Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pacifique (océan) (suite)

Sur ces mers poissonneuses, on rencontre en effet une extraordinaire concentration d’oiseaux de mer (environ 20 millions au Pérou). Ils se déplacent depuis les Galápagos aux îlots de San Félix et San Ambrosio au gré de l’intensité des remontées d’eau froide. Ces collectivités nichent sur les falaises inaccessibles et y abandonnent d’énormes quantités de déchets formant le guano, croûte exploitée comme engrais au Pérou par la Companhia Administradora del Guano (monopole de l’État péruvien). La fertilité des eaux est également mise à profit par les pêcheurs. Depuis 1880 s’est activement développée au large du Mexique la pêche du maquereau et de la sardine en hiver et du thon en été. San Diego et San Pedro sont devenus des ports très importants qui ont joué un rôle décisif dans la recherche de nouvelles pêcheries au large du Pérou et du Chili, où le développement a été spectaculaire au cours des dernières décennies. En ce secteur, les Californiens sont intervenus en équipant des ports et en créant de nombreuses usines de traitement au point que l’ancienne pêche traditionnelle du thon a été peu à peu remplacée par celle de l’anchoveta (anchois, Engraulis ringens), destinée non plus aux conserveries, mais au traitement industriel (huile et farine). De 23 000 t en 1938, les prises péruviennes sont passées à 2,2 Mt en 1959, puis à 12,6 Mt en 1970 (soit un peu moins du cinquième des pêches mondiales). Depuis, le rendement a légèrement décru. La disparition partielle de l’anchoveta est peut-être à mettre au compte d’un réchauffement partiel des eaux ou aux méfaits de la surpêche. Dès à présent, la pêche est fermée deux mois en été et deux mois en hiver. Les responsables essaient d’équilibrer l’exploitation de l’anchois et celle du guano. Le premier port de pêche est Chimbote (Pérou), dont les prises sont six fois plus importantes que toute la pêche française.


Les calmes tropicaux

Ils forment deux régions très étendues (environ les trois quarts du Pacifique tropical) dont la plus grande est située dans l’hémisphère austral. Placées sur les marges tropicales des deux masses anticycloniques de Californie et de l’île de Pâques, elles sont parcourues par les alizés, remarquables par leur constance et leur tiédeur. Le vent y souffle rarement en rafale, sauf devant le golfe de Tehuantepec, dont les fortes houles, ou « tehuantepecers », sont à juste titre redoutées des pêcheurs américains. Les cyclones sont peu fréquents, hormis au large du Mexique ; en Polynésie, ils ne se sont pas manifestés avec virulence depuis 1906. Certains y prennent naissance (notamment dans les parages des Fidji et des Samoa), mais pour aussitôt se combler puis mourir ou devenir virulents en migrant vers la marge australasiatique. L’air rendu humide par son long parcours océanique ne donne des pluies copieuses qu’aux abords des îles (Hawaii, Tuamotu, Samoa, Fidji, îles de la Société) dont les pitons volcaniques produisent turbulence et ascendance dans le flux de l’alizé. Toutes présentent la classique dissymétrie opposant des rivages au vent et humides (exemple : Hilo dans l’île d’Hawaii, avec 3 470 mm) aux rivages sous le vent et secs (Honolulu dans l’île d’Oahu ne reçoit que 556 mm par an). Le climat reste partout agréable en raison de la faiblesse de l’amplitude thermique annuelle (Honolulu, 3,9 °C ; Bora Bora, dans les îles de la Société, 2 °C), de la régularité rafraîchissante des brises de mer, qui viennent tempérer sensiblement la touffeur tropicale. Ce sont des climats salubres dont ont largement profité toutes les formes du tourisme, notamment aux Hawaii (longtemps appelées « Nice océanienne »), aux Fidji et en Polynésie française.

Les alizés agissent sur une eau chaude (aux alentours de 25 °C avec une oscillation annuelle de 1 à 2 °C) et épaisse, stable, où l’évaporation fait monter la salinité à 35,5 p. 1 000 et plus (36,5 au sud-est des îles Marquises). Les courants nord- et sud-équatoriaux matérialisent par leur tracé à composante occidentale le grand transfert thermique qui s’effectue à vitesse modérée entre les façades américaine et asiatique sur une distance de plus de 15 000 km. Leur mouvement d’ensemble, rendu légèrement tournant vers la droite ou la gauche sous l’influence de la force de Coriolis, est dévié lors de la traversée des seuils volcano-coralliens. Au large, la masse d’eau superficielle (au-dessus de la thermocline), non renouvelée par des remontées de matières nutritives fertilisantes, est biologiquement pauvre. Ce n’est qu’au voisinage des grands archipels que les divergences assurent un certain enrichissement de la couche d’eau chaude, comme dans toute la Mélanésie orientale et en Polynésie. En ce dernier secteur, qui a été peuplé à l’occasion de grandes migrations encore mal connues (voir l’odyssée du Kon Tiki en 1947), s’est développée une très habile civilisation de la mer. On y pratique une pêche peu scientifique certes (huîtres perlières dans les lagons, capture des poissons migrateurs à l’aide d’un matériel rudimentaire), mais dont l’efficacité et le rendement font merveille. Depuis une vingtaine d’années, les compagnies du Japon (plus ou moins associées avec celles de Taiwan), ont introduit la pêche industrielle des thonidés en utilisant la palangre dérivant au niveau des couches profondes plus riches. Pour faciliter les déplacements de leurs lourds palangriers thoniers, elles ont créé des bases de conserveries aux Hawaii, aux Samoa (Pagopago) et aux Fidji (Levuka dans l’île d’Ovalau). Tous ces archipels, dont certains ont vu leur population passer sans grande transition de l’âge de la cueillette à l’ère atomique (explosions comprises), sont définitivement sortis de leur isolement ancestral pour entrer dans la cohue de l’exploitation intensive (exemple : les phosphates de la Polynésie), des circuits touristiques et des liaisons maritimes et aériennes. Hawaii est devenu le grand carrefour du Pacifique septentrional. On espère beaucoup du développement de l’océanologie (pêche du thon, aquaculture dans les lagons, recherches des nodules de manganèse) dans les eaux françaises de la Polynésie (création du Centre océanologique du Pacifique, par le Centre national pour l’exploitation des océans [CNEXO]).