Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

architecture (suite)

• Pays germaniques. L’architecture médiévale subsiste ; à la Renaissance n’appartient qu’un décor plaqué. D’autre part, la nature du matériau est négligée ; pierre, bois ou métal sont traités de la même façon. Le comble gothique très élevé reste en faveur ; il est parfois accolé d’ordres, de niches, de pilastres ; plus tard, il sera flanqué d’obélisques ; les façades reçoivent des loggias, des échauguettes, etc. ; toute une efflorescence pittoresque recouvre la structure. À la fin du xvie s., l’influence de Palladio provoque une courte réaction « classicisante », mais on peut dire qu’en Allemagne il y a un passage presque sans transition du gothique flamboyant au baroque.

• Grande-Bretagne. Le nouveau goût n’intervient que tard et d’abord sous forme d’éléments appliqués aux édifices « Tudor ». La symétrie et les ordres apparaissent vers 1550. En fait, la Renaissance anglaise apparaît comme une période de transition, qui se continuera sans hiatus dans le « néo-palladianisme ».


Baroque et classicisme

Ils représentent la double descendance de la Renaissance.


Le baroque*

L’espace intérieur tend à une plus grande plasticité ; dans les façades, une composition décorative se superpose à une composition géométrique. L’architecture baroque fait appel, comme la peinture ou la sculpture de son temps, aux sentiments. Elle y parvient en empruntant ses procédés au théâtre : disposition des éclairages dans les églises, développement des escaliers dans les palais, dispositions urbaines tendant à faire converger l’intérêt en un point, recherche des oppositions de lumière, de couleur et de formes dans le décor. L’esprit baroque peut se définir comme une liberté de modification de formes, à l’origine classiques, de façon à les rendre capables d’une expression émotive (rupture de lignes, redoublement des supports, etc.). La sculpture décorative (souvent en stuc ou en plâtre), la rocaille*, les effets de trompe-l’œil, sculptés ou peints, se développeront de plus en plus.

En Italie, l’architecture baroque, d’abord assez austère avec Carlo Maderno (1556-1629) [nef et façade de Saint-Pierre de Rome], devient plus exubérante avec le Bernin* (colonnade et décor intérieur de Saint-Pierre) et surtout Borromini*. Pierre de Cortone* est plus classique. À Turin*, Guarino Guarini* surpasse en effets théâtraux et en complexité son maître Borromini. À partir de 1700, une évolution apparaît un peu partout : à Turin, avec la Superga de Filippo Juvara (1678-1736) ; à Rome, où la façade de Saint-Jean de Latran, d’Alessandro Galilei (1691-1736), est classicisante, alors que celle de Sainte-Marie Majeure, de Ferdinando Fuga (1699-1781) tend au rococo. La construction civile reprend : Niccolo Salvi (1697-1751) allie un palais à une fontaine (fontaine de Trevi). Un baroque lourd subsiste dans le Sud (Lecce, Syracuse).

L’architecture baroque d’Europe centrale succède souvent presque directement au gothique. Dans les pays de l’Allemagne, les Italiens seront d’abord les maîtres d’œuvre ; les architectes autochtones leur succéderont au début du xviiie s. Les édifices les plus notables sont de Johann Balthasar Neumann* : entre autres le château de Würzburg et l’église de Vierzehnheiligen, dont le voûtement complexe s’allie à la rocaille.

En Autriche, l’inspiration est italienne, mais les maîtres d’œuvre sont très tôt autrichiens. Dans les nombreux palais de Vienne*, sur des façades souvent très sobres, les portails, les encadrements des baies, les couronnements sont baroques ; les vastes escaliers constituent le morceau de bravoure des architectes. Le décor n’est pas sans surcharge, mais une constante grandeur dans le parti donne un caractère attachant aux nombreux édifices civils dus à Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656-1723) ou à Johann Lukas von Hildebrandt (1668-1745). L’influence italienne est sensible à Salzbourg* dans les églises de Fischer von Erlach. À Melk, l’abbatiale de Jakob Prandtauer (1660-1726) possède un décor baroque sur une façade de structure gothique, comportant deux tours.

En France, le baroque est en conflit avec le classicisme. Ce sont surtout les églises dites « jésuites » qui le représentent ; or, il s’en construit beaucoup, de la chapelle à la cathédrale, mais avec un parti baroque plus ou moins accusé. C’est ainsi que l’on a des plans à nef unique (Paris : les Carmes, Saint-Paul-Saint-Louis ; Bordeaux : Saint-Bruno ; Avignon : chapelle des Jésuites, etc.), des plans centrés avec dôme (Paris : le temple Sainte-Marie de Mansart*, le collège des Quatre-Nations de Le Vau*, le dôme des Invalides d’Hardouin-Mansart*), des plans médiévaux traditionnels (Paris : Saint-Roch, Saint-Sulpice ; les cathédrales de Nancy, d’Arras et de Versailles). Les façades de tradition médiévale possèdent souvent des tours (Paris : Saint-Sulpice ; Langres : Saint-Mammès) ; les façades de tradition « Renaissance » superposent les ordres sur trois niveaux (Paris : Saint-Gervais) ; la façade « romaine » est à deux niveaux (Sorbonne, Val-de-Grâce).

En fait, les architectes français, souvent ingénieurs en même temps, sont rebelles au baroque ; l’échec du Bernin à la colonnade du Louvre en est la preuve, et c’est dans le Midi que l’architecture civile se teintera de baroque (Aix-en-Provence*).


Le classicisme*

On peut dire qu’en Italie Bramante et Raphaël étaient déjà des classiques.

En France, l’architecture originale élaborée d’après la leçon italienne s’appuie sur les grands traités théoriques (Vitruve, Alberti, Vignole, Serlio), auxquels viendront s’ajouter les Cours d’architecture de Nicolas François Blondel (v. 1618-1686), puis de Jacques François Blondel (1705-1774). Dans une première phase, il s’agit d’une forme classicisante avec encore des éléments de la période précédente ; cette « architecture austère » (1585-1650) se caractérise par l’aveu des matériaux et souvent l’association brique-pierre, l’emploi de bossages ou de refends (surtout au rez-de-chaussée), l’importance de la toiture, une évolution vers la régularité des plans et de l’ordonnance des façades. À cette période appartiennent notamment le palais du Luxembourg, commencé par Salomon de Brosse (v. 1571-1626), le pavillon de l’Horloge du Louvre, de Jacques Lemercier (v. 1585-1654), les châteaux de Vizille, de Cadillac, de Balleroy, etc.