Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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Ovide (suite)

Simultanément, à partir de 3 apr. J.-C., Ovide s’appliqua, avec les Fastes (Fasti), à chanter suivant l’ordre du calendrier les fêtes religieuses et nationales de Rome. Il n’en écrivit que les six premiers livres, mais si l’œuvre offre un louable souci de documentation, sa valeur poétique est moindre : la curiosité amusée du poète pour des événements vénérables, son manque d’émotion vraie, voire sa désinvolture enlèvent toute force à l’évocation de ce passé légendaire. Et, en fait, le mérite d’Ovide est ailleurs : il réside dans les livres d’élégies des Tristes (Tristia) et des Pontiques (Epistulae ex Ponto), composés sur les bords inhospitaliers du Pont-Euxin (et auxquels il faut ajouter le poème de l’Ibis et un traité sur la pêche, les Halieutiques [Halieutica]). En novembre de l’an 8, en effet, Ovide fut banni par Auguste sous le prétexte de l’immoralité de l’Art d’aimer, plus vraisemblablement en raison de quelque mystérieuse intrigue de palais. C’est de Tomes qu’il envoya régulièrement à Rome ce journal d’un poète exilé, poignant document sur la vie d’un citoyen romain aux confins de l’Empire tout autant que plainte pathétique et directe d’un homme qui laisse parler son cœur. Ces cris jaillis d’une âme blessée, cette nostalgie du sol natal, ces confidences familières, tandis que s’écoulent des heures vides et lugubres sur cette terre barbare, présentent un caractère unique dans la littérature latine. Plus que par ses vers d’amour, finalement monotones en dépit de leur virtuosité, Ovide, au soir de sa vie, sut trouver les accents sincères et émouvants que fait naître la souffrance.

A. M.-B.

 G. Lafaye, les Métamorphoses d’Ovide et leurs modèles grecs (Alcan, 1904). / R. Cahen, le Rythme poétique dans les Métamorphoses d’Ovide (Geuthner, 1921). / E. Ripert, Ovide, poète de l’amour, des dieux, et de l’exil (A. Colin, 1922). / E. K. Rand, Ovid and his Influence (Londres, 1926). / F. Peeters, les « Fastes » d’Ovide. Histoire du texte (Van Campenhout, Bruxelles, 1939). / H. F. Frankel, Ovid, a Poet between Two Worlds (Berkeley, 1945 ; nouv. éd., 1969). / G. May, D’Ovide à Racine (P. U. F., 1949). / L. P. Wilkinson, Ovid recalled (Cambridge, 1955). / M. J. Herescu, Ovidiana, recherches sur Ovide (Les Belles Lettres, 1958). / S. Viarre, l’Image et la pensée dans les « Métamorphoses » d’Ovide (P. U. F., 1965 ; Ovide. Essai de lecture poétique (Les Belles Lettres, 1976). / B. Otis, Ovid as an Epic Poet (Cambridge, 1966). / J.-M. Frécaut, Esprit et humour chez Ovide (Presses universitaires de Grenoble, 1972).

Ovins ou Ovinés

Sous-famille des Bovidés* comprenant les Moutons et les Mouflons.



L’importance du cheptel ovin

Les grandes différences raciales que l’on observe chez le Mouton domestique (Ovis aries) confèrent à cette espèce de remarquables capacités d’adaptation qui font qu’on la retrouve sous à peu près tous les climats, à l’exception des zones chaudes et humides. Le Mouton revêt en particulier une grande importance dans les zones sèches et chaudes où les très faibles disponibilités fourragères limitent l’élevage des Bovins : il s’agit, dans ce cas, soit de zones depuis longtemps utilisées par le Mouton (du Tibet au Sahara en passant par tout le Moyen-Orient), soit de zones colonisées récemment (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud). Par ailleurs, le Mouton est aussi très abondant dans certaines zones tempérées à production fourragère intensive (Grande-Bretagne, Pays-Bas, France, etc.) où la généralisation des méthodes prophylactiques a permis de contrôler les affections parasitaires auxquelles cette espèce est très sensible.

L’effectif du cheptel mondial, en faible progression, est légèrement supérieur à un milliard de têtes. Toutefois, ce patrimoine est très diversement réparti selon les pays, et l’on doit noter la place toute particulière occupée par la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

La conséquence de cette situation est que la production de viande ovine (env. 5 millions de tonnes à l’échelle mondiale) est, elle aussi, très variable selon les zones et les pays. Une fraction assez importante (environ 15 p. 100) de cette production est commercialisée sur le marché mondial. Toutefois, ces échanges mondiaux de viande de Mouton ne concernent qu’un nombre restreint de pays exportateurs et importateurs : il y a un très gros exportateur, la Nouvelle-Zélande, et un très gros importateur, la Grande-Bretagne. Derrière ces deux leaders, on trouve :
— chez les exportateurs, l’Australie, puis la Syrie, l’Argentine, la Bulgarie, la Somalie, les Pays-Bas, l’Irlande et la République populaire de Mongolie ;
— chez les importateurs, le Japon, puis la France, la Grèce et les États-Unis.

En France, le cheptel ovin a considérablement régressé depuis un siècle (33 millions de têtes en 1850, à peine 8 millions en 1950), mais on enregistre une nette reprise depuis le milieu du xxe s., puisque cet effectif est aujourd’hui remonté à 10 300 000 têtes. L’importante chute des effectifs enregistrée par la France — et aussi par l’ensemble des « vieux pays » — est consécutive à l’évolution profonde qui, au cours des dernières décennies, a provoqué une très nette régression des anciens terrains de parcours : perfectionnement des méthodes de culture, développement des plantes industrielles, utilisation d’engrais, emploi de plus en plus généralisé du tracteur... Par ailleurs, le préjugé favorable dont jouit l’élevage du gros bétail a fait que, pour répondre aux besoins croissants en viande et en lait, les éleveurs se sont naturellement tournés vers la production bovine, qui apparaît comme moins spécialisée. La reprise enregistrée depuis vingt-cinq ans s’explique, quant à elle, par le fait que l’élevage ovin permet une activité agricole dans de nombreuses zones difficiles où il n’est guère remplaçable ; dans beaucoup de ces régions, d’ailleurs, le Mouton constitue une nécessité agronomique, car, sans lui, l’équilibre agro-sylvo-pastoral n’existe plus, ce qui remet en cause le peuplement humain. Par ailleurs, si le Mouton s’adapte bien aux zones difficiles, il représente également une spéculation d’avenir dans les zones riches, où son élevage, mené intensivement, permet de produire à l’hectare un tonnage élevé de viande précoce de qualité et d’obtenir une rapide rotation des capitaux investis.