Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
P

Pacifique (océan) (suite)

Toutes ces mers, soumises à la très forte impulsion des vents d’ouest, reçoivent des pluies abondantes, surtout en bordure de l’Alaska, du Canada et du Chili méridional, qui ont des précipitations annuelles supérieures à 2 m. Étant donné que l’évaporation est peu sensible, comme dans toutes les mers en bordure des régions froides, la salinité est nettement inférieure à la moyenne, notamment près des côtes de l’hémisphère Nord, où elle tombe à 31-32 p. 1 000. L’amplitude thermique est partout forte et atteint en bordure de l’Asie des valeurs connues nulle part ailleurs (25 °C devant la Corée et la Mandchourie). Agitées par les tempêtes, fréquentées par les glaces en hiver, hantées par les brouillards en été, ces mers sont à juste titre considérées comme particulièrement inhospitalières.

Le mouvement général des eaux, imposé par l’impulsion des vents d’ouest et la répartition des densités (v. courants océaniques), porte vers l’est de part et d’autre des fronts hydrologiques polaires (bien soulignés par le resserrement des isohalines et des isothermes), sous lesquels viennent plonger les eaux froides. Le schéma courantologique de la partie australe est simple, puisqu’il adopte la forme d’un grand mouvement circumpolaire peu sensible aux variations saisonnières, qui ne peuvent affecter la remarquable fixité du front antarctique. La circulation dans l’hémisphère Nord est plus complexe : les eaux prolongeant le Kuroshio (c’est l’Extension du Kuroshio des océanographes nippons) perdent graduellement leurs caractères originaux et sont reprises par la grande dérive nord-pacifique qui les porte jusqu’en Amérique, où elles tournent sur la gauche pour donner naissance au courant d’Alaska, prolongé par le courant des Aléoutiennes, dont se détache une branche qui parcourt la partie orientale de la mer de Béring avant de pénétrer dans l’océan Arctique*. La dérive nord-pacifique est bordée vers le nord par le front polaire, vers lequel descendent les eaux froides formées dans les mers marginales de l’Asie ; le plus important de ces courants froids est l’Oyashio (venu de la mer d’Okhotsk), dont le débit fluctue en fonction des refroidissements survenus en bordure de la Sibérie orientale. Les océanographes japonais ont montré comment ces variations pouvaient se répercuter dans le débit de l’eau intermédiaire (qui vient se glisser sous le Kuroshio) et dans la formation des sinuosités qui affectent le front polaire à l’est de Honshū et de Hokkaidō. À l’ouest de Kyūshū, plusieurs branches se détachent du Kuroshio : l’une pénètre le long des rivages orientaux de la mer Jaune, dont elle ressort par l’ouest sensiblement refroidie et dessalée ; l’autre branche (ou courant de Tsushima) s’engage en mer du Japon, où elle arrive en contact (le long d’un front fortement marqué en hiver) avec les eaux froides qui ont franchi le détroit de Tartarie, puis s’en échappe par les détroits de Tsugaru et de La Pérouse.

Ces eaux tempérées sont le siège de très actifs mouvements de convection assurés par : les mélanges qui s’effectuent tout au long du front polaire ; les brassages suscités par les courants de marée, particulièrement efficaces au fond des golfes ; les remontées d’eau froide en bordure des promontoires et des archipels, où on les observe principalement de mars à juillet dans l’hémisphère Nord. Les autochtones (comme les Aléoutes) se livrent à la chasse et à la pêche traditionnelles. Mais ces mers poissonneuses ont connu un développement spectaculaire de la pêche grâce aux Japonais (depuis le début du siècle), affectés par l’appauvrissement relatif des eaux proches de Honshū et de Hokkaidō, surtout de la mer du Japon. Cette expansion nordique des pêcheries se réalisa en même temps que la colonisation des rivages du nord de l’archipel nippon, où s’édifièrent des ports remarquablement équipés pour la pêche industrielle, comme Hachinohe, Ishinomaki, Kesennuma et Shiogama à Honshū, Kushiro et Wakkanai à Hokkaidō. À la pêche locale qui prospère à l’est de Honshū (palangriers, chalutiers) est venue s’adjoindre la grande pêche lointaine : baleine et saumon dans tout le Pacifique Nord, grand chalutage dans les mers d’Okhotsk et de Béring, à l’aide de navires-usines. Face à un dynamisme parfois doublé d’un incontestable impérialisme (et les revendications territoriales des Japonais sur les archipels nordiques perdus à l’issue de la Seconde Guerre mondiale n’y sont pas totalement étrangères), les Soviétiques furent les premiers à réagir efficacement en utilisant des méthodes comparables. Venues des très nombreux kolkhozes de pêche, d’importantes flottilles se livrent à la chasse de la baleine, à la pêche des hareng, saumon, morue, crustacés en mer d’Okhotsk, et surtout au chalutage sur la plate-forme de la mer de Béring. Usines et bases de ravitaillement ont été construites sur le continent (surtout Magadan, Aïan et Nikolaïevsk-na-Amoure), au Kamtchatka (Petropavlovsk-Kamtchatski) et à Sakhaline (Aleksandrovsk-Sakhalinski, Korsakov). Les États-Unis et le Canada semblent plus mal placés pour résister à de telles concurrences, car leurs méthodes restent encore très artisanales. La crise des pêches traditionnelles implantées par les premiers pionniers (saumon devant l’Alaska, station baleinière de Hood Bay [Killisnoo]), née des migrations exceptionnelles, de la surpêche et des bouleversements du marché survenus après la guerre, n’est pas partout surmontée, et les pêches nouvellement lancées (flétan, hareng, acclimatation du fameux « King Crab ») ne viennent encore que très partiellement combler les pertes subies. Le gouvernement des États-Unis fait de grands efforts (tant au point de vue du financement que de la formation) pour aider les collectivités de pêcheurs de l’Alaska, qui constituent l’élément le plus stable du peuplement de l’État.

La fin de la Seconde Guerre mondiale et surtout la guerre de Corée ont révélé l’extraordinaire position stratégique de ces mers et des pointillés d’îles susceptibles de servir de points d’appui à des opérations aéro-navales de grande envergure. Ce rôle leur fut confirmé par les acquisitions faites en 1945 (le drapeau soviétique flotte à présent sur Sakhaline et l’archipel des Kouriles) et les âpres revendications présentées par les Japonais. Depuis 1945, les États-Unis ont profité de la disparition de la flotte japonaise pour équiper les fjords de l’Alaska (Sitka, Kodiak), les Aléoutiennes (Unalaska, Dutch Harbor) et les Pribilof (Saint-Paul) de bases navales et aériennes doublées de stations de surveillance météorologique et spatiale. En réplique les Soviétiques ont fait de même à Magadan, Petropavlovsk-Kamtchatski et surtout aux îles Diomède (qui gardent le détroit de Béring) et Kouriles.

J.-R. V.