Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pacifique (océan) (suite)

Au travers de ces archipels, où se déroulèrent les plus dramatiques combats de la guerre du Pacifique (Amboine, Batan, Corregidor, Guadalcanal, Salomon...), se sont frayées de nombreuses routes commerciales (d’abord ouvertes par les Arabes, puis régulièrement suivies par les Européens) jalonnées de comptoirs coloniaux aux destins aussi prospères (Hongkong) qu’étranges (Macao). Elles sont actuellement fréquentées par les superpétroliers venus du golfe Persique (v. Indien [océan]) pour ravitailler le Japon. Depuis que ceux qui jaugent plus de 200 000 t doivent, pour éviter le détroit de Malacca, trop peu profond, faire le détour coûteux par le détroit de Lombok (à l’est de Bali), le détroit de Macassar, puis le large de l’archipel des Philippines, a été conçu le projet de creuser un canal dans l’isthme de Kra (Thaïlande).

À la sortie des détroits de Malacca et de Karimata sont exploités devant les îles de Singkep, de Bangka et de Belitung les premiers gisements sous-marins de cassitérite au moyen de volumineuses dragues à godets.


La région équatoriale

Zone étroite (moins de 1 000 km), tout entière dans notre hémisphère, qui, depuis le sud-est de Mindanao (Philippines), par les îles Carolines, Marshall, Christmas, jusqu’au golfe de Panamá, s’étire sur une distance d’environ 15 000 km. Tout au long de cette immense traversée s’effectue la jonction des alizés affrontés le long de la zone de convergence intertropicale. Entre eux s’interposent parfois des cellules de basses pressions où soufflent des vents faibles et inconstants et où l’atmosphère, privée du souffle rafraîchissant des alizés, est une véritable fournaise saturée d’humidité. Les pluies sont partout abondantes et dépassent 2,50 m ; régulières et quotidiennes, elles forment un impalpable voile d’humidité qui obscurcit l’atmosphère. Les pluies abondantes, l’évaporation faible et, localement, comme dans le golfe de Panamá et devant le Chocó de Colombie, un apport appréciable du ruissellement continental conjuguent leurs effets pour provoquer un adoucissement sensible des eaux de surface, particulièrement en été : toute la région comprise entre l’îlot Clipperton et la côte américaine a alors une salinité inférieure à 33 p. 1 000.

Toute cette eau chaude et dessalée est entraînée vers l’est par le grand courant équatorial qui ramène vers l’Amérique une partie de celle qui est véhiculée par les courants nord- et sud-équatoriaux. Ce contre-courant lent, encadré par deux divergences, sert de lien entre les archipels de l’ouest, où il chemine entre de très nombreuses plates-formes coralliennes. Puis c’est en navigateur solitaire qu’il traverse les 8 000 km qui le séparent du golfe de Panamá, où il se partage en deux branches, connues sous les noms de courant du Nicaragua (vers le nord) et de Corriente del Niño (vers le sud). Pendant l’été (boréal), alimenté par le retour conjoint des courants nord- et sud-équatoriaux, il est abondant, régulier et rectiligne. En hiver, seulement grossi par les eaux boréales, il faiblit et devient sinueux. Son débit moyen annuel est estimé à 25 millions de mètres cubes par seconde. Sa fonction compensatrice est doublée en profondeur (entre 100 et 200 m) par un sous-courant découvert en 1951 et connu sous le nom de courant de Cromwell : il est beaucoup plus rapide (150 cm/s), plus abondant (environ 40 millions de mètres cubes par seconde) et s’écoule vers l’est sous la divergence sud-équatoriale. Récemment, on a découvert qu’il comportait deux autres veines immergées à plus grandes profondeurs de part et d’autre d’un courant portant vers l’ouest et appelé courant équatorial intermédiaire. Les sels nutritifs remontés dans l’axe des divergences se rassemblent dans toute la zone équatoriale, qui révèle de bonnes prédispositions pour un actif développement planctonique. Tous les archipels mentionnés vivent de la pêche traditionnelle. Ici, comme ailleurs, la grande pêche est apparue avec les Japonais, qu’une ardente concurrence oppose aux pêcheurs américains, notamment au large de l’Amérique centrale.


Le Pacifique tempéré


La région subtropicale

Elle forme deux domaines de transition axés sur les 30es parallèles, position moyenne autour de laquelle oscillent en latitude des hautes pressions subtropicales. En été, leurs bordures équatoriales couvrent ces régions, qui sont baignées par le souffle de l’alizé. En hiver, les vents d’ouest qui soufflent sur les marges polaires des anticyclones deviennent prépondérants. Le régime de transition entre les zones tropicales et tempérées s’exprime dans l’amplitude plus marquée des températures (influence polaire) aussi bien que dans l’élévation de la salinité (influence tropicale). Les eaux de surface sont ainsi ramenées, sous l’action conjointe des alizés et des vents d’ouest, vers le front hydrologique subtropical qui occupe la partie centrale d’une vaste rotation anticyclonique ; un modèle réduit de ce tourbillon existe en mer de Tasman. Un tel mouvement explique l’épaisseur de la couche chaude ainsi que sa pauvreté, exprimée dans la clarté des eaux. Ce n’est que sur les ceintures polaires et en bordure des continents (ou des arcs insulaires) que le brassage entretenu par les vents d’ouest suscite des remontées de sels nutritifs. Aussi la pêche y est-elle peu importante. En raison de la rareté des îles (île de Pâques, Sala y Gómez, Juan Fernández, toutes trois possessions chiliennes, jadis placées sur la route des aventuriers et pirates venus par le détroit de Magellan ; pointillés d’îlots situés au nord-ouest des Hawaii), les routes commerciales sont peu fréquentées. Toute l’activité est concentrée en bordure des continents, peuplés de ports davantage tournés vers l’activité commerciale et industrielle que vers la pêche. Ce sont : les ports de Californie, notamment San Francisco, bien abrité dans sa baie ; du Chili, comme Valparaíso, San Antonio et Concepción ; Auckland, dans l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande ; Newcastle, Sydney et Melbourne en Australie. Toute cette dernière région bénéficie de l’arrivée des hydrocarbures puisés dans les gisements off shore du détroit de Bass découverts entre 1965 et 1967 et mis en exploitation depuis 1970. La production tourne aux alentours de 15 Mt annuelles (réserves estimées à 200 millions de tonnes).