Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
A

architecture (suite)

Dans la seconde moitié du xve s., les formes vont se combiner à partir des éléments nouveaux, et l’architecture civile prendra peu à peu la primauté sur l’architecture religieuse. Trois exemples illustrent cette période : à Santa Maria delle Carceri (Prato), Giuliano da Sangallo (v. 1445-1516) reprend le plan en croix grecque (peut-être parce que celui-ci reçoit mieux une coupole) ; à la villa de Poggio, à Caiano, le même architecte plaque sur le mur une façade de temple antique ; à Rome*, le palais de la Chancellerie est le prototype des palais italiens de la Renaissance (cour entourée de bâtiments sur quatre côtés ; deux étages de portiques ; ordres superposés). À la même époque, Venise* et Milan* restent dans une large mesure des citadelles de l’esprit gothique.

Au xvie s., un équilibre se réalise au moment où la primauté passe de Florence à Rome. La Renaissance est à son apogée avec Bramante*, Raphaël* et Michel-Ange*. La renommée de Bramante commencera avec le Tempietto de San Pietro in Montorio, sèche copie archéologique qui lui vaudra pourtant d’être chargé des travaux de Saint-Pierre ; Bramante prévoit un plan en croix grecque avec coupole, dont l’adoption eut une influence considérable ; Michel-Ange reprit ce plan, après que Raphaël l’eut abandonné. Chargé de l’aménagement des thermes de Dioclétien (Santa Maria degli Angeli), il donna le modèle d’un grand espace couvert sans piliers. Raphaël édifia la villa Madame, prototype des maisons de plaisance suburbaines.

Vignole fut non seulement un praticien, mais aussi un grand théoricien, dont le traité fut largement utilisé au xviie s. L’église du Gesù, à Rome, devint le modèle de l’église classique : plan à nef unique avec des chapelles ménagées entre les contreforts, transept large et peu profond, chœur à travée droite et abside semi-circulaire ; les voûtes sont en berceau ; une coupole couvre la croisée, et de petites coupoles les chapelles ; l’adossement de l’autel sur un mur de fond est une innovation. La façade, construite postérieurement par Giacomo della Porta (v. 1540-1602), créa le type qui se répandra cinquante ans durant en Europe et en Amérique espagnole : le rez-de-chaussée est plus large que l’étage, et des volutes amortissent le décrochement ; cette façade pyramidante, fort éloignée de la façade harmonique gothique, est souvent dite « jésuite » ; l’architecture baroque en fera un ample usage.

La Vénétie sera au xvie s. un foyer important d’architecture. Sansovino*, à la Libreria Vecchia, adopte un parti qui connaîtra une grande fortune, les statues sur les balustrades (surhaussement optique), et crée la fenêtre à trois baies, que Palladio développera.

Palladio est le dernier grand maître de la Renaissance, tant par ses constructions que par son traité. Il aura une importante influence sur l’académisme anglais et le néo-classicisme. Son mérite fut de restituer à la colonne sa fonction portante ; son tort fut souvent de camoufler ses matériaux (colonnes en briques recouvertes de stuc à la villa Rotonda). Sa basilique de Vicence comporte la fameuse baie où l’arcade médiane est flanquée de deux ouvertures rectangulaires à linteau limité par le piédroit et une colonne, forme qui fut reprise au xixe s., notamment par Charles Carnier à l’Opéra de Paris. Certains auteurs classent Palladio dans la « post-Renaissance » ou le maniérisme*.


Diffusion de la Renaissance

À la copie du répertoire de formes et de modèles du nouveau goût italien se substitua assez vite, dans les autres pays, une interprétation souvent originale.

• France. La tradition reste forte, surtout dans l’architecture religieuse. Si l’architecture civile passe pour avoir été plus sensible, c’est que l’on s’attache aux châteaux* ou aux hôtels, mais le logis rural et la maison en pans de bois des villes ne changent guère. L’implantation de la Renaissance se fait en plusieurs phases. C’est d’abord une véritable importation : on associe le nom de Domenico da Cortona, dit le Boccador († v. 1549), à la réfection du château de Blois* (aile François-Ier) et à la construction de Chambord* (dont le plan au sol est pourtant celui d’un château fort), le nom de Girolamo della Robbia (1488-1566) au château « de Madrid » (construit de 1528 à 1570 environ, près de Paris, détruit), celui de Sebastiano Serlio* au château de Fontainebleau* (cour ovale). Les architectes français interviennent à partir de 1530. L’influence de Vitruve, d’abord résumé ou commenté, puis intégralement traduit (Jean Martin, 1547), accompagne un traitement plus original des principes de la Renaissance.

Entre 1540 et 1580 apparaissent de grandes compositions, dues à des architectes créateurs. Il faut citer Pierre Lescot, auteur du premier noyau de la « cour carrée » du Louvre, dont le décor sculpté est rejeté vers le haut des façades, où règne une « mezzanine » ; Philibert Delorme, avec son « ordre français » ; Jean Bullant, commentateur de Vitruve (1564), auteur de Chantilly, peut-être des portiques d’Ecouen ; Jacques Ier Androuet Du Cerceau* (v. 1510 - v. 1585), qui construisit, pense-t-on, Charleval et Verneuil. De nombreux architectes œuvrent tant à Paris qu’en province, formant souvent des dynasties, comme les Du Cerceau ou les Métezeau ; à travers ces familles, la Renaissance a achevé son évolution en France vers 1590, en tendant à plus de dépouillement.

• Espagne. L’italianisme fut long à pénétrer en Espagne, où subsistaient de solides traditions gothiques et aussi musulmanes. Il en résulta un décor transposé de l’orfèvrerie, caractéristique de la Renaissance « plateresque » (1475-1530), que l’on trouve aux hôpitaux de Saint-Jacques-de-Compostelle* (1501-1511) et de la Santa Cruz à Tolède* (1504-1515) par Enrique Egas (v. 1455 - v. 1534).

Ce que l’on nomme « haute Renaissance » correspond en Espagne à la volonté de deux souverains. Le palais de Charles Quint, à Grenade*, commencé en 1527 par Pedro Machuca († 1550) et resté inachevé, est la transposition du parti italien des deux portiques superposés, autour d’une cour circulaire (premier modèle, dit-on, des « plazas de toros »). Philippe II fit construire l’Escorial : palais, monastère, séminaire et nécropole tout à la fois ; les façades sont nues (granité), et l’église est inspirée de Vignole ; le palais, commencé en 1563 par Juan Bautista de Toledo († 1567), qui avait travaillé avec Michel-Ange, a été achevé par Juan de Herrera (1530-1597). De l’Escorial découle un style sévère (« los Felipes ») qui se prolonge au xviie s.

• Portugal. La Renaissance y présente des aspects encore plus originaux qu’en Espagne. Le Portugal dut à son empire colonial, outre la richesse, le goût de l’exotisme : il en résulta l’art « manuélin », qui est peut-être l’une des sources de l’architecture baroque.