Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Pacifique (océan) (suite)

L’océan des pays neufs

En raison de la transparence de ses eaux peu troublées par les apports continentaux et de l’abondance en sels nutritifs (silicates et nitrates), le Pacifique connaît une productivité phytoplanctonique relativement élevée. Les vents et les courants (qui conditionnent la dispersion des espèces) sont responsables de la plus ou moins bonne répartition de cette richesse.

Les régions froides ont longtemps fait figure de zones privilégiées. Brassées par les houles et les courants violents, revitalisées par des remontées d’eaux profondes, occupées par des masses d’eau très différenciées tant en chaleur qu’en salinité (comme par exemple le long des fronts hydrologiques polaires), elles sont le siège d’un développement planctonique actif bien que saisonnier. Ce sont des régions très fréquentées par des espèces très recherchées par la pêche (anchois, hareng, saumon, sardine) ou la chasse (grands mammifères marins comme les baleines, les otaries, les phoques). Elles furent et restent encore dans une très large mesure les domaines où la pêche littorale et artisanale a très vite décliné pour faire place à la grande exploitation halieutique de type industriel telle que l’ont lancée les Japonais dans tout le Pacifique septentrional (depuis Hokkaidō jusqu’aux Aléoutiennes) et, plus récemment, les Californiens devant les côtes d’Amérique du Sud. La sensible baisse de rendement ressentie par certaines pêches (par exemple celle de la sardine) est peut-être due à des variations écologiques (comme la substitution de l’anchois à la sardine en de très nombreuses pêcheries) ou à des méfaits de la surpêche, déjà sensibles autour de l’archipel japonais et devant les côtes américaines.

On a souvent associé à l’image enchanteresse des mers tropicales (splendeur des récifs coralliens enfermant des lagons d’un bleu profond, plages ensoleillées et bordées par la luxuriance des cocoteraies) l’idée de pauvreté des eaux au point qu’elles furent longtemps considérées comme de véritables déserts biologiques seulement peuplés par des espèces endémiques ou qui ne présentaient d’intérêt que pour la consommation familiale des petites collectivités de pêcheurs. La stratification thermique stable est responsable de cette carence superficielle en sels nutritifs. Localement, la remontée, voire la disparition de la thermocline, s’accompagne d’une ascendance des produits fertilisants capables de créer de véritables îlots de fertilité dont ont profité les pêcheurs. Ce sont les océanographes japonais et américains qui ont mis en lumière la fertilité des eaux au niveau de la thermocline et la formation de ces « oasis ». C’est à leurs travaux que l’on doit l’essor des pêches tropicales dans le Pacifique et notamment celui de la pêche du thon dans toute la partie centrale.

L’exploitation de l’océan Pacifique a donc commencé il y a moins d’un siècle. Auparavant, il a joué le rôle d’une véritable frontière. Ses rivages virent naître des civilisations aussi profondément différentes que celles de la Chine, du Japon, de l’Indonésie dans toutes les mers bordières du Sud-Est asiatique, qui, en servant de voie privilégiée à la navigation, ont de très bonne heure rapproché les peuples et les coutumes. Sur l’autre façade se développèrent les multiples aspects des civilisations indiennes depuis les Esquimaux jusqu’aux Fuégiens. Entre les deux, tout l’espace maritime était occupé par des peuples maritimes (les Polynésiens), dont on discute toujours les origines et les migrations, mais dont on admire les extraordinaires aptitudes au voyage, à la navigation et à la pêche lointaines, qui témoignent de l’existence d’une civilisation de la mer ancestrale et originale.

Le bouleversement vint avec l’introduction des moyens de transport moderne, le renouveau des civilisations anciennes (Japon, Chine), l’essor des peuplements riverains (Asie soviétique, Australie, Nouvelle-Zélande, côtes de l’Amérique). Entre ces pays neufs se tissèrent des relations économiques, souvent de type colonial, matérialisées par le tracé et la multiplication des routes commerciales, maritimes et aériennes, et se développèrent des rivalités impérialistes qui révélèrent leur agressivité au cours de la Seconde Guerre mondiale. Espace vital pour les trois premières puissances économiques du monde actuel, l’océan Pacifique apparaît comme l’océan de l’avenir.


Les régions du Pacifique


Le Pacifique tropical


Les régions arides

Soufflant parallèlement aux côtes des Rocheuses et des Andes, les vents provoquent la formation de deux grands courants à composante équatoriale connus sous les noms de courants de Californie et du Pérou-Chili (ou de Humboldt). L’eau superficielle, au fur et à mesure de son échauffement, est étalée en éventail vers l’ouest et remplacée au voisinage de la côte par des remontées d’eau froide. Celle-ci entretient la stabilisation des couches inférieures de l’atmosphère, où les nuages sont rares et les vents faibles ou réguliers ; les pluies dépassent peu souvent 100 mm par an. Les poussières et les gouttelettes se concentrent au ras de l’eau et près des côtes sous forme de brumes persistantes qui réduisent sensiblement la visibilité et gênent la navigation côtière. Les eaux superficielles peu salées (de 33,5 à 35 p. 1 000 pour le courant de Humboldt) dérivent lentement (débit moyen de 10 millions de mètres cubes par seconde) : à quelques centaines de mètres de profondeur, l’entraînement par les vents cesse et l’on rencontre un sous-courant dirigé vers le sud au Pérou (c’est le courant de Gunther) ou le nord-ouest devant la Basse-Californie (c’est le courant de Davidson). Les mouvements sont affectés d’un très net rythme saisonnier. En hiver, lorsque les vents sont le plus fort, le mouvement est bien marqué avec un upwelling particulièrement fort devant le Pérou et de part et d’autre de la péninsule de Californie ; les remontées fertilisantes sont abondantes : c’est la saison de la fertilité maximale. En été, les vents et l’upwelling fléchissent, la salinité superficielle s’accroît de façon sensible et les eaux tropicales empiètent sur les bordures équatoriales du domaine ; au large de l’Équateur, le corriente del Niño (prolongement du contre-courant équatorial) recouvre les eaux froides, provoque des pluies abondantes et la raréfaction du plancton ; les poissons migrent ou meurent et leurs cadavres viennent encombrer la surface et les rivages en donnant naissance à un véritable enduit qui noircit les coques des navires ; c’est pour cette raison que le Niño est parfois appelé le « peintre du Callao ». À intervalles irréguliers (comme par exemple en 1957, 1965, 1967 et 1972 pour ne prendre que les manifestations les plus récentes), la progression des eaux chaudes aux dépens du courant de Humboldt atteint des proportions catastrophiques : le littoral du Pérou reçoit des pluies diluviennes (1 500 mm en 1925 au lieu de 35, moyenne annuelle), et les eaux connaissent une véritable hécatombe de poissons et des abondantes colonies d’oiseaux qui s’en nourrissent.