. Celle-ci repose essentiellement sur la religion : à part l’îlot chī‘ite du Baltistān et le minuscule groupe ismaïlien de Hunza, les Pakistanais sont, en effet, des musulmans sunnites. Mais cette unité est le fait de la population des plaines, qui représentent l’écrasante majorité (plus de 94 p. 100). Parlant différents dialectes régionaux, surtout le panjābī et le sindhī, qui appartiennent à la famille indo-aryenne, cette population accepte comme langue commune et officielle l’urdū, langue d’écriture arabe constituée vers la fin du Moyen Âge par la pénétration de vocables persans et arabes dans le hindī, donc langue de fusion, moyen de communication entre les conquérants musulmans et les hindous, et qui est devenue de nos jours la langue culturelle des musulmans de l’Inde. Sa position au Pākistān a été renforcée en 1947 par d’énormes transferts de population : fuite des éléments hindous vers l’Inde et immigration de musulmans réfugiés de l’Inde. Ces immigrés, qui furent évalués à plus de 6 millions de personnes, apportèrent au Pākistān leurs propres cultures, leurs langues maternelles. Il en résulte que l’urdū, quoique très minoritaire comme parler naturel, est la langue de relation la plus importante. Cependant, son usage officiel n’a pas fait disparaître celui de l’anglais, qui reste largement utilisé dans l’administration, dans l’enseignement supérieur et dans les milieux cultivés.