Grande Encyclopédie Larousse 1971-1976Éd. 1971-1976
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orthodoxes (suite)

Cette idéologie de Moscou « troisième Rome » (et il n’y en aura pas de quatrième) trouve bientôt son théoricien le plus caractérisé avec le moine Philothée de Pskov dans une lettre à Basile II. Sur le plan ecclésiastique, cette prétention sera partiellement satisfaite lorsqu’en 1589 le patriarche de Constantinople Jérémie II reconnaîtra au métropolite de Moscou l’entière autocéphalie et le titre de « patriarche de toutes les Russies ».

À partir de ce moment, et si grand que soit le rôle qu’elle joue dans l’orthodoxie tout entière, l’Église russe doit être considérée pour elle-même. C’est à la même époque (1575 et 1582) que le saint-synode de Constantinople reconnaît l’entière indépendance du minuscule archevêché monastique du Sinaï à l’égard du patriarcat de Constantinople.

La constitution d’Églises nationales autocéphales va se multiplier au cours des xixe et xxe s. avec la dislocation de l’Empire ottoman, héritier de l’Empire byzantin, qui s’identifiait avec l’orthodoxie. Le patriarcat de Constantinople tentera vainement de s’y opposer en brandissant, non sans quelque raison, l’accusation de « phylétisme » (nationalisme). Proclamée en 1833, l’autocéphalie de l’Église de Grèce est reconnue par Constantinople en 1850 ; celle de l’Église roumaine, proclamée en 1864, est reconnue en 1885 ; le patriarcat serbe sera rétabli en 1920 ; en Bulgarie, l’autocéphalie est enfin reconnue en 1945, et le patriarcat est rétabli en 1953. Ce n’est que très transitoirement, et grâce à la personnalité du patriarche Athênagoras Ier (1948-1972), que le siège œcuménique de Constantinople retrouve pour l’ensemble de l’orthodoxie une influence notable. La préparation du « grand et saint concile panorthodoxe », qui fut à partir de 1964 l’une des préoccupations prédominantes du patriarche Athênagoras, donnera peut-être à l’orthodoxie le visage renouvelé qu’appelle la situation actuelle.


Organisation actuelle

La « sainte Église orthodoxe catholique » se présente comme une communion dans la foi et dans la reconnaissance d’une commune tradition liturgique et disciplinaire d’Églises indépendantes autocéphales qui reconnaissent une primauté d’honneur au patriarche œcuménique de Constantinople, la Nouvelle Rome, depuis que la communion canonique a été rompue avec le pape de l’ancienne Rome.


Patriarcat œcuménique de Constantinople

Sa juridiction immédiate, outre les cinq métropoles du territoire turc (Istanbul, Chalcédoine [Kadiköy], Yesilköy, Büyükada, Imbros-et-Ténédos), s’étend sur quatre métropoles du Dodécanèse, l’exarchat de Patmos avec son monastère Saint-Jean, l’ensemble monastique de l’Athos avec ses vingt monastères ; ce patriarcat exerce une haute juridiction sur l’archevêché autonome de Crète, sur celui de l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud, qui groupe à lui seul quelque 2 millions de fidèles, et sur plusieurs exarchats et métropoles en divers pays d’Europe ; depuis 1971, un « vicariat extraordinaire du trône œcuménique en Europe occidentale » a été créé à la demande de l’« archevêché orthodoxe de France et d’Europe occidentale », d’origine russe, qui s’était déclaré indépendant en 1966.


Patriarcat grec orthodoxe (melkite) d’Alexandrie

Après avoir repris une certaine importance dans la seconde moitié du xixe s. par suite de l’immigration en Égypte de Grecs et de Syriens, il ne compte plus, dans ce pays, qu’une dizaine de milliers de fidèles, mais, depuis 1931, sa juridiction a été étendue sur tous les orthodoxes du continent africain, notamment en Afrique du Sud (immigration grecque et syrienne) et en Afrique centrale (Ouganda), où a récemment pris naissance une communauté orthodoxe indigène.


Patriarcat grec orthodoxe (melkite) d’Antioche

Sa résidence est à Damas depuis la fin du xive s., avec dix-huit métropoles en Syrie, au Liban, en Iraq et en Turquie ainsi que deux archevêchés pour l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. Il y a un monastère d’hommes et deux monastères de femmes au Liban. On compte environ 600 000 fidèles, dont plus de 200 000 sur le continent américain.


Patriarcat grec orthodoxe (melkite) de Jérusalem

Sa juridiction s’étend sur les territoires de Palestine et de Transjordanie. Avant les mouvements de population consécutifs aux hostilités israélo-arabes, la majorité des fidèles résidait dans la région de Jérusalem et en Galilée ; elle pouvait être estimée à environ 80 000 fidèles, nombre de plus en plus réduit par l’émigration.


Patriarcat de Moscou et de toutes les Russies

Supprimé par Pierre le Grand en 1721, il a été rétabli en 1917, mais sa légitimité ou sa juridiction sont récusées par une partie de l’émigration russe. Outre les métropoles du territoire soviétique, ce patriarcat a des exarchats en Europe occidentale et Europe centrale, et exerce une haute juridiction sur les Églises autonomes d’Ukraine (environ 2 millions de fidèles), d’Estonie, de Lettonie et de Lituanie. L’exarchat d’Amérique s’est vu reconnaître l’autocéphalie en 1970 pour constituer le noyau d’une Église orthodoxe d’Amérique ; jusqu’à présent (1973), cette nouvelle autocéphalie n’a pas été reconnue par le patriarcat œcuménique de Constantinople. Le nombre de fidèles qui reconnaissent la juridiction du patriarcat de Moscou est estimé à 50 millions, mais le nombre de baptisés dans le rite orthodoxe en U.R. S. S. est sans doute beaucoup plus élevé. Les orthodoxes de l’émigration russe qui n’ont pas accepté la reconstitution du patriarcat de Moscou se sont constitués en « Église synodale russe orthodoxe hors frontières », dont le centre, d’abord établi à Karlovci (Yougoslavie), s’est transféré à New York après la Seconde Guerre mondiale. Le nombre des fidèles est estimé à un demi-million.


Archevêché de Grèce

Son autocéphalie, proclamée dès 1833, fut reconnue par Constantinople en 1850. Cet archevêché est une Église synodale nationale sous la présidence de l’archevêque d’Athènes ; les provinces grecques de Macédoine et des îles qui n’ont été intégrées à l’État grec qu’après la Première Guerre mondiale demeurent théoriquement sous la juridiction du patriarcat œcuménique, mais sont, de fait, rattachées à l’Église de Grèce depuis 1928. On compte environ 8 millions de fidèles, dont 600 moines répartis dans quelque 200 monastères.